‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 42 sur 60 · ORDRE · texte numérisé non relu

ORDRE

11 est défendu d’interrompre le feu pendant un combat, quand même l'ennemi lèverait la crosse en l’air ou arborerait le drapeau parlementaire.

Il est défendu, sous peine de m>>rt, de continuer le feu après que l’ordre de le cesser a été donné, ou de continuer de se porter en avant lorsqu’il a été prescrit de s’arrêter. Les fuyards et ceux qui resteront en arrière solément seront sabrés par la cavalerie; s'ils mnt nombreux, ils seront

cauüunês. Les chefs mililaires ont, pendant le combat, tout pouvoir pour faire marcher cl faire obéir les ofQcicrs et soldats placés sous leurs ordres.

Paria, le 9 mai 1871.

Le délégué à la guerre, Rossel.

Sur la proposition du citoyen Rossel, le Comité de salut public prit un arrêté qui mettait en réquisition tous les chevaux de selle qui se trouvaient dans Paris et dans les lignes de la Commune.

Ces animaux devaient être examinés et évaiués au moment de la réquisition, « afin de sauvegarder les droits des propriétaires, a

Le gouvernement adressa de Versailles, le 9 mai, aux autorités civiles et militaires, la dépêche suivante annonçant la prise du fort d’Issy. Nous ferons remarquer que celle opération avait exigé non pas « huit jours d’attaque, » comme l’indique la dépêche, mais près d’un mois.

Versailles, 9 mai 1871, 7. h, soir.

L'babile direction de nos travaux, secondée par la bravoure de nos troupes, a aujourd hui obtenu un succès éclatant.

Le fort d’Issy, après huit jours d’.itlaque seulement, a été occupé ce matin par le 38* régiment de ligne. On y a trouvé beaucoup de munitions et d’artillerie. Nous donnerons demain les détails : mais nous pouvons dès aujourd’hui louer l'heureuse audace avec laquelle nos généraux ont conduit les approches sous les feux croisés du fort de Vanres, de l'enceinte et du fort d'Issy lui-méme. Le génie a eu une' grande part à ces résultats si prompts et si décisifs.

Le fort de Vanves est dans un état qui ne lui permettra guère de prolonger sa résistance.

Du reste, la conquête du fort d’Issy suffit seule pour assurer le succès du plan d’attaque actuellement entrepris.

Cette nuit, le général Douai, après une vigoureuse canonnade de la formidable batterie de Monlrelout, favorisé en outre par une nuit sombre, a passé la Seine et est venu s'établir en avant de Boulogne, devant les bastions 67, 66, 6S, formant le Point-du-Jour.

Quatorze cents travailleurs, pris dans le 18* de chasseurs à pied, S6* de ligne, 5* provisoire (brigade Gandil, de la division Verge), ont ouvert la tranchée vers dix heures du soir et travaillé toute la nuit jusqu’à la pointe du jour, momeut où ils ont dû interrompre leur travail. Leur droite est à la Seine, leur gauche à l’extrémité du bois de Boulogne. Grâce à leur activité et à leur courage, ils étaient, à quatre heures du malin, couverts et à l'abri des feux de l’ennemi.

Ils ne sont pins qn’à 300 mètres de l'enceinte, c'est-i-dire i une distance où ils pourraient, s’ils le voulaient, établir déjà une batterie de brèche. Tout nous fait donc espérer que les cruelles épreuves de la population honnête de Paris tirent à leur fin, et que le règne odieux de la faction infâme qui a pris le drapeau rouge pour emblème cessera bientôt d’opprimer et de déshonorer la capitale de la France. Il faut espérer que ce qui se passe ici servira de leçon aux tristes imitateurs de la Commune de Paris et les empêchera de s’exposer aux sévérités légales qui les attendent, s’ils osaient pousser plus loin leur entreprise aussi criminelle que ridicule.

mercredi tO mnl 18 VI

Sur la ligne du Sud, la situation empirait chaque jour. Dans la Journée du 10 mai, les forts de Montrouge et de Bicêtre furent très-vigoureusement bombardés parles Yersaillais.

Sur la rive droite de la Seine, de Neuilly à Clichy, des engagements eurent lieu sur divers points entre les fédérés et les Versaillais; ils ne modifièrent point leurs positions respectives.

La Commune, réunie la veille en comité secret, avait décidé la nomination d’un délégué civil à la guerre en remplacement du citoyen Rossel, dont la démission était acceptée et qui était renvoyé devant la Cour martiale. Cette fonction fut confiée au citoyen Delescluze.

La Commune avait alors horreur des militaires ; elle les accusait de tous ses insuccès. A l’entendre, c’était grâce à eux que le fort d’Issy avait été abandonné, peut-être même livré. Que l’autorité militaire soit toujours dans la dépendance de l’autorité civile, rien n’est plus désirable assurément; mais il est nécessaire que l’impulsion dans les choses militaires soit donnée par un homme compétent, possédant des connaissances spéciales reconnues. Or, tel n’était pas le fait de H. Delescluze, dont l’intelligence ne pouvait suppléer à ce défaut de connaissances.

Le premier acte du nouveau délégué à la guerre fut d’adresser à la garde nationale la proclamation suivante :

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A la garde nationale

Citoyens,

La Commune m’a délëgaë au ministère de la guerre ; elle a pensë qoe son représentant dans l'administration militaire devait appartenir à l’élément civil. Si je ne consultais que mes forces, j’aurais décliné celte fonction périlleuse ; mais j’ai compté sur votre patriotisme pour m’en rendre l’accomplissement plus facile.

La situation est grave, vous le savez; l’Lorriblc guerre que vous font les féodaux conjurés avec les débris des régimes monarchiques vous a déjà coûté bien du sang généreux, et cependant, tout en déplorant ces pertes douloureuses, quand j’envisage le sublime avenir qui s'ouvrira pour nos enfants, cl lors même qu’il ne nous serait pas donné de récolter ce que nous avons semé, je saluerais encore avec enthousiasme la Révolution du 18 mars, qui a ouvert à la France et à l'Europe des perspectives que nul de noos n’osait espérer il y a trois mois. Donc à vos rangs, citoyens, et tenez ferme devant l’ennemi.

Nos remparts sont solides comme vos bras, comme vos cœurs ; vous n’ignorez pas d'ailleurs que vous combattez pour votre liberté et pour l’égalité sociale, cette promesse qui vous a si longtemps échappé ; que si vos poitrines sont exposées aux balles et aux obus des Versaillais, le prix qui vous est assuré, c’est l’affranchissement de la France et du monde, la sécurité de votre foyer et la vie de vos femmes et de vos enfants.

Vous vaincrez donc ; le monde qui vous contemple et applaudit à vos magnanimes efforts s’apprête à célébrer votre triomphe, qui sera le salut pour tons les peuples.

Vive la République universelle !

Vive la Commune !

Paris, le 10 mai 1871. ,

Le délégué civil à la guerre,

Delescluze.

Le citoyen Rossel avait été entravé, avait été subordonné par le Comité central dont la fâcheuse ingérence dans les affaires militaires, œuvre du Comité de salut public, détruisait toute unité d’action. Le citoyen Delescluze serait-il plus libre, parviendrait-il à restreindre les attributions du Comité central, à le faire redevenir ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d'être ; le grand conseil de famille de la garde nationale? Le nouveau Comité de salut public institué la veille par la Commune aurait-il assez de puissance et de sagesse pour s’opposer aux empiétements du Comité central, à ses prétentions dominatrices? Cela était fort douteux. Loin de

consentir à une restriction de son pouvoir, on pouvait craindre que le Comité central ne voulût, au contraire, usurper de plus en plus, et annuler complètement la Commune. Celte tendance était manifestée par la proclamation suivante, qui fut affichée dans la matinée du 10 mai :

Le Comité central, en recevant du Comité de salut public l’adiainistration de la guerre, sort de son eéle, mais il a le devoir de ne pas laisser succomber celte révolution du 18 mars qu'il a faite si belle. Elle triomphera.

Résolu à Introduire l'ordre, la justice, la régularité dans les distributions et les tours de service, il brisera impitoyablement toutes les résistances pour imprimer partout l'activité la plus grande.

Il comprend que, la société étant attaquée, tous les membres sont solidaires, et que nul ne peut impunément se soustraire à la défense; il devient de son devoir d'appliquer sans faiblesse les mesures exigées par les circonstances.

Il entend mettre (In aux tiraillements, vaincre le mauvais vouloir, faire ces.ver les compétitions et renverser les obstacles résultant de l'ignorance on de l'incapacité, ou babilcment suscités par la réaction.

Il ne demande aux citoyens de Paris qu'un peu de patience, et la défense va prendre une nouvelle impulsion.

Citoyens, rappelons-nous les immortels défenseurs de la grande Révolution ; sans pain, pieds nus dans la neige, ils combattaient.

Ils remportaient des victoires. Dans des conditions meilleures, seronsnous moins valeureux ?

Alépriscns les récriminations des lâches et des traîtres, soyons sioiqoes. Que diraient nos enfants si nous les rendions esclaves?

Nos enfants seront libres, car uons maintiendrons la République et la Commune, et l’humanité nous devra son amélioration et son indépendance.

Vive la Commune !

Vive la République !

Paria, 9 mai 1871.

Par délégation du Comité central, la CommUsion d’organisation ;

Bocrr, DAMtom), L. Bocbsier, L. Lacoko, Tomutois.

Rien ne pouvait être plus préjudiciable à la défense que ces changements incessants dans la direction, qui divulguaient la profonde défiance dont les diverses autorités chargées de l’administration des affaires militaires étaient animées les unes à l’égard des autres.

Le citoyen Cournet, délégué à la sûreté générale et à l’intérieur,

Considérant que malgré la crise actuelle, l’art et les artistes ne devaient pas rester en souffrance ;

Que le citoyen Perrin, directeur de l'(>i)éra, non-seulement n’avail rien fait pour parer aux difCcultés de la situation, mais encore avait mis en réalité tous les obstacles possibles à une représentation nationale organisée par les soins du Comité de sûreté générale, au profit des victimes de la guerre et des artistes musiciens ;

ABRÊTA :

Art. 1er. — Le citoyen Émile Perrin est révoqué.

Art. 3. — Le citoyen Eugène Garnier est nommé directeur du théâtre national de POpéra, en remplacement du citoyen Perrin et à titre provisoire.

Art. 3. — Une commission est instituée pour veiller aux intér^ de l’art musical et des artistes ; elle se compose des citoyens : Cournet, A. Rcgnard, Lefebvre-Roncier, Raoul Pugno, Edmond Levraud et Selmer.

La Ligue d’Union républicaine des droits de Paris faisait, depuis quelques jours, des démarches auprès du gouvernement de Versailles et auprès de la Commune afin d’obtenir un armistice de quelques heures qui permit aux habitants de Montrouge, Vanves et Issy, de quitter leurs demeures, rendues de plus en plus inhabitables par suite du bombardement. Ces démarches n’avaient pas encore abouti; on alléguait l’impossibilité de suspendre de grandes opérations militaires déjà commencées.

Une délégation de la Commission de Conciliation de Vlndustrie, du Commerce et du Travail, se rendit, dans la journée, auprès de la Commune à laquelle elle remit le rapport que nous reproduisons, faisant connaître aux corporations et associations le résultat définitif des entrevues que leurs délégués avaient eues avec le gouvernement à Versailles :

Rapport de la Commission de Conciliation de l’Industrie, du Commerce et du Travail, aux 109 Corporations et Associations industrislles, ouvrières et autres, dont ils sont les délégués.

Citoyens,

Nous avons déjà fait connaître à loui, par la voie des Jonmaux,' les bases sur iesqueiles nous nous proposions d’agir, sous votre inspiration.

dans les ncgociations dont nous avons pris l'initiaiive entre Versailles et Paris.

Il n’importe pas que nous les rappelions ici. Il noos solBra devons faire remarquer que, si les éléments de pacification que nous indiquons plus loin ne sont pas, de tous points, conformes à nos visées premières, il y a lieu de s’en prendre un quement aux dif6culiés et aux résistances diverses qui nous ont contraints de nous renfermer dans les possibilités pratiques que comporte notre rôle de conciliateurs.

Nous ne nous étendrons pas autrement sur les obstacles de toute nature qu’a rencontres à son début notre intervention. Ils n’ont jamais refroidi notre zèle, mais ils ont un instant ébranlé nos espérances.

Il nous semblait impossible pourtant que le gouvernement ne prit point en considération sérieuse les patriotiques efforts d’une délégation en qui s exprimaient les vœux de la population parisienne, et qui représentait en nos humbles personnes, cent neuf associations et corpo-' rations, dont plus de cinquante appartiennent à la classe ouvrière.

Nos fermes et vives instances en ce sens ont fini par obtenir un commencement de satisfaction dans une entrevue que nous avons eue ce matin avec M. Thiers, et où la situation d’esprit des ouvriers parisiens a été très-nettement définie par l’un des soussignés, président de la flhambre syndicale des ouvriers serruriers en bâtiments du départemenlt de la Seine.

Voici, en résumé, quelle nous a paru être, à la suite de cet entretien, la limite extrême des concessions auxquelles il serait possible d’amener le pouvoir exécutif :

lo Paris, séparé de sa baiilicuc, serait déclaré former, non-seulement une commune mais un département spécial ;

3° Le conseil communal de Paris sc trouverait ainsi converti en conseil général de département, et ses attributions en seraient considérablement élargies ;

3» La garde nationale demeurerait seule chargée du service intérieur de la cité. Tous ses bataillons sans distinction de quartiers, seraient reconstitués par les soins des mairies ; les armes seraient déposées dans les arsenaux d’arrondissement, où elles resteraient à la disposition et sous la garde des bataillons, qui viendraient les y prendre pour les besoins du service ;

4** La solde aux gardes nationaux et les subsides à leurs familles seraient maintenus jusqu’à la reprise du travail ;

5° L’armée régulière n’entrerait pas dans Paris. Il lui serait fait seulement remise des forts qu’elle garderait provisoirement, jusqu’à ce que la loi sur la réorganisation de l’année eût disposé à quelle catégorie des forces nationales serait remise la garde des places et forteresses. Cette

réorganisaiiuu Je l’armée aurait lieu sur ce principe : que la conscription est abolie et que tout citoyen est soldat ;

6° En vue de marquer son désintéressement et de montrer à tous la loyauté des inspirations qui l'animent, la Commune actuelle sc dissoudra. i et se retremperait dans l’élection;

70 Les élections communales nouvelles seraient faites sons la direction et le contréle d’une commission provisoire, empruntée, par voie élective, à la Chambre de commerce, au Tribunal de commerce, aux Conseils de prud'hommes, aux Syndicats industriels, commerciaux et ouvriers ; tous corps électifs et librement constitués ;

8<* Ces élections seraient faites à raison de quatre conseillers par arrondissement, ainsi qu’il est réglé par la loi provisoire du 14 avril; mais le conseil communal issu de ces élections aurait la faculté de présenter à l’Assemblée un projet de loi où seraient exprimés les vœux, les tendances et les besoins propres à la ville de Paris et résultant des conditions économiques et sociales où elle se trouve placée ;

90 Les articles 291 et 292 du Code pénal seraient abrogés, et les droits d’association et de réunion seraient affranchis de toute entrave ;

lOo Nul ne serait inquiété pour les faits relatifs aux événements de Paris. Les portes de Paris resteraient ouvertes; tous les citoyens pourraient y entrer ou en sortir librement;

11° Les prisonniers faits à l’occasion de la lutte sous les murs de Paris seraient élargis aussitôt après les élections municipales régulières de la ville de Paris.

Nous n’ajouterons aucun commentaire à ce projet d'accommodement que nous soumettons à la Commune de Paris et que nous livrons à l’appréciation de tous les citoyens.

Versailles, le 8 mai 1871.

Les membres de la Commission de conciliation :

Jules âmigces, publiciste.

Bxraguet, président de la chambre syndicale des compositeurs typographes.

Ch. Barblx, représcnt.mt de commerce, adhérent à la chambre de la mercerie.

Bouyer, gérant-fondateur de l'Association des ouvriers maçons et tailleurs de pierre, fondée en 1818.

J. Camps, avocat, chef du contentieux de l'Union nationale du commerce et de l’indusirie.

Feytacd, membre du conseil de la Société pour l’instruction élémentaire.

Jacquixot, de la Société de Crédit mutuel l' Epargne. Cyrille Lamy, secrétaire de l’Epargne immobilière.

JosY, présiJcQi de la chambie syndicale des ouvriers serrurier» en bâtiment du département de la Seine.

E. Levallois, négociant, vice-président de la chambre des tissus do laine.

A. Lhcillier. négociant, secrétaire du syndicat général de l'Union nationale, vice-président de la chambre de passementerie, mercerie, etc.

Ch. Lihousin, publiciste, ancien gerant de la Tribune ouvrière.

Loise.vü-Pihso», négociant, ei-adjoint au maire du 2' arrondissement, président de la chambre des teinturiers.

Hyppolite Mahestaikg, directeur- fondateur de la Société d'assurances contre les accidents du travail la Prétervatrice.

JcLEs Mavmy, manufacturier, secrétaire de la chambre des laines.

Joseph Piocue, directeur de la Société coopérative l'Union des comptoirs agricoles et industriels.

PoiiCHEON, gerant de la Société coopérative des fabricants de meubles.

Ch. Radlt, lilateur, vice -président de la chambre de la bonneterie et des cotons filés.

A la séance de l’Assemblée nationale du 10 mai, M. 3Iortimer- Ternaux interpella le gouvernement sur l’authenticité du document qui précède, dont les déclarations, d’une importance capitale, étaient de nature à provoquer une solution pacifique et prompte à la lutte sanglante.

Le gouvernement protesta contre les intentions conciliatrices qu’il aurait manifestées, suivant les auteurs du rapport. La meilleure preuve de sa volonté d’entrer dans Paris de vive force, c’était la tranchée ouverte à quelques cents mètres du rempart. D’ailleurs il lui sembla inutile de démentir ou de discuter un semblable document qui n’avait, selon lui, d’autre valeur qu’un article de journal.

Les signataires du rapport dont il s’agit ne pouvaient rester sous le coup d’un démenti aussi catégorique, aussi insultant. Ils adressèrent le lendemain, aux journaux de Versailles, la lettre suivante, qui affirmait la scrupuleuse exactitude du rapport incriminé :

Le rapport que nous avons adressé à nos commettants de l'Union des syndicats, et que vous avez publié, a fait, dans la séance d’hier à l’Assemblée nationale, l’objet d'une interpellation de M. Mortimer-Ternaux et d'une double réplique de MM. Tbiers et Picard.

De cette interpellation et de ces rt^pliques, il résulte que : « nous avons sans doute indignement travesti le langage du chef du pouvoir exécutif ; que nous appartenons à la Commune, de près ou de loin, et que notre document ne méritait pas d’arrêter l’attention de l'Assemblée. »

Nous savions d’abord les risques que l’on court à intervenir entre les furies de la guerre civile. Nous avons pourtant voulu courir ces risques, soutenus par la conscience que nous accomplissions ainsi un noble et périlleux devoir.

Entre deux forces qui luttent sans même vouloir se connaître, entre l’Assemblée qui répudie la Commune de Paris, et la Commui c de Paris qui renie l'Assemblée, nous avions pensé que rinicrmcdiaire naturel, le seul que ni l’une ni l’autre ne pdt désavouer, c'était la population parisienne.

Représentants de cent neuf associations et corporations industrielles, communales, ouvrières et antres, c’est au nom de la population parisienne que nous avons agi, et nous sommes assurés qu’elle, du moins, ne nous désavouera pas.

En attendant le jour où la violence fera place à la justice, et où nos efforts cesseront d’étre méconnus, nous acceptons, tristement et fièrement, la situation qui nous est faite, laissant l'injure à qui nous accuse, et nous bornant à affirmer sur notre honneur, qui n'a jamais failli, la scrupuleuse exactitude de notre rapport.

Veuillez agréer, monsieur le rédacteur, l’assurance de notre considération distinguée.

Jules Amigoes.

UlPPOLYTE MaREST.UXG.

Délégués de l'Union des syndicats présents à Versailles.

Versailles, il mai 1871.

Sauf de passagères variations, aussitôt regrettées, rultimatnm de M. Tbiers ne changeait pas. C’était toujours la même invitation : < Livrez votre armement, livrez vos armes, disait-il aux « Parisiens; rendez-vous à discrétion. Nous ne poursuivrons « que quelques meurtriers et nous accorderons aux ouvriers « nécessiteux l’aumône de quelques semaines de solde. » Comme le disait justement la Vérité' : • Un pardon dédaigneux et un « secours humiliant, voilà tout ce que nous pouvons espérer « avant la victoire de M. Thiers; s’il triomphe, que devons-nous « redouter? »

JTeadl 11 mul 1891

Les opérations elTecluces par les Versaillais avaient eu pour effet d’investir presque complètement le fort de Vanves. Il fut attaqué pendant la soirée et la nuit du 10 au 11 mai avec une extrême vigueur par les troupes de l’Âssemblée qui pénétrèrent même dans le fort où elles se maintinrent quelque temps. Les gardes nationaux reprirent bientôt l’offensive; soutenus par des renforts amenés dans la matinée, ils parvinrent à repousser les Versaillais qui cernaient le fort du côté de l’enceinte ; mais du côté de Châtillon les soldats restèrent à une trèsfaible distance.

Dans la soirée du 11, les Versaillais tentèrent une nouvelle attaque formidable sur le fort de Vanves et sur le fort de Montrouge.

Sur la rive droite, l’armée assiégeante continua ses travaux d’établissement de batteries dans Boulogne, de façon à pouvoir battre le rempart avec des pièces de siège de fort calibre.

Le Poinl-du-Jour était couvert de projectiles. Celte incessante pluie de mitraille rendait impraticable le service des pièces placées sur les forliOcations. Passy, Auteuil, reçurent, pendant la journée du 11, une incroyable quantité d’obus; les habitants qui restaient encore dans ces quartiers durent se réfugier dans leurs caves comme on avait fait à Neuilly.

De Neuill)' à Clichy il n’y eut aucun incident important. Les batteries d’Asnières et celles de Bécon continuèrent à se canonner l’uoe l’autre.

Le nouveau délégué à la guerre adressa le 11 mai, aux membres de la Commune, le rapport suivant qui résumait la situation et les opérations de la journée ;

Ciioycns,

Dès notre arrivée au ministère, nous nous sommes rendu compte des diverses positions de défense et d'attaquo; nous nous sommes assuré que la garde des remparts était sufOsamment établie et qu’une bonne réserve pouvait, en cas de besoin, défier toute surprise.

La position d’Issy n'a guère varié. Celle du fort de Vanves a été on peu compromise; à un certain moment mémo, il était évacué.

A quatre heures du matin, le général Wrobleski, accompagné du chef cl de quelques officiers de son état-major, s’est mis à la tête des t87' et tOSa bataillons, conduits par le brave chef de la lia légion.

Us sont entrés dans le fort à la baïonnette et en ont délogé les Vcrsaillais, qui s'en croyaient déjà maîtres. Des renforts ont été dirigés sur ce ' point, et sans nul doute, nous pouvons répondre do succès.

Du côté de Ne.iilly, il n'y a rien eu ; et le côté d’Asnières a été relativement tranquille.

Paris, le 11 mai 1871.

Le délégué civil à la guerre, Delesclcze.

En réponse à la proclamation de M. Thiers aux Parisiens, que nous avons reproduite, le Comité de salut public, récemment nommé, rendit le décret suivant :

Le Comité de salut public.

Vu l’affiche du sieur Thiers, se disant chef du pouvoir de la République française ;

Considérant que cette affiche, imprimée à Versailles, a été apposée sur les murs de Paris par les ordres dudit sieur Thiers;

Que, dans ce document, il déclare que son armée ne bombarde pas Paris, tandis que chaque jour des femmes et des enfants sont victimes des projectiles fratricides de Versailles ;

Qu’il y est fait un appel à la trahison pour pénétrer dans la place, sentant l'impossibilité absolue de vaincre par les armes l'héroïque population de Paris,

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