ARRÊTE
Art. 1er, Les biens meubles des propriéiés de Tbiers seront saisis por les soins de l’administration des domaines.
Art. 3. La maison de Tbiers, située sur la place Georges, sera rasic.
Art, 3. Les citoyens Fontaine, délégué aux domaines, et J. Andrieu, délégué aux services publics, sont chargés, 'chacun en ce qui le concerne, de l'exécution immédiate du présent arrêté.
Paris, 31 floréal an 79.
Les membre* du Comité de salut public :
Aht. Arhadd, Ei’oes, F. Gambon, G. Ranvieb.
Après avoir ordonné la destruction d’un monument public et d’un édifice religieux, la Commune s’attaquait à la propriété privée. Ne pouvant atteindre directement M. Tbiers dans sa personne, elle décrétait la ruine de scs biens; elle voulait démolir son habitation de la place Saint-Georges. Cet acte de sauvagerie, réminiscence d’une époque de barbarie, était aussi odieux qu'insensé. Qu’on frappe loyalement son ennemi, qu’on le supprime en le tuant, cela peut s’admettre à la rigueur, quoique ce procédé antique soit peu en harmonie avec les mœurs contemporaines. Hais persécuter, torturer son adversaire, est une infamie qui suscite aujourd’hui la réprobation, l’indignation de tout honnête homme. Raser votre maison, briser, disperser vos meubles, vos chers souvenirs de famille, de jeunesse et d’étude ; il n’y a pas de torture pareille à celle-là, qui cause des souffrances plus douloureuses. Infligé à un homme dans toute la force de l’âge, capable de supporter sans fléchir les plus terribles calamités, ce supplice est déjà bien accablant. Combien plus horrible et plus stupéfiante doit être l’impression qu’il produit sur un vieillard à qui sa constitution fatiguée ne permet plus d’opposer une aussi forte résistance à cette affreuse infortune?
L’ordre de démolir l’hôtel de M. Thiers manifestait à quel degré d’aberration mentale et de furieuse stupidité étaient parvenus les membres du Comité de salut public. La Commune avait décidé, la veille, l’arrestation de l’un de ses membres, le citoyen Jules Allix, que l'on disait atteint de folie douce ; si elle avait été logique, elle aurait dû faire aussi enfermer les membres du Comité de salut public, car ils se trouvaient sous l’influence d’une fureur, d’une surexcitation manifestes qui jetaient la perturbation dans leurs
facultés cérébrales et leur faisaient prendre des résolutions certainement plus préjudiciables à la Commune que toutes les fantaisies du citoyen Jules Allix, l’inventeur des escargots sympathiques.
Placée dans une situation que chaque jour rendait plus inextricable, la Commune commençait à être dominée par un esprit de vertige qui lui conseillait les mesures les plus violentes, les^ plus absurdes, les plus détestables, comme les seules capables d’assurer son triomphe.
Avec une rare obstination, la Commune persistait à user de tous les procédés qui pouvaient la rendre odieuse. Par arrêté en date du 11 mai, le citoyen Cournet, délégué à la sûreté générale, supprima les journaux • le Moniteur universel, l’Observateur, l' Univers, le Spectateur, l’Étoile et l’Anonyme.
Le citoyen Ch. Gérardin, membre de la Commune, avait été chargé par elle, le 9 mai, de procéder à l’arrestation et à la garde du citoyen Rossel, déféré à la Cour martiale. L’ordre de la Commune fut ponctuellement exécuté ; mais on apprit le lendemain,
10 mai, à la stupéfaction générale, que prisonnier et gardien s’étaient évadés.
Le citoyen Bergeret lui-méme fut lancé à leur poursuite;
11 ne parvint jamais à les atteindre ou à découvrir leur retraite.
Dans la soirée M. Schœlcher, représentant du peuple, fut arrêté au concert donné aux Tuileries, par un lieutenant de la garde nationale, nommé Barrois, qui amena le député à la préfecture de police, où son arrestation fut maintenue par le citoyen Cournet, délégué à la sûreté générale.
Cette détention d’un député de Paris universellement connu pour ses opinions républicaines et son honorabilité, opérée sans mandat par un citoyen n’ayant aucune autorité judiciaire, sous prétexte de « connivence avec l’ennemi, » suscita les plus vives protestations.
Deux jours après son arrestation regrettable, M. Schœlcher reçut du procureur de la Commune la lettre suivante qui lu annonçait sa mise en liberté ;