‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 45 sur 60 · AU PEUPLE DE PARIS · texte numérisé non relu

AU PEUPLE DE PARIS

ClTOVEHS ,

La Commune et la République viennent d’échapper à un péril mortel.

La trahison s’était glissée dans nos rangs. Désespérant de vaincre Paris par les armes, la réaction avait tenté de désorganiser ses forces par la corruption. Son or, jeté à pleines mains, avait trouvé jusque parmi nous des consciences à acheter.

L’abandon du fort d’Issy, annoncé dans une affiche impie par le misé

rable qui )’a livré, n’étail que le premier acte du drame : une insurrection monarchique à l’intérieur, coiocidant arec la livraison d’une de nos portes, devait le suivre cl nous plonger au fond de l’abtme.

Mais, cette fois encore, la victoire reste au droit.

Tous les fils de la trame ténébreuse dans laquelle la Révolution devait se trouver prise sont, à l’heure présente, entre nos mains.

La plupart des coupables sont arrêtés.

Si leur crime est effroyable, leur châtiment sera exemplaire. La Cour martiale siège en permanence. Justice sera faite.

ClTOTERS ,

La Révolution ne peut pas être vaincue; elle ne le sera pas.

Mais, s’il faut montrer au monarchisme que la Commune est prête à tout plutôt que de voir le drapeau rouge brisé entre ses mains, il faut que le peuple sache bien aussi que de lui, de loi seul, de sa vigilance, de son énergie, de son union, dépend le succès définitif.

Ce que la réaction n’a pu faire hier, demain elle va le tenter encore.

Que tons les yeux soient ouverts sur ses agissements.

Que tous les bras soient prêts à frapper impitoyablement les traîtres. Que toutes les forces vives de la Révolution se groupent pour l’effort suprême, et alors, alors seulement, le triomphe est assuré.

A l’Hôtel-de-Ville, le 12 mai 1871.

Le Comité de salut publie,

Ant. Arnaud, Eudes, F. Gambon, G. RAtrvtSR.

Cette proclamation, dont le style mélodramatique était fort ridicule, avait le tort de ne pas être explicite. Elle annonçait vaguement de mystérieuses menées réactionnaires qu’elle signalait par avance à la vigilance du peuple, exhorté à « se tenir prêt, à frapper « impitoyablement les traîtres, » au lieu de préciser les faits et de dénoncer les coupables, s’il en existait, à la réprobation de l’opinion publique.

11 était du devoir du Comité de salut public de surveiller les réactionnaires qui, pressentant une issue que les sottises, que les fautes commises chaque jour par la Commune rendait plus imminente, s’agitaient, se concertaient, comme c’était leur droit, pour la rendre plus faible et plus prompte. Dans certains quartiers, les coiffeurs surtout étaient les agents subalternes de ta propagande réactionnaire. C’était chez eux que les gardes nationaux recevaient, pour ne point participer à l’insurrection, une haute paye de 2 francs. On venait de découvrir une immense quantité de rubans tricolores, qui devaient servir de signe de ralliement aux partisans

de l’Assemblée lors de l’eulrée des troupes versaillaises dans Paris, et faciliter l’organisation d’une prise d’armes. C’était, nous le répétons, le rôle du Comité de salut public, de veiller à ce que les fédérés ne soient pas, à un moment donné, pris entre deux feux; mais il aurait dû s’abstenir de faire appel à la sommaire justice du peuple. Il est toujours blâmable et bien dangereux d’exciter le peuple à se faire justice lui-même; cette tendance devrait être énergiquement réprimée plutôt qu’encouragée.

La proclamation précédente caractérise l’inquiétude qui dominait les membres du Comité de salut public. Us n’apercevaient partout que « complots réactionnaires , trames ténébreuses. » Comme tous les pouvoirs qui n’ont pas l’appui de l'opinion, leurs craintes étaient parfois puériles, exagérées; leurs soupçons, sans cesse renaissants, étaient généralement chimériques.

La Banque fut envahie, dans la journée, par des gardes nationaux, qui en occupèrent toutes les issues. Ils venaient, dirent-ils, faire une perquisition relative aux armes. Toutes les caisses furent immédiatement fermées, et la Banque suspendit ses payements.

Le secrétaire général, M. Marsaud, fit prévenir le délégué de la Commune, M. Ch. Beslay. Celui-ci expliqua aux gardes nationaux que les armes déposées à la Banque appartenaient aux employés qui constituaient un bataillon, spécialement affecté par la Commune elle-même, à la garde de l’établissement. Ces explications ne parurent pas convaincantes aux gardes nationaux qui continuèrent leurs recherches. M. Beslay se rendit alors à la Commune, et en rapporta l’ordre de faire évacuer la Banque par le bataillon qui y était entré. Malgré cela, il dut insister et parlementer trèslonguement avant que les fédérés ne se décidassent à partir.

En concluant avec la Banque, au nom de la Commune, ainsi que nous l’avons rapporté, un arrangement relatif aux fonds de la Ville de Paris qui y étaient déposés, M. Beslay avait donné sa promesse que la Banque ne serait pas inquiétée, et que la Commune pourvoirait au besoin à la sûreté de ce grand établissement. Contrairement aux engagements contractés, la Banque de France Tenait d’être l’objet d’une tentative de perquisition énergiquement réprouvée par M. Beslay. Cette conduite ne pouvait lui agréer. Dans la soirée, il envoya à la Commune sa démission de délégué à la Banque et de membre de la Commune.

Le Comité de salut public était décidé à faire exécuter son décret de la veille relatif à la démolition de l’hétel de M. Thiers. Une dizaine de voitures de déménagements et de fourgons de l’armée stationnaient, en effet, depuis le matin devant cette maison et de nombreux ouvriers étaient occupés à emballer tout ce qu’elle contenait.

Samedi 18 mal 1891

Pendant la journée du 13 mai, la position des deux armées fut fort peu modifiée, bien que des engagements aient eu constamment lieu sur toute la ligne. Dans la nuit, lés Versaillais avaient oceupé le lycée de Vanves; ils se rapprochaient donc de plus en plus du rempart. Maintenant ils effectuaient des opérations ayant pour but d’isoler le fort de Vanves du fort de Montrouge.

Les travaux d’approche continuaient dans le bois de Boulogne.

Par arrêté en date du 13 mai, le Comité de salut public nomma le cit. Ferré délégué à la sûreté générale, en remplacement du cit. Cournet, qui n’était plus considéré comme assez énergique, assez violent.

Le Journal officiel publia la note suivante, par laquelle la Commune adhérait à la Convention de Genève :

La Société internationale de secours aux blessés, ayant protesté auprès du gouvernement de Versailles contre les atroces violations de la Convention de Oeneve, dont les troupes monarchiques se rendent journellement coupables, Tbiers a fait celte réponse affreuse :

O La Commune n’ayant pas adhéré à la Convention do Genève, le gouvernement de Versailles n’a pas à l’observer. »

La Commune a fait mieux jusqu’ici que d'adhérer à la Convention de Genève.

Elle a scrupuleusement respecté toutes les lois de l’humanité, en présence des actes les plus sauvages, des plus sanglants défis à la civilisation et au droit moderne, de nos blessés achevés sur le champ de bataille, de nos hdpitaux bombardés, de nos ambulances criblées de balles, de nos médecins et de nos inGrmières mêmes égorgés dans l'exercice de leur ministère.

Mais pour qu’il ne reste pas même l’ombre d'un prétexte aux assassins de Versailles, la Commune déclare orSciellemcnt qu'elle adhère à la Convention de Genève, dont elle s'honore de n'avoir, en aucune circonstance, violé un seul article.

Le délégué aux relations extérieures, Paschal Grocsset.

Dans la journée, quelques quartiers des IX®, XI® et XllI® arrondissements furent cernés par des gardes nationaux, dans le but de rechercher les armes et les réfractaires. Ces perquisitions, dont les municipalités de ces quartiers n’avaient pas même été informées, furent ordonnées par le Comité central, dont les agissements étaient de plus en plus despotiques, de plus eu plus odieux.

La garde nationale était dirigée, surtout maintenant, bien plus par ce Comité que par la Commune. Les ordres de celui-là rencontraient rarement de l’opposition ; ils étaient presque toujours fidèlement et rapidement exécutés.

Le Comité central, dont les éléments avaient été renouvelés depuis le 18 mars, s’était toujours efforcé de faire obstacle aux décisions de la Commune, de lui ravir le pouvoir, de gouverner en son nom. Depuis que le premier Comité de salut public, appuyant ses prétentions dominatrices, avait commis la faute de confier l’administration de la guerre au Comité central, l’autorité de la Commune n'était plus qu'illusoire.

Les perquisitions opérées n’amenèrent heureusement qu’un nombre relativement minime de captures. La population tout entière semblait être d’accord pour favoriser autant que possible l'évasion des hommes de dix-neuf à quarante ans. Dans le IX® arrondissement, un certain nombre de jeunes gens arrêtés furent détenus dans l’église Notre-Daine-de-Lorette.

Ce moyen d’accroître le nombre des fédérés était aussi inique qu’absurde. Vouloir enrégimenter, contre leur gré, des gens hostiles à la Commune, ne pouvait lui être que préjudiciable; c’était autant d’éléments de division et même de trahison introduits dans les rangs de la garde nationale. ,

Dans la matinée, les habitants de Montmartre furent prévenus que les batteries installées au Moulin de la Galette tireraient prochainement; on les invitait à garnir leurs vitres de bandes de papier, afin qu’elles puissent résister à l’ébranlement produit par la détonation.

Les objets renfermés dans l’hôtel de M. Thiers avaient été déposés dans quelques salles de l’Opéra, rue Lepelletier. Pendant que ce déménagement s’effectuait avec une grande activité, une foule innombrable de curieux encombraient la place Saint- Georges. De vives discussions y étaient échangées, la décision du Comité de salut public était souvent sévèrement jugée. Pour empêcher que celte animation ne dégénérât en trouble, un détachement des Venjeurs de la République fît évacuer la place et y interdit la circulation. Le lendemain, on laissa circuler librement, mais des factionnaires empêchaient d’y stationner et de former des groupes. La démolition, commencée la veille, continuait avec rapidité.

La Ligue d' Union républicaine des Droits de Paris avait envoyé cinq délégués au Congrès de Bordeaux. Deux d’entre eux, 3IM. Lechevalier et Villeneuve, étaient arrivés à Tours, lorsqu’un individu, se présentant à la portière de leur wagon, leur dit ; « Vous « êtes bien MM. Lechevalier et Villeneuve? » Sur leur réponse affirmative, l’individu pria ces messieurs de le suivre chez le commissaire de police, qui télégraphia immédiatement à Versailles pour demander des instructions. On ordonna d’amener les deux délégués à Versailles. A leur arrivée, ils virent d’abord M. Thiers, qui paraissait disposé à les faire mettre en liberté sur parole, mais il ajouta qu’il y avait lieu d’en délibérer en conseil. Les ministres de M. Thiers ne furent pas de son avis, et MM. Lechevalier et V'illencuve , retenus prisonniers, furent conduits en prison sans avoir été l’objet, d’ailleurs, d’aucun mauvais traitement.

Cette arrestation arbitraire (la Commune n’était pas seule à en commettre) résultait d’une mesure générale prise par le gouvernement de Versailles. Il avait décidé de faire arrêter tous les conseillers municipaux délégués au Congrès de Bordeaux. Sur quel texte de loi s’appuyait-il pour légitimer cette incroyable décision? Sur aucun; c’était un acte de pur despotisme, décrété au nom de la raison d’Ctat, de même qu’on emprisonnait à Paris au nom du salut public.

Ainsi, le gouvernement de Versailles faisait tous ses efforts pour déjouer les tentatives conciliatrices; il était de plus en plus résolu à dominer par les armes.

DImanclie t4 mi«l ISTl

Les forts du Sud continuèrent à être fortement bombardés. Dans la nuit du 13 au 14 mai, les Versaillais, isolant le fort de Vanves, s’en emparèrent. Les fédérés se replièrent vers le rempart, derrière les barricades. L’évacuation du fort s’effectua aussi, en partie, par les carrières qui établissent une communication entre Vanves et Montrouge.

De Vaugirard à Auteuil, le rempart recevait toujours une grêle de projectiles qui en rendaient l’abord impossible.

Sur la rive droite, aucun engagement important.

Les batteries de Montmartre commencèrent à donner le dimanche 14, au matin. Leur tir, d’abord peu juste, — les obus qu’elles envoyaient tombèrent, vers Levallois, près du rempart, — fut rcctiOé dans la soirée.

Le délégué civil à la guerre étendit à l’intérieur de Paris, par l’arrêté suivant, le commandement des généraux de la Commune :

- r.e délégué civil i la guerre, considérant qu'il importe d’élablir l’unité d'action entre les forces communales destinées à agir k l’extérieur et celles se trouvant à rimérieiir,

Abrite :

t® Ch.squc commandant des trois corps d’armée dits de l’aile droite, ducentrH et de l'aile gauche, aura, à partir de ce jour, le commandement militaire siqiérienr des arrondissements qui coulioenl à leur zone de commandement, et, en conséquence, il sera responsable de l’exécutioii des mesures intérieures relatives à la défense.

i» Chacun dc4 commandants supérieurs des trois corps d’armée devra faire parvenir chaque malin, au minisière de la guerre, un rapport concernant les opérations de la veille et de la nuit.

3° Expédition du présent arrêté sera délivrée aux généraux Dombrowski, La Cccilia et Wrobleski, pour leur servir ce que de raison.

Le délégué civil à la guerre ;

Delksclcze.

Cet arrêté avait pour but de pourvoir à la direction des opérations militaires à i’intérieur de la ville, dans le cas où les Versaillais parviendraient à forcer l'enccinle.

Le délégué ù la guerre paraissait redouter la réalisation prochaine de cette éventualité, en vue de laquelle il cherchait à activer les travaux de terrassements et de barricades. Une note de la guerre invitait tous les ouvriers terrassiers « à se faire inscrire « à la mairie de leur arrondissement pour prendre part aux tra- <• vaux concernant la défense de Paris, moyennant une rétribution « de 3 fr. 50 par jour. »

L’Officiel publia une note datée du I t mai, émanée du ministère de la guerre. Nous la reproduisons :

Nous signalons à l'indisnaiion publique et à la mémoire des Parisiens le colonel commandant le 39« de ligne. Lorsque les Versaillais s’emparèrent du parc de Neuilly, ce mi.^érable Cl passer par les armes dix-huit prisonniers fédérés, jurant qu'il eu ferait autant à tous les Parisiens qui lui tomberaient sous la main.

Qu’il se garde de tomber sous les mains des Parisiens !

Paris, le 14 mai 1871.

CMinütère de la guerre J

Le Comité de salut public constituait une dictature, — et quelle atroce dictature que celle de fous et d’ignorants! — mais enfin c’était une dictature à cinq têtes. Le 14 mai, le Journal officiel inséra une note signée par un seul des membres du Comité de salut public. Ce n’était ni un arrêté ni un décret, et cependant cela instituait un commissariat central de police dans chaque mairie. Voici la pièce dont il s’agit : ,

^ Il est créé dans chaque mairie un commissariat central de police. !

Les municipalités sont inviiées à proposer immédiatement au délégué à la sûreté générale les citoyens de leur arrondissement qui, à leur connaissance, seraient aptes à remplir les fonctions.de commissaire de police central. ,

Un des délégués manicipaus sera chargé de faire uoe instruction sommaire sur les affaires purement civiles et de maintenir en état d'arrestation ou de relaxer les prévenus.

Le commissaire central devra chaque jour faire un rapport an délégué à la sûreté générale.

Le membre du Comité de salut public,

Â. Billiobat.

Comme tous les gouvernements autoritaires, despotiques, la Commune fil un grand usage de la police, surtout à partir du moment où la révolution du 18 mars, subissant la funeste influence des vulgaires copistes de 93, dévia complètement, et, d’un mouvement rénovateur d’affranchissement communal, qu’elle était au début, devint une parodie grotesque du régime de la Terreur.

Le délégué à l'enseignement invitait, par une note insérée à l’Officiel, les municipalités à lui prêter leur concours pour briser toutes les entraves que les congréganistes opposaient à l’établissement de l’enseignement laïque.

La Ligue d' Union républicaine des Droits de Paris était parvenue à faire admettre en principe, par le gouvernement de Versailles et par la Commune, une suspension d’armes permettant aux malheureux habitants des villages d’Issy, Vanves, Malakoff et Montrouge, de quitter leurs maisons et de chercher un refuge contre les obus. Mais le gouvernement exigeait que cette demande de suspension d’armes lui fût adressée par les maires des villages menacés.

A Lyon on avait eu, comme à Bordeaux, la pensée de convoquer une réunion des délégués des conseils municipaux des villes pour manifester l’opinion publique de la France. Le gouvernement s’opposa à cette réunion, de même qu’il avait interdit 1e Congrès .de Bordeaux. Les promoteurs du Congrès de Lyon adressèrent au ministre de l’intérieur, à propos de cette interdiction que rien ne justiiiaU, la lettre que nous reproduisons :

Lyon, 9 mal 1871.

, Monsieur le ministre de l’intérieur,

' Nous ne pouvons nous expliquer le veto que vous avez opposé à la réunion du congrès pacifique dont nous avons pris rinilialive, que par une appréciation erronée de nos inleniions.

En Taitanl apiiei aux autres Tilles de France pour porter k l’Assemblce et au pouvoir exécutif les voeux unanimes du pays en faveur de la cessa* lion immédiate de la guerre civile, notre pensée n’a pas été de provoquer les conseils municipaux comme corps constitués à une aaion politique, mais seulement de convoquer une réunion de citoyens notable$ dont la situation sociale donnât â leur intervention le poids d'une honorabilité incoulcs table.

Nous plaçant à ce point de rue, nous avons considéré que des conseillers municipaux, par cela seul qu’ils ont été honorés des suffrages de leurs concitoyens, sont précisément revêtus de cette autorité murale qui donne aux manifestations de l’opinion publique toute leur portée; mais nous avons vu en eux, non les membres d’un corps administratif, exclusivement chargé de la gestion d’intéréts locaux, mais les premiers citoyens de leurs villes respectives, auxquels ne pouvait dés lors s’adresser le reproche de n'étre que des individualités sans notoriété et sans consistance. Nous-mêmes, qu'étions-nous, lorsque nous avons fait cette convocation? De simples citoyens qui avions cessé de faire partie du Conseil municipal de Lyon.

Nous avons signé comme tels, et, si nous avons rappelé dans notre signature notre ancienne qualité, ce n'est nullement avec l'intcotion d'agir comme conseillers municipaux ni d’engager la municipalité, dont nous n’étions plus les représentants, mais uniquement pour appuyer notre invitation d’un titre qui pdt inspirer coniiance à ceux que nous invitions.

Nous croyons donc, Monsieur le ministre, n’avoir fait qu’user du droit qui appartient à tout citoyen animé d'un sentiment honorable, de convier ses concitoyens à une action commune et à une démarche collective, pourvu que la paix publique soit respectée.

Si la formule de notre convocation a pu prêter, par son laconisme, à une interprétation contraire, nous n'hésitons pas à déclarer qu’elle a trahi notre pensée.

Toute objection de forme étant ainsi écartée, nous ne doutons pas. Monsieur le ministre, que vous ne leviez les entraves apportées à une manifestation qui, loin de pouvoir être taxée d excitation à la guerre civile, a au contraire pour but de la faire cesser et de fournir au gouvernement le moyen de dénouer, par l’intervention légitime de l'opinion nnblique, la situation la plus douloureuse qui ait jamais pesé sur la France.

.Agréez, Monsieur le ministre, l'assurance de nos sentiments respect ueux.

Boovatieb, Dhialoi). Ciiaverot, Bamecot, Baodv, Boncnc, Cohdamin, Cornu, Colon, Cbaverot, Crapius, CHBPié, CREsnN, Despeignes, Doraho, FERRomLLAT, Fehtoret, HéRON, OcTmER. Pascot, Roffin, Vaille, Vallier, Verrière.

L’Avenir national fit remarquer que, pas plus à Lyon qu’à Bordeaux, les citoyens qui avaient pris la louable initiative d’un congrès de conseillers municipaux, n’avaient songé à engager les conseils municipaux comme corps constitués dans une action politique. Ils avaient simplement cherché à convoquer une réunion de citoyens notables, capables d’éclairer le gouvernement d’une façon tout ofOcieuse, sur les dispositions de la majorité des villes de France. Cette intervention ne pouvait et ne devait avoir, tous l’avaient ainsi compris, d’autre caractère que celui d’une imposante manifestation du sentiment public. En continuant a refuser systématiquement d’entendre les conseils de la France, le gouvernement de Versailles commettait une faute immense et portait une très-grave atteinte aux libertés publiques.

L’effet du décret de la Commune concernant le dégagement gratuit, par voie de tirage, des objets engagés au Mont-de-Piété, depuis 1869, se faisait sentir. On pouvait voir aux diverses mairies, un nombre considérable de personnes venant chercher les numéros tirés au sort. Aux alentours des trois grands bureaux du Mont-de-Piété, la foule était si nombreuse, que les gardes nationaux avaient peine à établir un peu d’ordre dans ces groupes de personnes, désireuses de rentrer en possession de quelques hardes qu’elles y avaient déposées dans des temps peut-être moins durs que ceux qu’on traversait.

liOmdl 15 mal 1591

La situation militaire devenait chaque jour plus périlleuse. De Vaugirard à Neuilly, le rempart était, depuis quelque temps déjà, la seule protection des fédérés; et sur les points les plus menacés de ce vaste périmètre, l’intensité du bombardement ne leur permettait pas d’y demeurer.

Le Comité de salut public modifia, ainsi qu’il suit, le 15 mai, la Commission militaire :

Le Comité de salut public Abbêtb :

Art. l*r, — La Commission mililaire sera composée de sept membres au lien de cinq.

Art. 3. — Les citoyens Bergeret, Cournel, Géresme, Ledroit, Lonclas, Sicard et Urbain Sont nommés membres de la Commission militaire, en remplacement des citoyens Arnold, Avrial, Johannard, Tridon et Varlin.

Hétel-de-Ville, le 23 floréal an 79.

Par décision du même jour, le service de la place fut transféré au ministère de la guerre :

Le Comité de salut public.

Considérant que, dans les circonstances actuelles, il importe de centraliser, autant que possible, la direction du mouvement des troupes, Arrête ;

Le service de la place de Paris est transféré dans les bureaux du ministère de la guerre, rue Saint-Dominiqne-Saint-Germain.

Le mouvement des troupes et tout ce qui concerne le service des armées de l'aile droite, du centre et de l'aile gauche, sera dirigé par le chef d’état-major du ministère de la guerre.

Le citoyen colonel Henri, actuellement commandant la place de Paris, à l’École militaire, est mis à la disposition du ministère de la guerre.

Hfitel-de-'Ville, le 2o floréal an 70.

Le Comité de salut publie.

Conformément à cet arrêté, le colonel d’état-major Henri fut nommé, par le délégué à la guerre, commandant de la place de Paris.

L’arrêté suivant, du délégué a guerre, interdit aux officiers de se servir de fusils :

Il est interdit aux officiers de tout grade de paraître à leurs bataillons avec des fusils.

Pour le plaisir de tirer sur les Versaillais, ces citoyens négligent d'exercer sur les hommes qu'ils commandent l'action que leur réserve leur grade.

De I& vient un défaut de direction regrettable pendant le combat* Abandonnés à eux-mêmes, les gardes nationaux se battent à l'avcnlure.

Le délégué civil à la guerre rappelle aux généraux, colonels et chefs de bataillon de tenir la main à ce que le présent ordre soit scrupuleusement exécuté. Ils auront aussi à prendre les mesures nécessaires à l'eflèt de mettre à la disposition du ministère de la guerre les armes abusivement employées par les officiers, et qui, pour la plupart, sont des armes à tir rapide, dont noos avons si grand besoin pour les compagnies de marche.

Paris, le IS mai 1871 .

Le délégué civil d la guerre, Delesclcze,

Le Comité de salut public, qui avait la prétention d’inspirer à tous, surtout à ses adversaires, une terreur salutaire, fit paraître au Journal officiel du 15 mai un arrêté qui devait provoquer une hilarité générale, un dédain unanime. Il était ainsi conçu :

Le Comité de salut public.

Considérant que, ne pouvant vaincre par la force la population de Paris, assiégée depuis plus de quarante jours pour avoir revendiqué ses franchises communales, le gouvernement de Versailles cherche à introduire parmi elle des agents secrets dont lu mission est de faire appel à la trahison.

Arrête :

Art. 1*'. — Tout ciioyen devra èire muni d’une carie d'idcnlilë contenant ses nom, prënoms, profession, âge et domiciie, ses numéros de légion, de baiailion et de compagnie, ainsi que son signalement.

Art. 2. — Tout citoyen trouvé non porteur do sa carte sera arrêté et son arrestation mainicmie jusqu'à ce qu'il ail établi réguliërefflcnt son identité.

■ Ali. 3. — Celte cane sera délivrée par les soins des commissaires de police sur pièces jusiiticalives, en présence de deux témoins qui altesieront par leur signature bien connaiire le demandeur. Elle sera ensuite visée par l’autorité compétente.

Art. 4. — Toute fraude reconnue sera rigoureusement réprim 'e.

Art. 6. — L'exhibition de la carte d'identité jiourra être requise par tout garde naiional.

An. t>. — Le délégué â la sûreté générale, ainsi que les municipalités, sont chargés de l'exécution du présent arrêté Jans le pins bref délai.

Hôtel-de-Ville, le 2t lloréal an 79.

le Comité de salut public.

L’exéculion de ce décret, si elle avait lieu, — tous les décrets de la Commune u’élaient heureusement pas exécutés, — devait avoir pour conséquence de rendre la circulation dans les rues de Paris difQcile et désagréable. Les gardes nationaux y étaient nombreux, et chacun d’eux, soupçonnant en vous un traître, eût pu exiger l’exhibition do votre carte de civisme. Par ce temps de méfiance incimsidérée, on risquait d’être arrêté à chaque pas peur se voir sommé de satisfaire aux exigences d’un zèle exagéré.

Stupide réminiscence d’un passé suranné, cet arrêté conférait à tous les gardes nationaux, par cela seulement qu’ils étaient gardes nationaux, une autorité judiciaire qui, dans une société convenablement organisée, ne doit être accordée qu'à des hommes sensés et calmes. Cet arrêté pouvait susciter, à tout moment, les altercations, les collisions les plus regrettables; il vous mettait à la merci du premier passant venu, qu’il fût imbécile ou grincheux.

Tous les journaux qui n’étaient pas admirateurs quand même de la Commune firent de celte décision l’objet de leurs moqueries ; elle égaya les Parisiens pendant quelques instants, résultat inestimable, car alors on n’avait pas tous les jours sujet de rire.

Continuant à réclamer abusivement les redevances dues à l’Etat, et dans le but d’accroître, dans le plus bref délai possible.

■rSH

les ressources de la Comnaunc, le délégué aux finaoces rendit l’arrêté suivant :

Le délégué aux floances.

Vu les lois du 6 juin 18o0el 3 juillet 186-2, fixant les droits de timbre à payer par les compagnies d'assurances contre l’incendie et la grêle pour les polices d’assurance;

Vu le ranport du directeur de l'enregistrement ;

Considérant que le payement par semestre de droits aussi considérables que ceux dns par les compagnies d'assurances cause un véritable préjudice au Trésor,

Arrête :

Art. l'r. — [,c payement du droit de timbre par abonnement des polices d'assurances contre l'incendie et la grcle, s'crrecluera à l'avenir tous les trois mois.

An. 2. — Eu conséquence, le tiimc.-tre échu sera versé dans les quarante-huit beure.s de l insertion au Journal officiel, à la caisse de l'administration de l’enregisi rement et du timbre, eu prenant pour base de l'assiette de l’impdt l'exercice précédent.

Art. 3. — Celte perception sera régularisée par des états fournis par les compagnies d'assurances des valeurs par elles assurées pendant l'année 1870, et après un contrôle sérieux.

Les compensations en plus ou moins seront admises sur les mois suivants.

Art. 4. — Le directeur de l'enregistrement et du timbre est chargé de l’execution du présent arrêté.

Le membre de la Commune délégué aus finance*, JOI'RDE.

Par note insérée à l’Officiel du 15 mai, le chef de la délégation scientifique, le citoyen Parisel, invita « tous les détenteurs de soufre, phosphore et produits de cette nature à en faire la déclaration, sous trois jours, à la délégation scientifique. »

L’absence de la plupart des membres de la Commune ne permi, pas d’ouvrir la séance, le 15 mai. Les membres présents, appartenant à la minorité de la Commune, protestèrent contre celte absence inconvenante, puisqu’elle était concertée.

Les membres appartenant à la minorité de la Commune avaient résolu de lire, à la séance qui devait avoir lieu régulièremeiii le lundi 15 mai nne déclaration qui aurait, sans doute, fait disparaître les malentendus politiques existant dans l'Assemblée.

L'absence de presque tous les membres de la majorité n'a pas permis l'ouTerturc de la séance.

Il est donc de notre devoir d'éclairer l'opinion publique sur notre attitude, et de lui Taire connaître les points qui nous séparent de la majorité.

Les membres présents,

Arthcb Arnodld, Ostys, Ch. Longcet, Aruold, Leprarçais, Serraili.er , Jules Vallès, G. Courbet, Victor Clément, Jourde, Varli», Verhorel.

Voici la Déclaration dont il est parlé dans la note précédente : DÉCLARATION

Par un vote ipécial et précis, la Commune de Paris a abdiqué son pouvoir entre les mains d’une dictature, à laquelle elle a donné le nom de Comité de salut public.

La majorité de la Commune s'est déclarée irresponsable par son vote, et a abandonné à ce Comité toutes les responsabilités de notre situation.

La minorité à laquelle nous appartenons aTQrmc, au contraire, cette idée, que la Commune doit an mouvement révolutionnaire politique et social d’accepter toutes les responsabilités et de n'en décliner aucune, quelque dignes que soient les mains à qui on voudrait les abandonner.

Quant à nous, nous voulons, comme la majorité, l'accomplissement de la rénovation politique et sociale; mais, contrairement à sa pensée, nous revendiquons, au nom des suffrages que nous représentons, le droit de répondre seuls de nos actes devant nos électeurs, sans nous abriter derrière une suprême dictature que notre mandat ne nous permet pas de reconnaître.

Nous ne nous présenterons plus à l’Assemblée que le jour où elle se constituerait en cour de justice pour juger un de ses membres.

Dévoués à notre grande cause communale, pour laquelle tant de citoyens meurent tous les jours, nous nous retirons dans nos arrondissements, trop négligés peut-être.

Convaincus, d’ailleurs, que la question de la guerre prime toutes les autres, le temps que nos fonctions municipales nous laisseront, nous irons le passer au milieu de nos frères de la garde nationale, et nous prendrons notre part do cette lutte décisive, soutenue au nom des droits du peuple.

Là encore, nous servirons utilement nos convictions et nous éviterons de créer dans la Commune des déchirements que nous réprouvons tous;

car nous sommes persuadés que, majorité ou minorité, malgré nos direr» gences politiques, nous pour^uivons tous le même but :

La liberté politique;

L'émancipation des travailleurs.

Vive la République sociale!

Vive la Commune!

Signé : Ch. Beslay, Jodrde, Theisz, Lefrarcais, Eugène Gèrardin, Vermorel, Clémence,.

Andriei'x, Serrailler, Ch. Longuet, Arthur Arnould, Victor Clément, âvrial, OsTYN, Franckel, Pindy, Arnold, Jules Vallès, Triuon, Varlin, Gustave Courbet.

Le lendemain, les journaux publièrent la lettre suivante, du citoyen Malon, qui déclarait adhérer à la résolution précédente :

Citoyen rédacteur.

Paris, le 16 mai 1871.

Veuillez insérer les lignes suivantes dans votre prochain numéro :

Si j’avais pu assister à la séance du 15 mai, j’aurais signé la Déclaratien de la minorité de la Commune. J'en accepte tous les termes.

Après avoir vu fonctionner le Comité de salut public, contre rétablissement duquel j'ai voté, ainsi que mes collègues, je reste convaincu que les réminiscences de 93 n’auraient jamais dû entrer dans la Révolution sociale et prolétarienne inaugurée le 18 mars.

Salut et fraternité.

Le membre de la Commune, délégué au XVII‘ arrondissement,

B. Malon.

Vingt-deux membres de la Commune, parmi lesquels la plupart s’étalent énergiquement opposés aux résolutions violentes et insensées votées par la majorité, se séparaient de leurs collègues, dont ils réprouvaient ouvertement la conduite. Cette scission trop tardive et insuffisamment motivée par la Déclaration que nous venons de reproduire, ne pouvait avoir pour conséquence de faire réfléchir la majorité, de l’arrêter dans la voie fatale où elle s’était engagée. La plupart des membres qui la composaient étaient parvenus au paroxysme de l'exaltation, à ce degré où le raisonnement n’a plus guère d’action sur l’individu. La démonstration de la minorité ne pouvait pas davantage amener ceux des partisans de la Commune qui étaient peu sympathiques à ses décisions

récentes, à tenter de la modiOer ou de la renverser. Bien que ceux-ci regrettassent les actes et les tendances actuelles de la Commune, ils continuaient néanmoins à la soutenir. Entraînés par la force des choses, ils pressentaient vaguement que la combattre maintenant, c’était fournir un appni aux menées rcaclionnaires et devenir inconsciemment leur auxiliaire.

La Déclaration de la minorité n’eut donc, en réalité, d’autre effet que celui de sauvegarder la responsabilité personnelle de ses signataires et de les dégager de toute solidarité avec la majorité, dans ses résolutions ultérieures. I*ar suite de l’abstention systématique de la minorité, la Commune n’avait plus même l’apparence d’un pouvoir constitué; elle était livrée à toutes les aberrations des volontés individuelles.

L' Avenir national faisait remarquer que cette situation ne pouvait durer ;

« Évidemment des faits nouveaux vont se produire, disait ce « journal. Entre les groupes qui se heurtent au sein de la Com- « mune, l'intensité des dissensions va s’accroître. L’anarchie va « s’accentuant. Le groupe qui représente l’intelligence, l’inteili- « gence relative, bien entendu, ce groupe vient de laisser la place « libre aux fanatiques, aux déments. Que va-t-il sortir de cette « crise? Nous le saurons sans doute bientôt. Ou il va nous être « donné d’assister aux dernières et suprêmes folies, ou il va se a produire un changement qui remettra Paris en possession de « lui-même et permettra d’espérer une solution moins doulou- « reuse que celle qui nous attend, si la raison ne reprend pas « quelque droit dans notre malheureuse cité. »

Le délégué aux relations extérieures fit placarder, le 15 mai, le Manifeste suivant, adressé aux grandes villes :

Page 1