‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 46 sur 60 · AUX GRA.NDES VILLES · texte numérisé non relu

AUX GRA.NDES VILLES

Après deux mois d'une bataille de toutes les heures, Paris n’est ni las, ni entamé, Paris lutte toujours, sans trêve, sans repos, infatigable, héroïque, invaincu, Paris a fait un pacte avec la mort. Derrière ses forts, il a scs murs; derrière ses murs, scs barricades: derrière ses barricades, ses maisons, qu'il faudra lui arracher une à une et qu'il ferait sauter plutôt que de se rendre à merci.

Grandes villes de France, assisterez-vous immobiles et impassibles a ce duel à mort de l’avenir contre le pasS ', de la République contre la monarchie ?

! Cooglc

Ou verrez-vous enfin qnc Paris est le champion de la République et du monde, et que ne pas l’aider c’est le trahir?

Vous voulez la République, ou vos votes o'ont aucun sens; vous vou. Icz la Commune, car la repousser serait abdiquer votre part de souveraineté nationale; vous voulez la liberté politique el l’égalité sociale, puisque vous l'écrivez sur vos programmes ; vous voyez clairement que l’armée de Versailles est l’armée du bonapartisme, du centralisme monarchique, du despotisme et du privilège, car vous connaissez ses chefs et vous vous rappelez leur passé.

Qu’atlendez-vous donc pour vous lever? Qii’ailcndez-vous pourchasser de votre sein les infimes agents de ce gouvernement de capitulation et de honte?

Attendez-vous que les soldats du droit soient tombés jusqu’au dernier sous les balles empoisonnées de Versailles?

Attendez-vous que Paris soit transformé en cimetière et rbacune de ses maisons en tombeau ?

Grandes villes, vous lui avez envoyé votre adhésion fraternelle! Vous lui avez dit : De cœur je suis avec toi !

Grandes villes, le temps n’est plus aux manifestes, le temps est aux actes, quand la parole est au canon.

Assez de sympathies platoniques ; vous avez des fusils et des muni, tions : Aux armes ! villes do France.

Paris vous regarde, Paris attend que votre cercle se serre autour de ses lâches bombardeurs et les empêche d'échapper au châtiment qu’il leur réserve.

Paris fera son devoir et le fera jusqu'au bout.

Mais ne l’oubliez pas ; Lyon, Mar.<-eille, Lille, Toulouse, Nantes, Bordeaux et autres !... si Paris succomb.-iit pour la liberté du monde, l’histoire vengeresse aornii 1c droit de dire que Paris a été égorgé parce que vous avez laissé s’accomplir l’assassinat!

Paris, 15 mai 1871.

Le délégué de la Commune aux relationi extérieures, P.V8CII.SL GnOOSSET.

Cette pièce ridicule conviait la province à un appel aux armes, alors qu’il ne pouvait être question que d’une intervention morale aboutissant à une conciliation qui désarmât les combattants. Loin d’être atteint, ce but pouvait être gravement compromis par la publication de ce Manifeste aux grandes villes. Ceci indique combien certains membres de la Commune avaient peu conscience des nécessités de la situation et combien ils ignoraient les dispositions de la province.

La démolition de l’hôtel de M. Thiers avançait rapidement.

A ce propos, le directeur des domaines prit l'arrété suivant, que nous nous dispensons de commenter ; sa grossièreté nous répugne i

Sur la délibération approuvée du Comité de salut public, le citoyen Jules Fontaine, directeur général des domaines,

En réponse aux larmes et aux menaces de Tbiers, le bombardeur, et aux lois édictées par l'Assemblée rurale, sa complice.

Arrête :

Art. 1". — Tout le linge provenant de la maison Tbiers sera mis à la disposition des ambulances.

Art. 2. — Les objets d'art cl livres précieux seront envoyés aux bibliothèques et musées nationaux.

Art. 3. — Le mobilier sera vendu aux enchères, apres exposition publique au gardc-mcubics. i

Art. 4. — Le produit de celte vente restera uniquement affecté aux pensions et indemnités qui devront être fournies aux veuves et orphelins des victimes de la guerre infâme que nous fait l'ex-proprictairc de l'hétel Georges.

Art. 5. — Même destination sera donnée à l'argent que rapporteront les matériaux de démolition.

Art. C. — Sur le terrain dcriiâtel du parricide sera établi un square public.

Paris, le 23 floréal an 79.

, Le directeur des domaines,

, J. Foxtaixe.

Le principe d’une suspension d’armes pour permettre aux populations de Montrouge, de Vanves et d’Issy de quitter leurs maisons menacées par les opérations de giierte, avait été accepté par le gouvernement et par la Commune. Mais, à la suite d’une visite dans les localités en question, il fut reconnu que l’armistice était devenu inutile; les habitants de ces villages avaient pu chercher un refuge en deçà des lignes versaillaises. Dans cette situation, la Ligue pour les droits de Paris pensa qu’il n’y avait plus lieu de continuer les démarches commencées.

Plus encore que les insuccès militaires, les actes ineptes et odieux que la Commune accumulait faisaient présager une solution prochaine à la lutte entreprise. ; , ^ ,

A l’époque où nous sommes parvenus, la situation était assez exactement appréciée par la Vérité ^ qui disait :

O Tout cela n’est rien. Mais, chose plus sérieuse, il y a la protestation de la minorité de la Commune. Depuis deux mois, nous

avons appris à faire des distinclions entre ces hommes qu’un semblant d’élection a investis d’un pouvoir dictatorial. Nous avons pu les juger, eux tous, ou à peu près tous, également inconnus la veille; discerner les fous, les épileptiques, les rêveurs, les hommes absolument incapables, et le petit nombre de ceux qui Jouissaient de quelques idées, de quelque raison, d'une notion plus ou moins juste de la réalité des choses.

Ceux-là protestent et se retirent; ils sont vingt-et-un. Que restera-t-il dans la majorité ? Encore auraient-ils pu se retirer plus dignement; donner franchement leur démission ; il leur plaît mieux de garder leur mandat, de se réserver le droit de siéger comme juges, si l’on vient à arrêter encore quelqu’un de leurs collègues. Ils sont des membres honoraires de la Commune. Ils se proposent de partager le temps entre leurs arrondissements respectifs, les délégations qui leur sont confiées et les visites aux remparts.

« Autre symptôme encore. La commission militaire est renouvelée; elle se compose aujourd'hui de sept individus, de sept des chefs du mouvement du 18 mars, qui avaient solennellement promis de rentrer dans l’ombre, de se dissoudre après les élections communales, et qui sont restés organisés. Ces sept personnages remplissent le double rôle de membres aetifs de la Commune et de chefs d’une société secrète. C’est leur société secrète qui a gouverné en réalité depuis deux mois, contrecarrant sans cesse l’action du pouvoir de la Commune, et qui tend à s’y substituer pour la crise suprême. Us ont obtenu ce qu’ils désiraient, leur heure de domination, et peu leur importe que cette heure soit la dernière de la résistance de Paris.

« Peu nous importe aussi. Du jour où la Commune est sortie de sa voie, et a substitué une misérable parodie de 1793 aux justes revendications des franchises de la cité, nous avons prévu que sa chute ne serait plus qu’une question de temps. Les événements d’aujourd’hui nous montrent que le temps approche, et peut-être, dans cette ruine misérable d’une belle cause, convient-àl de se féliciter, si les vainqueurs ne trouvent devant eux que des meneurs sans mandat d’une société secrète, telle que celle de la Fédération de la garde nationale, au lieu d'hommes investis à un degré quelconque par le suffrage universel. » • ■ 'é

Mardi 16 mal 1691

Sur loule la ligne, de Bicèlre a Âsnières-Cüdiy, il n’y a à constater, dans la journée du 16 mai, que des combats d’artillerie auxquelsles bastions 70 et "4 prirent une part très-considérable ; ils s’efforçaient d’inquiéter les travaux des Versaillais dans le village d’Issy et au lycée de Vanves. Les batteries des Buttes-Montmartre continuèrent à tirer, cette fois avec justesse, sur Gennevilliers et sur Bécon, ce qui occasionnait un véritable bombardement de la fraction des Batignollcs située du côté de Montmartre.

Les travaux d’approcbe effectués par les Versaillais dans le bois de Boulogne paraissaient à peu près terminés.

Continuant à parodier niaisement la grande époque révolutionnaire, le Comité de salut public décida, par l’arrêté suivant, qu’un commissaire civil serait adjoint à chacun des généraux chargés de la direction militaire ;

Le Comité do salut public,

' Considérant que, pour sauvegarder les intérêts de la Révolution, il est indispensable d’associer l'élément civil à l'élomenl militaire;

Que nos pères avaient parfaiiement compris que cette mesure pouvait seule préserver le pays de la dictature miliiaire, laquelle tôt ou tard aboutit invariablement à l’établissement d'une dynastie;

Vu son arrêté instituant un délégué civil à la guerre,

ÂRuêTE :

Art. 1*'. — Des commissaires civils, représentants de la Commune, sont delegués auprès des généraux des trois armées de la Commune.

Art. 2. — Sont nommés commissaires civils :

1“ Auprès du géi'iéral Dombrowski, le citoyen Dcrcure;

2» Auprès du général La Cécilia, le citoyen Juhannard ;

3® Auprès du général WroblcsUi, le citoyen Léo Melliet.

Hôtel-de-Ville , le 20 floréal an 79.

Le Comité de salut publie,

Ant. Ahsacd, Billioray, E. Ei^des, F. Gambok, G. Rarvier.

Sur la proposition du délégué à la gue-rc, le citoyen Moreau, membre du Comité central, fut chargé de la direction de l’intendance. On le volt, le Comité central s’insinuait partout et prenait la direction de tous les services de la guerre.

Désireux de centraliser entre les mains du délégué à la guerre « tous les moyens d’action, » le Comité de salut public réunit le service de la télégraphie aux attributions du ministère de la guerre. i

L’arrêté suivant, concernant la police des chemins de fer, avait pour but d’éviter toute surprise par voies de communications :

Le Comité de salut public

Abréte • •;

Art. 1*'. — Tous les trains, soit de voyageurs, soit de marchandise*, de jour et de nuit, se dirigeant sur Paris par une ligne quelconque, devront .s’arrêter hors de l’enceinte, au point où est établi le dernier poste de la garde nationale.

A cet errei, un signal spécial sera placé au point d’arrêt par les soins des administrations com(jétentes.

Art. 2. — Aucun train ne pourra dépasser la limite précitée sans avoir été préalablement visité par l'un des commissaires de police délégués à cet effet.

Art. 3. — Les travaux nécessaires seront iuimédiaiemcnt exécutés à la hauteur de l’enceinte, pour être en mesure de détruire instantanément tout train qui essaierait de forcer la consigne.

Art. 4. — Un délégué civil faisant fonctions de commissaire de police spécial aura le commandement du poste chargé de visiter les trains au point d'arrêt.

Art. 5. — Le membre de la Commune délégué aux relations extérieures, d’accord avec le délégué civil à la guerre, est chargé de l’exécution du présent arrêté.

Le délégué de la CommuDe près les chemios de fer prendra ses ordres à cet égard.

Fait i Paris, le 16 mai 1871 .

Le Comité de salut public.

Pour copie coDrurme :

Le secrétaire général,

Hedm Brissac.

Le délégué aux services publics ordonna, par arrêté du 16, à « tous les dépositaires de pétrole ou autres huiles minérales » d’en faire la déclaration, dans les quaraule-buit heures, aux bureaux de l’éclairage, à l’IIôtel-de-Ville.

Le chef de la délégation scientifique informait le public, par une note insérée à l’Officiel du 16 mai, qu’on procédait à la formation d’équipes de fusécns :

La délégation scicntlBque, rue do Varcnncs, 78, forme quatre équipes de fusécns pour le maniement des fusées de guerre.

Le citoyen Lulz, chargé de cette formation, prendra le commandement de ces équipes.

Il ne sera admis dans les équipes de fusécns que d’anciens artilleurs ou artificiers ayant en pyrotechnie des connaissances suffisantes.

En dehors de la solde d’artilleur, les fuséens recevront une haute paye fixée à un franc par jour.

Les inscriptions sont reçues à la délégation scientifique, 78, rue de Varennes, de huit heures du matin à cinq heures du soir (bureau militaire).

Chaque équipe sera composée de douze fuséens, cadre compris. Le registre d'inscription sera fermé des que les équipes seront complètes.

La note suivante, assez énigmatique, du délégué aux relations extérieures, figura au Journal officiel du 16 mai :

Quelques journaux ont paru croire que l'adhésion de la Commune à la Convention de Genève avait pour résultat de proscrire l’usage des nouveaux engins de guerre dont dispose la Révolution.

Si les rédacteurs de ces journaux avaient pris la peine d’étudier la question qu’ils traitaient, et, tout au moins, de lire les dix articles de la Convention de Genève, ils se seraient épargné une protèstation injuste et inutile.

La Convention de Genève n’a pour but et pour effet que de garantir la neutralité des édifices et du personnel dus ambulances militaires. A la reconnaissance de cette neutralité se borne l’adhésion de la Commune.

Quant aux forces terribles que la science met aux mains de la Révo-

lutiuo, la Cooventioa de Genève n'en réglemente pas l'usage. C'est un soin dont se sont acquittés, jusqu’à ce jour, les despotes couronnés qui vivent de la giierte et qui savent trep bien que la guerre deviendrait à Jamais impossible par remploi des moyens modernes, pour ne pas s'interdire religieusement l’usage de ces moyens.

Le docteur Sémerie, récemment nommé directeur général des ambulances, déclara n’avoir pas autorisé les quêtes que l’on effectuait chaque jour, dans Paris, au profit des blessés :

De nombreuses quêtes sont fuites chaque Jour au profit di s blessés, par des personnes qui portent les insignes de la Convention de Genève. Sans vouloir arrêter en rien l'clan du la charité privée en faveur des vic-| limes de la guerre, le directeur général du service méilical et des ambulances civiles et militaires déclare que, pour sa part, il n'a autorisé aucune de ces quêtes, auxquelles il est et veut rester complètement etranger.

Cette observation s'applique également aux concerts et représentations dramatiques.

Paris, le 16 mai 1871.

Dr SÉMERIE,

La solde de la garde nationale donnait lieu à de graves abus. Ainsi que cela avait déjà eu lieu sous le gouvernement de la défense nationale, les effectifs signalés par certains capitaines étaient fal.siûés et exagérés. Pour remédier à ces exactions, le délégué aux finances institua une direction chargée spécialement du contrôle des finances pour la solde de la garde nationale.

, Le Comité de salut public faisait appel « à tous les travailleurs « terrassiers, charpentiers, maçons, mécaniciens, âgés de plus de « quarante ans. Un bureau devait être immédiatement ouvert dans « chaque municipalité pour l’embrigadement de ces travailleurs, « qui seraient mis à la disposition de la guerre et du Comité de « salut public. — Une paye de trois francs soixante-quinie cen- « limes leur était allouée. » Ceci montre qu’on s’occupait à préparer la défense à l’intérieur.

Les travaux d’approche effectués, terminés par les 'Versaillais, rendaient de plus en plus urgente l’exécution des travaux de défense à l’inlérienr de Paris. Le général Cluseret insistait sur leur extrême importance dans la lettre suivante, adressée le 16 mai, à l’un de ses collègues : ,

Hâlel-de-Ville, le 16 loai 1871,

Mon cher collègue,

La dilTéreoco enlrc l'ciai de la défense telle que je l'ai quittée le 30 et telle que je la retrouve le 15 mai me furco à rompre le silence que je m’étais imposé.

J’avais ordonné à plusieurs rejiriscs, avant mon arrestation, au citoyen Gaillard père de cesser les travaux inutiles des barricades intérieures pour concentrer toute son activité de barricadicr sur la barrière do l’Étoile, la place du Roi-de-Rome et celle d’Eylau.

Ce triangle forme une place d’armes naturelle; en y joignant la place Wagram et barricadant l'espace restreint compris entre la porte de Passy et la porte de Grenelle, on a une seconde enceinte plus forte que la première.

J'avais donné l’ordre au colonel Rostel de faire faire ce travail, et, pour plus de sûreté, dérogeant aux habiiiides hiérarchiques, j’avais donné des ordres directs au citoyen Gaillard père, en présence du colonel Rossel, sachant qu’il n’écoutait que ce dernier.

Non content de cela, des le second jour do mon arrestation, j’écrivais au citoyen Protot et à la Commission exécutive de donner toute leur attention à ce travail indispensable.

Me» ordres ont-ils été exécutes? On me dit que non.

Il importe qu’ils le soient et de suite.

Ils peuvent l’être dans les vingt-quatre heures, si la population veut s’y mettre de bonne volonté.

Mais il ne faut pas à la barrière de l’Étoile, au Trocadéro, à 'Wagram et au rond-point de Grenelle des travaux d’amateur.. II faut des travaux comme ceux de la rue do Rivoli. ,

Ces travaux, que j’avais ordonnés comme mesure de précaution, sont devenus des travaux d'urgence depuis qu’en mon absence on a laissé prendre Issy et surtout commis ceite faute énorme : laisser envahir le bois de Boulogne, mouvement que je faisais surveiller chaque nuit et qui ne se serait jamais accompli si j’avais été là. '

Maintenant nous avons à suhir un siège en règle.

Aux travaux d’approche, il faut opp <ser des travaux de contre-approche, si vous ne voulez pas vous réveiller un de ces matins avec l’etuicmi dans Paris. '

Aux batteries, il faut opposer des batteries, à la terre, de la terre. En un mot, faire une guerre de position.

Opposer des poitrines d’hommes à des projeciiles est insensé.

C’est du métier, rien que du meiier qu’il faut. C’est pourquoi je ne suis nullement étonné de la différence entre h situation du 30 avril et celle du IS mai. ' '

Mais récriminer n'avance à rien/ C'est de l’action qu’il faut et>de la science. n . «i .i . . .

Je dit au peuple ce qu'il y a à faire. Qu’il le fasse ou le fasse faire.

Viendra ensuite la troisième iigne, allant de la porto Saint-Ouen au pont de la Concorde, qui utilisera les fameux travaux de la rue de Rivoli.

Salut fraternel.

Général J. Clcseret.

Une véritable hécatombe de joarnaux avait eu lieu dans la matinée, sur les ordres du délégué à la sûreté générale. Le Journal officiel n’en fit pas mention. Les journaux supprimés par cette mesure inique étaient : le Siècle, la Discutsion, le National, l’Avenir national, le Corsaire, le Journal de Paris.

Le nombre des journaux sérieux et sensés était maintenant très-restreint. Les nombreuses suppressions qui avaient été prononcées à plusieurs reprises n’avaient cependant pas fait disparaître tous les journaux qu’elles atteignaient; un certain nombre d’entre eux reparurent presque immédiatement sous d’autres titres.

Ces attaques réitérées à la liberté de la presse suscitaient à l’un des rares journaux qui avait évité jusqu’alors toute poursuite, quoiqu’il n’ait pas ménagé cependant le blâme à la Commune, les réflexions que nous reproduisons ;

« Nous sommes, pour notre part, particulièrement affligés

« de voir notre droit respecté par la prétendue Commune qui « siège à l’Hôtel-de-Ville. En effet, — loin de nous la pensée de « le dissimuler à l’heure où le triomphe imminent de la réaction « peut rendre un tel aveu dangereux, — nous sommes de ceux « qui, comme l'Avenir national, ont commis l’erreur de croire « qu’il y avait au fond du mouvement révolutionnaire du 18 mars, K quelque chose de plus sérieux qu’une vulgaire insurreetion « n’ayant pour but que le carnage.

a Nous n’étions pas les seuls à nous faire de telles illusions. ^ Beaucoup d’honnêtes gens, sincèrement épris de l’idée des « franchises municipales, entraînés d’ailleurs par la haine qu’ils » éprouvent contre le gouvernement de Versailles, ont un instant « confondu la cause de la liberté parisienne avec celle de la Com- « mune; ils s’en repentent aujourd’hui.

K Où nous ne nous sommes pas trompés, c’est quand nous i« avons dit à la Commune que ses jours étaient comptés et qu’en « ayamt reéouré à la force, elle nous conduisait aux plus grands a désastres. Cela n’a pas empêché que la guerre n’éclatât, pas

« plus que nos protestations n'cmpèchent aujourd’hui les jouroaux ff d’être supprimés, les individus d’être arrêtés. Si impuissante Il que paisse être notre voix, il ne ser:'. pas dit cependant que « nous n’avons pas maudit les hommes de la Commune alors a qu’ils étaient encore au pouvoir, qu’ils possédaient la dictature « et qu’ils en abusaient. Oui I maudits soient ces hommes qui M ayant eu en main la plus belle des causes,' n’ont cessé de la « trahir indignement. Si les fautes du gouvernement de la défense nationale ont compromis l’établissement de la République en « Franc-*, on peut dire que le gouvernement deJa Commune a « compromis l’existence même de la liberté la plus modérée. « N’ont-ils pas ménagé à la force brutale, au militarisme, un « triomphe éclatant? N’ont-ils pas su rendre odieuse la garde « nationale qui, sans etiix, aurait pu, dans un délai rapproché, « remplacer l’armée ? N’ont-ils pas enfin essayé de démontrer à « la face du monde que tous les partis qui, en France, font de « l’opposition, n’ont qu’un but, s’emparer de la dictature, et que « s’ils réclament la liberté, c’est pour mieux exercer le des- O potisme ! » /'La Yérité.J

En exécution du décret de la Commune, ordonnant la démolition de la colonne Vendôme, on effectuait depuis plusieurs jours des travaux afin de la faire tomber tout d’un bloc.

Nous n’avons pas à reproduire ici les raisons qui nous ont fait réprouver la chute de ce monument, bien que nous ne partagions pas l’admiration que sa vue in-pire à certains de nos concitoyens.

Le projet de faire tomber, d’un seul coup, cet énorme fût, était jugé audacieux, voire même imprudent par beaucoup de personnes. Voici quelles dispositions on avait prises pour mener à bien cette opération.

A la base de la colonne, du côté qui était en regard de la rue de la Paix, on pratiqua une entaille en biseau jusqu'au tiers environ du diamètre; et de l’autre côté, sur le même plan, on scia la pierre, on y enfonça des coins en fer, les premières plaques de bronze ayant été préalablement retirées. Un câble très-fort entourait le sommet de la colonne à la hauteur de la plate-forme et venait s’accrocher à une moufle reliée, par un câble y passant trois fois, à une autre moufle fixée au sol. De là, le câble s’enroulait sur un cabestan établi presque à la jonction de la place Vendôme et de la rue Neuve-des-Petits-Champs, en face de la colonne. Ce cabestan

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élait solidement retenu au sol par une ancre. Pour amortir la chute, on arait disposé sur le sol un lit de sable, recouvert de fascines et d’une épaisse couche de fumier.

Annoncée depuis quelques jours, la chute de la colonne devait avoir lieu définitivement, d’après l’indication publiée au Journal officiel, le matin, le 16 mai, à deux heures.

Dès midi, une foule considérable stationnait dans la rue de la Paix, aux abords de la place Vendôme, dont l’accès était interdit au public, ainsi que cela avait lieu depuis le 21 mars. / :

Vers trois heures et demie, on fit tourner le cabestan; le câble se tendit, se raidit. Tous regardaient, anxieux, la colonne, qui ne paraissait pas ébranlée. L’eflbrt de tension s’effectuait déjà depuis plusieurs minutes lorsqu’un craquement se produisit ; la poulie fixée au sol, sur laquelle s’enroulait le câble, venait d’être brisée.

L’entrepreneur chargé de la direction des travaux en fit quérir une autre plus résistante, qui fut bientôt installée à la place déterminée.

Vers cinq heures et demie, plusieurs musiques de bataillons de la garde nationale, massées dans les angles de la place, du côté de la rue Saint-Honoré, entonnèrent la Marseillaise. On était en mesure de procéder de nouveau à la tension du câble. Il était raidi depuis quelques minutes à peine, lorsqu’on aperçut la colonne s’incliner. Dès qu’elle eut été déplacée de la verticale d’un angle très-minime, elle se scinda aussitôt en segments qui s’affaissèrent sur le sol en produisant un fracas immense et en soulevant une épaisse poussière. Aussitôt, les spectateurs qui se trouvaient sur la place se précipitèrent sur cette ruine énorme, gravissant et contemplant les blocs de pierre.

Plusieurs membres de la Commune prononcèrent de courtes allocutions; des drapeaux rouges furent apportés de l’état-major et placés sur le socle de la colonne.

Le Journal officiel du lendemain consacra à cet événement l’article suivant, que nous reproduisons, sans partager bien entendu les idées qu’il exprime, comme nous l'avons fait pressentir précédemment :

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