‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 47 sur 60 · RENVERSE.MENT DE LA COLONNE VENDOME · texte numérisé non relu

RENVERSE.MENT DE LA COLONNE VENDOME

Le décret de la Commune de Paris qui ordonnait la démolition de la colonne Vendôme a été exécuté hier, aux acclamations d'une foule compacte assistant, sérieuse et réfléchie, à la chute d'un monumeut odieux, (■levé à la fausse gloire d'uu monstre d'ambition.

La date du 36 floréal sera glorieuse dans l'hisloire, car elle consacre notre rupture avec le militarisme, cette sanglante négation de tous les droits de l'homme.

Le premier Bonaparte a immolé des millions d'enfants du peuple à sa soif insatiable de domination; il a égorgé la République après avoir juré do la défendre; fils de la Révolution, il s’est entouré des privilèges et des pompes grotesques de la royauté; il a poursuivi de sa vengeance tons ceux qui voulaient penser encore ou qui aspiraient à être libres ; il a voulu river un collier de servitude au cou des peuples, afin de tréner seul dans sa vanité, au milieu de la bassesse universelle : voilà son œuvre pendant quinze ans.

Elle a débuté, le 18 brumaire, par le parjure, s’est soutenue par le carnage et a été couronnée par deux invasions ; il n’en est resté que des ruines, un long abaissement moral, l'amoindriascmcnt de la France, le legs du second Empire, commençant au Deux Décembre pour aboutir à la bonté de Sedan.

La Commune de Paris avait pour devoir d'abattre le symbole du despotisme : elle l'a rempli. Elle prouve ainsi qu’elle place le droit au-dessus de la force, et quelle préfère la justice au meurtre, même quand il est triomphant.

Que le monde en soit bien convaincu : les colonnes qu'elle pourra ériger ne célébreront jamais quelque brigand de l'histoire, mais elles perpétueront le souvenir de quelque conquête glorieuse dans le champ de la science, du travail et de la liberté.

La Ligue d’ Union républicaine de! Droit! de Pari! vota, dans la séance du 16 mai, la proposition que nous reproduisons :

Attendu l’article 3 de la Convention, réglant les conditions de l'armistice dn 98 janvier 1871, lequel est ainsi conçu :

« L’armistice a pour but de permettre au gouvernement de la défense nationale de convoquer une assemblée librement élue qui se prononcera sur la question de savoir si la guerre doit être continuée ou à quelles condition! la paix doit être faite.

La Ligue d’Uiiion,

Considérant que, si le decret électoral du 99 janvier ne détermine ni la durée ni les pouvoirs de l’Assemblée nationale réunie à Bordeaux ic 19 février 1871,

Le mandat de cette Assemblée est indiqué et limité par la disposition précitée ;

Que la signature de la paix est le seul acte dont elle ait été explicitement chargée ;

Que, d’ailleurs, cette Assemblée, en ne prenant pas le titre de Constituante, a d’elle-mëme reconnu et accepté ce mandat restreint ;

Attendu que la paix est signdc;

La Ligue eaiirae que l'Assemblée nationale, spécialement élue pou^* conclure la paix, aura terminé son mandai le jour de la ratification du traité.

Elle invite les conseillers municipaux à formuler la même opinion.

Au nom de la Ligue,

Le secrétaire de nrvice , André Lefèvre.

Dans la même séance, la. Ligue d' Union républicaine décida qu’elle adresserait au gouvernement de Versailles une protestation contre l’arrestation arbitraire et la détention illégale de MM. Lechevalier et Villeneuve, arrêtés, comme on sait, sur le territoire d’un département qui n’était pas en état de siège, et accusés d’avoir voulu se rendre à Bordeaux, délit qui n’était pas encore prévu par aucune loi française.

, A la séance de l’Assemblée nationale du 16, M. A. Peyrat déposa une proposition, signée d’un certain nombre de ses collègues de la gauche, demandant que la République fût reconnue par l’Assemblée, d’une façon définitive, comme gouvernement de la France. Après avoir fait connaître les motifs qui l’avaient engagé, ainsi que ses collègues, à déposer cette proposition, M. Peyrat demanda sa prise en considération d’urgence. Celte demande fut repoussée à une très-forte majorité.

Par contre, la proposition ainsi conçue, formulée par M. le comte Jaubert : « La maison de M. Tbiers, président du Conseil des ministres, chef du pouvoir exécutif de la République française, sera relevée aux frais de l’État, » accueillie par les applaudissements de l’Assemblée, fut renvoyée d'urgence à la Commission d’initiative parlementaire.

C’est dans cette séance que M. le comte de Melun déposa un rapport favorable à une proposition faite récemment, demandant que des prières publiques eussent lieu dans toute la France, dans le but d’attirer la protection divine sur notre malheureux pays. L’Assemblée voulait rappeler les Français au souvenir de la Providence, qui paraissait les avoir assez visiblement oubliés. Vainement M. Langlois chercha à faire comprendre à l’Assemblée qu’elle n’était pas un « concile, » mais une assemblée politique, et qu’elle ne devait point, surtout dans un pays qui reconnaît la liberté de conscience, manifester de sentiments religieux; ses

protestalioils furent inutiles. A une effrayante majorité, 417 voix sur 420 votants, les prières publiques furent décrétées.

Hélas ! hélas ! à quand le rétablissement des missions de la Bestauration ?... ou mieux, à quand l’installation d'une autre Assemblée, moins puérile et moins rétrograde?

A propos de cette fantaisie de l’Assemblée, nous extrayons du Journal le Temps, publié à Saint-Germain, les réflexions suivantes :

< Nous sommes embarrassés pour parler de la manifestation « qui a eu lieu à la Chambre : Une assemblée décrétant des priè- « res, et les décrétant d’urgence, sous prétexte que Dieu attend. a Nous étions résignés à différer parfois de l’Assemblée, à regret- « ter quelques-uns de ses actes et beaucoup de ses intempé- < rances d’humeur; mais nous n’avions jamais supposé qu’elle « nous ferait une tâche si difOcUe du respect que l’on doit à la « représentation de son pays.

t L’Assemblée a fait là une de ces manifestations qui rappel- « lent la rue de Poitiers, sacriflant avec emphase à des idées dont « elle n’est pas bien sûre, — trop débile pour croire, car la foi sin- « cère ne se perd pas dans une rhétorique ridicule, — et trop « débile pour nier, car la négation, elle aussi, suppose quelque sé- « rieux et des intelligences maîtresses d’elles-mèmes »

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Uigi izeo"; ■

9frrcr«dl IT mai 1891

Sur la rive gauche, les batteries versaillüises s’acharDaient spécialement sur le fonde Montrouge, dont les remparts étaient bouleversés et les casernes effondrées. Il devenait difGcile à la garnison fédérée de se maintenir dans ce fort, et aux artilleurs de faire sans péril le service des pièces.

Sur la rive droite, on apercevait les tranchées ouvertes dans le bois de Boulogne par les troupes de l’Assemblée, à quelques cents mètres du rempart. Les formidables batteries qui y étaient installées avaient démantelé la porte du Poiut-du-Jour et celle d’Auteuil, et avaient même fait brèche dans les bastions d’Auteuil.

Neuilly, Asnières et Montmartre, continuaient à soutenir avec les batteries versaillaises oin duel d’artillerie.

Les employés des chemins de fer avaient été dispensés jusqu'alors du service delà garde nationale La marche des opérations militaires nécessitant, pour la Commune, la concentration de toutes les forces dont elle pouvait disposer, le Comité de salut public supprima cette dispense par l'arrêté suivant :

Le Comité de salut pablic.

Vu son arrêté en date du 16 floréal courant,

Considérant qu'il importe aux intérêts de la délvnse de ne pas t< nir éloignés plus longtemps du service de la garde nationale les employés de chemins de fer, dont la présence n’est pas indispensable aux besoins actuels de l’adminisiration et de l'exploitation des différentes compagoies ;

Que la double signature du contrôleur général des chemins de fer et du délôgué spécial du Comité central de la garde nationale entraîne des lenteurs qu’il est indispensable d'abréger;

Considérant, en outre, que le contrôleur général est compétent pour apprécier dans quelles limites les exemptions peuvent être accordées;

Vu l'urgence.

Arrête :

Art. !•'. — Les certificats d'exemption du service de la garde nationale seront délivrés cl signés par le contrôleur général des chemins de fer, sous sa responsabilité.

Art. 2. — Le contrôleur général remettra dans les trois jours, à chaque légion, un état nominatif des employés mis à la disposition de la garde nationale.

Art. 3. — Il adressera dans la huitaine, au Comité de salut public, un rapport détaillé faisant connaître le nombre de certificats d’exemption délivrés avec motifs à l’appui, et le nombre des employés de chemins de fer mis k la disposition de chaque légion.

Ce rapport sera publié au Journal officiel.

Art. 4. — L’arrété du IC floréal est maintenu en tout ce qui n’est pas contraire aux dispositions du présent arrêté.

Hôtel-de-Ville, le 27 floréal an 79.

Le Comité de salut public,

, Ast. AaNACD, Billiohay, E. Eudes, F. Gambok, G. Ranvier.

Le délégué à l’enseignement invita, par la note suivante, les municipalités à lui transmettre les renseignements dont elles disposaient relativement à la prompte institution d’écoles professionnelles :

Considérant qu'il importe que la Révolution communale affirme son caractère essentiellement socialiste par une réforme de l’enseignement, assurant à chacun la véritable base de l’égalité sociale, l’instruction intégrale, à laquelle chacun a droit, et loi facilitant l’apprentissage et l’exercice de la profession vers laquelie le dirigent ses goûts et ses aptitudes ;

Considérant, d’autre part, qu’en attendant qu’un plan complet d’ensei* gnement intégral ait pu être formulé et exécuté, il s’agit d’arrêter les réformes immédiates qui assurent, dans un avenir prochain, cettei transformation radicale de l’enseignement, ’ ' ■ ■■ ■'

La délégation de l’enseignement invite les municipalités d’arrondissement à envoyer dans le plus bref délai, au ci-devant ministère de l’instruction publique, 110, rue de Grenelle-Germain, les indications et renseignements snr les locaux et établissements les mieux appropriés à la prompte institution d’écoles professionnelles, où les élèves, en même

temps qu’ils feront l’appreniissAge d’une profession, compléteront leur instruction scientifique et littéraire.

Les municipalités d’arrondissement sont priées, en outre, de s'entendre avec la délégation à renseignement, afin de mettre le plus rapidement possible les écoles professionnelles en activité.

Paris, 17 mal 1871.

Le membre de la Commune diHègué à l'enseignement. En. VAILLiST.

La séance de la Commune du 17 mai débuta par l’appel nominal, afin de constater l’absence des membres de la minorité, qui, conformément à leur Déclaration, ne devaient plus assister aux séances. Le citoyen Urbain donna lecture d’un rapport, rédigé par ün officier de la garde nationale, constatant le viol et le massacre d’une ambulancière par un soldat versaillais. En représailles de cet acte, le citoyen Urbain proposa à la Commune de décréter « que dix individus désignés par le jury d’accusation seraient « fusillés en punition 'des assassinats journellement commis par « les Versaillais. Cinq des otages seraient exécutes dans l’inté- « rieur de Paris, en présence de la garde nationale ; les cinq autres > le seraient aux avant-postes. »

Cette proposition sanguinaire donna au citoyen Amoureux l’occasion de réclamer la réalisation immédiate du décret concernant les otages ; il exprima le désir de voir frapper surtout les prêtres.

l.e procureur de la Communcl Raoul' Rigault, pour donner satisfaction aux sentiments de vengeance qui venaient d’être exprimés, proposa que 1e jury d’accusation « puisse provisolre- « ment, pour les accusés de crimes ou délits politiques, prononcer « des peines,' exécutoires dans les vingt-quatre heures, aussitôt « après avoir statué sur la culpabilité des accusés. » Il annonça que le jury d’accusation était convoqué pour le lendemain.

Le délégué à la justice, n’étant pas d’accord avec le procureur de la Commune, demandait que la discussion fût renvoyée au lendemain, mais les convocations pour le jury d’accusation étant lancées, il se borna à exiger l’exécution du decret sur les otages, et la Commune adopta en conséquence l’ordre du jour suivant :

« Se référant à son décret du 7 avril, la Commune en demande la réalisation immédiate. » , ^ . ,

Ce vote, qui manifestait quelles passions viles et sauvages dominaient maintenant la majorité de^ la^ Commune, provoqua de la

pari de la Vérité les réflexioDS suivanles, auxquelles nous nous associons pleinement : ‘ -

« Quand nous avons apprécié, comme il le mérilait, le dé-

< cret du 7 avril, ordonnant l'arreslation à litre d’olages, des per- « sonnes suspectes, et leur exécution sommaire, dans la propor- « lion de trois pour un, en représailles des exécutions faites à « Versailles, nous pensions encore que ce décret resterait à l’état « de simple menace. Arrêter sans droit, par des mandats décernés « au hasard, incarcérer des citoyens comme suspects, les éloigner « de leurs affaires, de leur famille, mettre leurs maisons sous les « scellés, les tenir au secret, c’était déjà une série de violations a manifestes de la justice, de la liberté individuelle, des principes « que tout gouvernement républicain ne saurait outrager sans « mentir à son nom, sans proclamer lui-même sa déchéance.

« Eh bien! ces attentats contre lesquels nous avons protesté « avec tous les honnêtes gens, rérreslation de l’archevêque, de « prêtres nombreux, de M. Chaudey, de tant d’autres, ne sont « rien encore, üans la séance de mercredi, la Commune a voté un « ordre du jour demandant la mise à exécution immédiate de son « décret du 7 a\ril

Quand les hommes obéissent ainsi à la passion, il est inutile « de discuter avec eux. Nous ne dirons pas au citoyen Amoureux, « qui veut que le sort tombe de préférence sur les prêtres, et aux « autres citoyens de sa force, que la majorité de la Commune n’a « fait encore la guerre qu’à la Uépublique, au bon sens, à la rai- « son, à la liberté et à la propriété de la France, et que, par un a acte pareil, elle déclare la guerre à la civilisation et à l'huma- « nité. Nous ne leur dirons pas non plus que jusqu’à présent ils <x ne sont pas descendus au-dessous des Vandales et des Iluns; « mais que la première exécution d’otages les mettra beaucoup U plus bas que les Peaux-Rouges, ils ne nous comprendraient « pas. » ,

• Le jour où fut voté le décret concernant les otages, le Journal officiel contenait une proclamation de la Commission exécutive, qui réprouvait hautement toute exécution de prisonniers. « La « violence de nos ennemis prouve leur faiblesse, disait-elle. Ils « assassinent, les républicains combattent. » Alors la Commune qualiOait d’otrossmat toute exécution qui n'était pas strictement

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exigée par les horribles nécessités de la guerre. Tuer des hommes des concitoyens dans la lutte, c’est déjà un affreux malheur, mais les tuer de sang-froid, en les acculant contre un mur, alors qu'ils sont désarmés, c’est un crime qu’aucun fanatisme n’excuse, et dont un homme, ayant quelque sentiment de l’humanité, ne peut prendre la responsabilité.

' Le manifeste de la minorité de la Commune fut blâmé trèsvivement dans la séance du 17 mai, par la majorité, à laquelle il avait déplu. En son nom, le citoyen Paschal Grousset déclara,^ dans un langage très-acerbe, aux signataires de ce document, que leurs accusations contre la Commune étaient mal fondées; que leur opposition fâcheuse l'avait seule empcchce de prendre plus tôt les mesures radicales, énergiques, réclamées par la situation. Il ne laissa pas ignorer aux dissidents le sort qui les attendait s’ils persistaient dans ce qu’il appela « une hérésie girondine. » « Si les membres de la minorité, au lieu de tenir loyalement leur « promesse, essayaient des manœuvres de nature à compromettre <i le salut de cette Commune qu'ils désertent, nous saurions les IX atteindre et les frapper. »

L'un des membres de celte minorité, le citoyen Jules Vallès, demanda qu’on respectât un peu la fraction de la Commune qui avait critiqué certains de ses actes, comme c'était son droit. Il concéda qu'il eût été préférable de ne pas rendre immédiatement publique celte protestation; mais on n’avait eu recours à celte publicité qu’après avoir vainement essayé, pendant deux jours, de s’expliquer en séance de la Commune. La présence à la séance d’un assez grand nombre de signataires du manifeste incriminé ne signifiait pas qu’ils le répudiaient; ils étaient venus simplement pour tenter d’avoir avec les membres de la majorité une explication loyale, catégorique, sur les points qui les divisaient. 11 demanda la remise au lendemain de la discussion en cours, afin de permettre l’examen des faits, l’exposé des griefs dont il résulterait, pensait-il, un nouveau groupement de tontes les forces de la Commune contre l’ennemi commun. Cet appel à une discussion ultérieure ne fut pas sanctionné. Affirmant leurs tendances autoritaires, certains membres de la majorité parvinrent à faire adopter un ordre du jour ainsi formulé :

Considérant que le Comtié de salut publie est responsable de tes actes.

qu’il esi à toute heure aux ordres et à la disposition de la Gemmune, dont la souveraineté n'a jamais été ni n’a pu être contestée, ... .. i

La majorité de la Commune déclare : r

Qu’elle est prêle à oublier la conduite des membres de la minorité, qui déclareront retirer leur signature du manifeste;

2“ Qu’elle blâme ce dernier, et passe à l’ordre du jour.

Ain.si la majorité pardonnait leur incartade aux signataires du manifeste, à condition qu’ils consentiraient au retrait de leur si” gnature. On leur ordonnait comme à des écoliers admonestés, de désavouer leur protestation. Cette conduite puérile était inacceptable. Les membres de la minorité maintinrent leur signature. La scission était definitive, irrévocable.

Les membres de la majorité de la Commune avaient lassé ceux qui constituaient la minorité. Ces dissentiments entre collègues permettent de pressentir combien la fraction sensée de la population parisienne devait être devenue liostile à cette majorité despotique.

Dans l’après-midi, l’église Notre-Dame-des-Victoires fut cernée et envahie par un bataillon. On y effectua des perquisitions minutieuses, qui amenèrent la découverte de plusieurs cadavres, ou plutôt de plusieurs squelettes qu’on exposa sur le parvis, et on réquisitionna tous les objets précieux qui s’y trouvaient renfermés.

Vers cinq heures et demie, une détonation épouvantable se fit entendre du côté du Champ-de-Mars : une grande fabrique de cartouches, située avenue Rapp, venait de sauter. Cette explosion fit de nombreuses victimes et occasionna des dégâts importants.

Le Champ-de-Mars était recouvert de poutres enflammées et d’un nombre prodigieux de balles en fusion, déformées, écrasées, projetées par le foyer du sinistre. Ou y apercevait aussi des débri? humains. Ce spectacle était affreux à contempler. Â chaque instant le feu, qu’il était difficile de maîtriser, atteignait des tonneaux de poudre, des paquets de cartouches ou d’autres matières inflammables, dont il provoquait la détonation. Il en résultait une sorte de feu d’artifice immense et incessant. , ,

On organisa, avec une extrême rapidité, le sauvetage des produits que le feu pouvait d’un moment à l’autre faire éclater, et bientôt l’on parvint à circonscrire l'incendie. • . ! -

La population attribua tout d’abord ce triste événement à la trahison; on y vit une manœuvre des Versaillais. La proclamation suivante adressée dans la soirée par le Comité de salut public au peuple de Paris, affirmait que les Versaillais étaient coupables de cet incendie :

Le gouvernement de Versailles vient de se souiller d’un nouveau crime, le plus (‘pouvanlable et le plus lâche de tons.

Ses agents ont mis le feu à la cartoucherie de l'avenue Rapp et provoqué une explosion effroyable.

On évalue à plus de cent le nombre des victimes.

Des femmes, un enfant à la mamelle, ont clé mis en lambeaux.

Quatre des coupables sont rntre les mains delà sûreté générale.

Paris, le 27 floréal an 79.

Le Comité de salut public.

Parmi les personnes arrêtées et soupçonnées d’être les auteurs de cette catastrophe si meurtrière, se trouvait le comte Zamoïsky, d’origine polonaise.

Le lendemain, le délégué h la guerre adressa au Comitéde salut public le rapport suivant concernant ce déplorable événement :

Hier, vous appreniez l’épouvantable forfait commis dans nos murs par nos infâmes ennemis, et vos cœurs patriotiques ont frémi d’indignation contre les coupables cl de douleur pour tant d'innocentes victimes.

La cour martiale est saisie.

Justice sera faite sans retard.

Aujourd'hui, nous ne pouvons encore vous donner le nombre exact des victimes, lequel, heureusement, est bien au-dessous de ce qu'on avait à craindre.

Les constatations se poursuivent, et le résultat en sera communiqué.

Les pompiers de la Commune ont, dans celle douloureuse circonstance, montré le dévouement qui leur est habituel.

Grâce à leur héroïsme et à celui de marins immédiatement accourus, des fourgons chargés de cartouches, dont les roues commençaient à s’enflammer, ainsi que des tonneaux de poudre, ont été retirés du foyer do l’incendie.

Nous ne parlerons pas du sauvetage des blessés et des habitants ensevelis prisonniers dans leurs maisons réduites en débris. Pompiers et citoyens ont, à cet égard, rivalisé de courage et de dévouement.

Les citoyens Avrial et Sicard, membres de la Commune, étaient aussi des premiers sur le lieu du danger.

Douze chirurgiens do la garde nationale se sont rendus à l’avenue Rapp, et ont organisé le service médical avec un empressement que je ne saurais trop louer.

En somme, une cinquantaine de blessés; la plupart des blessures sont légères; voilà ce qu’auront gagné les hommes de Versailles.

La perte en matériel est sans importance, eu égard aux immenses approvisionnements dont nous disposons; il ne restera à nos ennemis que la honte d’un crime aussi inutile qu'odicuz, lequel ajouté à tant d’autres, à défaut de nos invincibles moyens de défense, suffirait à tout jamais pour leur fermer les portes de Paris.

Tout le monde a fait plus que son devoir; nous avons peu de morts à déplorer.

Paria, le iS floréal an 79.

Le délégué civil à la guerre, «:

Delescluze.

Cet accident n’était certainement pas le fait du hasard, mais de la malveillance, car on remarqua que les ouvriers qui quittaient ordinairement les ateliers à sept heures du soir, en étaient sortis ce jour-là vers cinq heures. Le dessein de faire sauter cette importante cartoucherie était donc prémédité, et le départ insolite des ouvriers ferait présumer que ceux qui l’avaient formé se seraient concertés avec des personnes attachées à l’établissement. Quoi qu’il en soit, il ne fut pas prouve que ce crime résultait d’une manœuvre versaillaise. La Commune l’affirma, mais aucun document rendu public ne vint donner à cette affirmation, à cette* présomption, un caractère de véracité indubitable. Une enquête eut lieu, mais scs conclusions restèrent ignorées, soit qu’elle n’ait pas été terminée, soit qu’on n’ait pas jugé nécessaire d’en publier le résultat.

•Vendl tS mal 1891 %

Au Sud, lecombal fut moins acharné que les jours précédents; les bastions canonncrenl le fort d’Issy; en somme, aucun résultat appréciable ne se produisit dans cette journée.

Dans le bois de Boulogne des rencontres très-sérieuses eurent lieu entre les fédérés et les Versaillais soutenus par le feu trèsintense du Mont-Valérien et de Montrelout. Dans la journée, les fédérés parvinrent à repousser leurs adversaires jusque dans leurs tranchées.

La nuit, les troupes de Versailles tentèrent une attaque du côté de la porte Maillot et vers la Muette. Après un combat qui dura plusieurs heures et auquel l’artillerie prit des deux côtés une part très-active, les fédérés, cette fois-ci, repoussèrent avec beaucoup de vigueur les Versaillais; mais non sans éprouver de grandes pertes.

Toute la partie gauche de l’avenue de Neuilly était au pouvoir de l’armée versaillaise qui occupait tout le bois de Boulogne. De ce côté la situation devenait donc de plus en plus périlleuse. Les batteries de fort calibre établies dans le bois continuaient avec vigueur leur œuvre de destruction du rempart. Tout faisait présager que, prochainement, les Versaillais tenteraient l’assaut sur divers points de l’enceinte entre Neuilly et la Seine.

Le bombardement de la ville, d’abord circonscrit à Neuilly, aux Ternes et à la partie supérieure des Champs-Élysées, avait atteint depuis quelque temps un plus grand n^bre de quartiers. Son

intensité les rendait maintenant inhabitables : à Auteuil, à Passy et à Batignoiles, on s’empressait de déménager.

Pendant la lutte qui eut lieu dans la nuit du 18 mai au bois de Boulogne on s’empara d’un jeune garçon d’une quinzaine d’années, soupçonné de jouer le rôle d’espion pour les Versaillais. Interrogé, il finit par avouer qu’il avait reçu de l’argent de Versailles et qu’il faisait passer des lettres. Le citoyen Jobannard, membre de la Commune, délégué civil auprès du général La Cécilia, déclara qu’il fallait fusiller sur-le-champ ce jeune garçon. Le général La Cécilia et ses officiers d’clat-inajor ayant exprimé le même avis, l’exécution ordonnée eut lieu le lendemain à midi.

A la séance de la Commune du 19, le citoyen Jobannard donna connaissance de cet acte, parce qu’il lui paraissait « grave ». « En « pareil cas, j’agirai toujours de même, ajouta-t-il. » Le récit de l’exécution de ce jeune enfant et cette déclaration ne troublèrent pas les membres de la Commune présents à la séance; ils ne parurent pas penser que celte fusillade nécessilêt une observation ou un blâme. Et cependant une telle action était, non pas seulement n grave, » ainsi que la qualifiait avec beaucoup d’indulgence son auteur, mais répréhensible et criminelle. Elle divulguait une aberration profonde du sens moral et un mépris total des droits de l’humanité.

La Commune de Paris, considérant qu’il y aurait utilité à ce que tous ses actes, décrets, arrêtés, circulaires fussent réunis dans un recueil spécial, ordonna que tous les actes officiels seraient insérés dans un journal ayant pour litre : Bulletin des lois, qui devait paraître hebdomadairement.

Sur la proposition du délégué .â l’enseignement qui se plaignait que, dans certains quartiers, les écoles fussent encore dirigées par les jésuites, la Commune décida qu'un état de tous les établissements d’enseignement tenus, malgré ses ordres, par des congréganistes, serait dressé dans les quarante-huit heures, et que les noms des délégués à la municipalité de l’arrondissement où les injonctions de la Commune relatives à l’établissement de l’enseignement exclusivement la'ique n’auraient pas été exécutés, seraient publiés chaque jour, à titre de blâme, au Journal officiel.

Le délégué aux services publics prit, le 18 mai, l’arrêté suivant, concernant les réquisitions de logement ; '

Le membre de la Commune délégué aux services publics,

Considérant qo'il est indispensable qu'une mesure nnirorme suitadoplée par tous les arrondissements de Paris, en ce qui concerne le payement de logements dus aux maîtres d'bdtcl.

Arrête :

Il ne sera payé, jusqn’i nouvel ordre, aux maîtres d’hôtel aucune réquisition de logement antérieure au 18 mars.

La vérification des créances postérieures au 18 mars sc fera au bureau du vérificateur (ministère des finances), et aucun payement ne sera effectué sans le visa du chef vérificateur.

En conséquence, il est formellement interdit aux caissiers des municipalités de Paris, chargés de ce service, de solder tout ou partie de ce qui peut être dû avant le 18 mars.

Tout compte présenté à la vérification devra être accompagné des boni et pièces justificatives.

Paris, le 18 mai 1871.

Le membre de la Commune délégué aux service» publics,

J. Andiuec.

Le ehef du bureau des vérificateurs,

IIamlet.

Le chef de la délégation scientifique rappela, le 18 mai, par une note, que les possesseurs do phosphore et de produits chimiques qui n’avaient pas répondu à l'appel qui leur avait été fait s’exposaient à une saisie immédittle de ces produits. La Commune paraissait décidément avoir un immense intérêt à requérir les produits de cette nature.

Nous avons eu occasion de constater que quelques arrêtés du Comité de salut public n’élaient pas recouverts de la signature de tous ses membres, et nous avons blùmé cette licence. 11 est nécessaire, surtout lorsque les mesures sont dictatoriales, qu’elles se produisent au moins avec toute raulhcnticilc désirable. Le Comité de salut public n'admettait pas de semblables observations. Du moment qu’il avait révélé sa volonté par l’intermédiaire soit de l’ensemble de ses membres, soit d’un seul d’entre eux, il fallait obéir, si l’on ne voulait être déféré, conformément à la note ci-jointe, à la cour martiale comme criminel de haute trahison ;

Des ordres donnés par le Comité de salut public n’ont pas été exécutés parce que telles ou telles signatures u’y figuraient pas.

Le Comité de salut public prévient les officiers do tons rangs, à quei-

ques corps qu'ils appartiennent, ainsi que tous les citoyens, que le refus d'exécuter un ordre émané de lui entraînera le renvoi immédiat du coupable devant la cour martiale, sous l'inculpulion de haute trahison.

HOtel-de-VilIe, le 38 floréal an 79.

Le comité de salut public :

Ayr, ÂBHADD, Eudes, Billiokay, F. G.uuon, G. Rauvieb.

La proclamation suivante fut adressée le 18 mai aux gardes nationaux par le Comité de salut public, qui, de temps à autre, s’eiTorçait ainsi de soutenir leur ardeur et de les stimuler :

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