‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 48 sur 60 · AUX GARDES NATIONAUX DE PARIS · texte numérisé non relu

AUX GARDES NATIONAUX DE PARIS

Vos ennemis, ne pouvant vous vaincre, voudraient vous déshonorer. Ils vous jettent les épithètes de brigands et de pillards, en ajoutant ainsi la calomnie à la série de leurs crimes. Répondre par la force à leurs attentats contre la République, voilà le brigandage; lutter pour le triomphe des franchises communales, voilà le pillage.

Bonapartistes, orléanistes cl chouans sont ligués contre vous et n’ont de lien commun que leur haine pour la Révolution. Ils rêvent de rétablir un Irène qui servirait de rempart à leurs privilèges, et ils voudraient écraser la République, garantie de tous les progrès, sous l’ignorance des . campagnes qu’ils égarent ou corrompent.

Vous déjouerez leurs projets libcriicidcs par votre discipline et votre héroïsme. Leurs trahisons nous ont empêchés de sauver l’intégrité dn notre patrie, mais elles n’auront pas la 'puissance de nous rejeter sous le joug, même passager, d’une restauration monarchique.

Il faut que ces insurgés contre les droits du peuple en prennent leur parti : nous réaliserons le sublime programme tracé par nos pères en 93. L’ordre dans la République, la liberté, l’égalité, la fraternité, ne demeureront pas lettre morte. La lutte soutenue en France depuis quatre-vingts ans contre le vieux monde va toucher à son dénouement.

Si vous remplissez vos devoirs, il n’est pas douteux : c’est Paris triomphant, ce sont les villes qui brûlent de suivre votre exemple, ce sont les campagnes élevées à la notion de leurs droits, c’est la République devenue inébranlable cl affranchissant le peuple de l’ignorance et do la misère, c’est une ère nouvelle ouverte à tous les progrès.

Si, au contraire, vous hésitiez ou vous reculiez, ce serait Paris livré aux vengeances féroces des sicaires de Versailles cl noyé dans les Rots de sang, ce serait la dévastation cl le carnage dans toutes les rues, l’égorgement et la déportation des républic.ains dans toute la France, le deuil . de la République ajouté au deuil national, l'esclavage du citoyen greffé sur la patrie démembrée, une rétrogradation effroyable dans toutes les .orgies du royalisme.

Gardes nationaux votre choix est fait : vons combattez pour la République, pour votre salut, pour la plus noble dea causes, et vous vaiiicrezl Vive la République !

Vive la Commune!

Paria, la 27 floréal an 79.

Le Comité de talut publie.

La commission de la guerre démentit comme il suit une assertion du journal le Français de Versailles :

La Patrie du 17 mai reproduit, d’après le Français de Versailles, une déclaration du consiil de la Société de secours aux blessés, qui proteste contre « la saisie de ses biens meubles et immeubles eirectuée à Paris, dans la nuit du 13 au 14 avril, par le délégué de lu Commune ».

Il est faui que cette saisie ail eu lieu. La Commune s’est contentée de placer, nu lieu et place du conseil qui s’est réfugié à Versailles, un administrateur de son choix que les deux seuls membres de la Société restés à Paris ont accepté, puisqu’ils continuent à s’occuper de l’administration conjointement avec le délégué de la Commune.

{La commission de la guerre J

Toutes les Compagnies n’avaient pas cru devoir obtempérer aux ordres de la Commune relatifs soit au payement de leurs impositions, soit aux versements de leurs droits et redevances dus à l’État ou à la ville de Paris. Les Compagnies de chemins de fer, abusivement sommées de verser le montant de l’imposition du dixième du prix des places, s'exécutèrent. D’autres Compagnies ou Sociétés refusèrent obstinément de faire aucun versement au trésor de la Commune. L’une d’elles, qui se trouvait dans ce cas, fut l’objet de l’arrêté suivant du délégué aux finances :

Le délégué aux finances.

Considérant que les Compagnies concessionnaires des marchés n’ont fait aucun versement des sommes ducs depuis la guerre Jusqu’à ce jour; qu’en outre Icsditcs Compagnies ont perçu dans les marchés le prix entier des places jusqu’au 1" janvier 1871, et demi-place jusqu'à ce jour;

Vu le refus formel desdites Compagnies de solder les j^mmes dues au 1” avril 1871, selon les clauses et conditions du cahier des charges. Arrête :

Article unique. — Tous les marchés concédés par la ville de Paris à la Compagnie Ferère ou autre Compagnie rentrent provisoirement, à partir d’aujourd’hui, dans le ressort de la délégation des finances.

Le membre de la Commune délégué aux finances,

JOCBDI.

La Commune avait ordonné déjà l’arrestation de plusieurs de ses membres soupçonnés ou convaincus d’étre mouchards, traîtres ou fous; elle découvrit dans son sein un nouveau mouchard, le nommé Ëmilc Clément, qui avait sollicité et obtenu son adjonction à la commission de sûreté générale, dans l'intention, maintenant manifeste, de parvenir à s’emparer de documents compromettants pour lui, renfermés dans les cartons dû personnel de l’iélri, l’expréfetde la police impériale. Quelques renseignements imprudemment demandés par cet individu firent mettre la main sur son dossier qui dévoila sa participation à des tripotages policiers inavouables. Le nommé Émile Clément fut immédiatement incarcéré à Mazas.

La chute delà colonne Vendôme eut un immense retentissement en France et surtout dans l’armée, qu’elle affecta douloureusement. Cet acte, que nous avons regretté, parut si abominable que l’on voulut y voir la main des Prussiens. Op prétendit qu’il avait été accompli à leur instigation. Il semblait impossible que les Français aient eu l’audace Je renverser ce monument, élevé, hélas ! « à la « gloire de nos armes. » Le chef de l’armée de Versailles porta ce fait à la connaissance de son armée par l’ordre du jour suivant :

Soldats!

La colonne Vendôme vient de tomber.

L’étranger l’avait respectée. La Commune de Paris l’a renversée. Des hommes qui se disent Français ont osé détruire, sous les yeux des Allemands qui nous observent, ce témoin des victoires de vos pères contre l’Europe coalisée.

Espéraicni-ils, les auteurs indignes de cet attentai à lu gloire nationale, elTacer la mémoire des vertus militaires dont ce monument était le glorieux symbole?

Soldats! Si les souvenirs que lu colonne nous rappelait ne sont plus gravés sur l’airain, iis resteront du moins vivants dans nos cœurs et, nous inspirant d’eux, nous saurons donner à lu France un nouveau gage de bravoure, de dévouement ut de patriotisme.

Maréchal de Mac-Mahos, duc de Mauekta.

Vendredi iO iiihI ft891

L’assaut du fort de Montrouge était renouvelé presque chaque nuit depuis quelques jours; mais ce fort continuait à résister vigoureusement.

Les abords du fort de Vanves étaient devenus bien intenables pour les fédérés, qui s’y trouvaient dans une position trèspérilleuse.

Les Versaillais démasquaient chaque jour, ou plutôt chaque nuit, — l'obscurité étant préférable pour ces sortes d’opérations, — de nouvelles batteries.

A l’Ouest, le rempart fut bombardé avec une extrême violence par les batteries de Montrctoul et par le Mont-Valérien. Dans la journée, ce fort envoya môme des obus jusqu’au Trocadéro.

Les travaux d’approche des Versaillais dans le bois de Boulogne furent inquiétés de temps eu temps par le feu des bastions. Les troupes de l’Assemblée étaient occupées à réparer les tranchées endommagées par le combat très-meurtrier de la nuit précédente.

La porte du Poiot-du-Jour et celle d’Auteuil étaient dans un état de délabrement pitoyable.

Sur tous les points menacés par l’incessant bombardement versaillais on construisait des barricades pour faire obstacle à leur entrée. A Passy, ces travaux étaient poursuivis avec une grande activité.

Entre Asnières et Clichy, on se fusilla d’une rive à l'autre sans résultats appréciables.

Partout on sentait que les forces des deux partis se massaient pour un suprême combat.

Par arrêté du délégué à la guerre, en date du 19 mars, le corps « dit des marias » fut dissous. Le délégué à la marine était chargé de le réorganiser.

Conformément aux conclusions de leur « déclaration, » les membres de la minorité de la Commune n’assistèrent pas à la séance du 19 mai, qui ne présenta d’ailleurs aucun intérêt; on y vota divers decrets sans importance. Sur la proposition du citoyen Amouroux, la Commune accorda une pension aux parents des victimes de l’explosion de la cartoucherie de l’avenue Rapp.

La Commune de Paris Décrète :

Il sera fait application aux parents des victimes de la cartoucherie de l’avenue Rapp du décret du 10 avril 1871, conoernant les veuves et les orphelins.

Le directeur du service de l’intendance ayant confié au citoyen Cournet qu’il pourrait réaliser dans son service une économie M de deux à trois cent mille francs par jour, » s’il possédait le moyen de mettre fin au vol qui y était organisé, celui-ci proposa à la Commune, qui l’adopta, le décret suivante

Considérant que dans les jours de Révolution le peuple, inspiré par son instinct de justice et de moralité, a toujours proclamé cette maxime ; « Mort aux voleurs ! »

La Commune de Paris Décrète :

Art. 1er. — Jusqu’à la fin de la guerre, tous les fonctionnaires ou fournisseurs accusés de concussion, déprédation, vol, seront traduits devant la Cour martiale; la seule peine appliquée à ceux qui seront reconnus coupables sera la peine de mort.

Art. 2. — Aussitôt que les bandes vcrsaillaises auront été vaincues, une enquête sera faite sur tous ceux qui, de près ou de loin, auront eu le maniement des fonds publics.

Un décret concernant le cumul des traitements fut présenté par le citoyen Vaillant :

Considérant que, sous lo régime communal, à chaque foociion duiléirc allouée une indemnité suffisante pour assurer l'cxisleDce et la dignité de celui qui la remplit,

La Commune de Paris Décrète :

Tout cumul de traitement est interdit.

Tout fonctionnaire de la Commune, appelé en dehors de ses occupations normales ii rendre un service d'ordre différent, n’a droit à aucune indemnité nouvelle.

Une Commission de comptabilité, sorte de Cour des comptes, fut instituée pour vérifier les opérations des diverses administrations ;

La Commune de Paris

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