MINISTÈRE DES FI.VANCES
La solde de la garde nationale a donné lieu à de scandaleux abus.
Le délégué aux finances a c< nsiiiué un service spécial de contrôle pour arrêter les détournements qui se commctient tous les jours.
Quant aux misérables qui ont osé profiter des difficultés de la situation actuelle pour tromper indignement la Commune, le service de contrôle est appelé à faire une enquête sévère sur ces délits qui, à l'heure présente, sont des crimes. Leur culpabilité établie, ils seront déférés à la Cour martiale et jugés avec toute la rigueur dos lois militaires.
La direction du contrôle, siégeant à la délégation des finances, recevra avec reconnaissance tous les documents de nature à l'éclairer.
Le Chef de la délégation scientifique informa, le 19 mtii, le public que celle-ci accepterait toutes les soumissions de sulfure de carbone qui lui seraient faites.
On commençait les préparatifs de démolition de la Chapelle expiatoire de Louis XVF. La grille et les bornes qui entouraient ’ ce monument avaient été enlevées dans la journée. On avait aussi défait quelques-uns des bas-reliefs qui se trouvaient dans les galeries extérieures.
Samede 30 mal tSYt
Les forts de Bicctre et de Montrouge, surtout ce dernier, continuaient à recevoir une pluie d’obus versaillais. Montrouge était dans un état pitoyable : il semblait impossible que les fédérés s’y maintinssent longtemps. Du côté de Vanves, les Versaillais avaient pu s’avancer vers le rempart et ouvrir des tranchées.
Dans la nuit du 19 au 20 mai, plusieurs attaques contre la porte de Sèvres, au Point-du-Jour, avaient été repoussées parles fédérés. Dans la journée du 20, les batteries dubois de Boulogne reprirent leur tir sur le rempart : les brèches grandissaient. Les batteries de Mortemart, de Montretout et du Mont-Valérien envoyèrent, comme de coutume, une avalanche de projectiles sur le rempart, afin d’empêcher les artilleurs de tirer. Les quartiers de Passy et d’Auteuil étaient horriblement ravagés.
Les batteries du rond-point de Courbevoie inquiétaient l’installation de batteries que les fédérés élevaient sur le sommet de l’Arc ■ de-Triomphe.
Dans Neuilly et Sablonville, on continuait à se battre d’une barricade à l’autre, sans avantage appréciable pour l’un des deux partis. 11 en était de même à Asnières et à Clichy.
Bécon, Gennevilliers, Montmartre et le rempart de Saint-Ouen continuaient à soutenir leur duel d’artillerie si préjudiciable aux habitants de Balignolles.
Les intrigues versaillaises ayant pour but d'effectuer une diversion à l’intérieur, de rallier les gardes nationaux hostiles à la
Commune et de préparer leur prise d’armes au moment opportun, devenaient de plus en plus actives.
On avait saisi récemment une quantité considérable de brassards tricolores qui devaient servir de signes de ralliement aux personnes résolues à prendre leur fusil dans le dessein de s’emparer des points stratégiques les plus importants.de Paris, lorsque les troupes de l'Assemblée tenteraient une attaque formidable.
. Informé de ces tentatives auxquelles l’état désespéré de la défense, la prolongation de la résistance, la lassitude qu’elle causait chez les fédérés, les fautes commises par la Commune, donnaient plus de hardiesse, le Comité de salut public les surveillait avec une grande vigilance. Pour y mettre obstacle, pour terrifier ceux qui pourraient se laisser séduire par les promesses versaillaises, il publia l’arrêté suivant :
Le Comité de .«salut public, en présence des tent-atives de c'Truption qui lui sont signalées do toutes paris, rappelle que tout individu prévenu d’avoir offert ou acce[>lé de l’argent pour Liils d'enibau'ebage, se rend coupable du crime de haute trahison et sera déféré à la cour martiale.
Paris, le !•' prairial an 79.
Le Comité de $dtut publie ;
.\ST. AnxACD, Billioray, Ei'ues, F. Gambon, G. Rakvier.
Malgré l’interdiction ordonnée par le gouvernement de Versailles, le congrès de conseillers municipaux des villes convoqué à Lyon, parvint à se réunir. Seize départements, bravant l'hostilité de M. Tbiers, s’y firent représenter. Une délégation fut nommée avec la mission d’aller soumettre au chef du pouvoir exécutif et à la Commune de Paris l’adresse que nous reproduisons, qui exprimait les vœux des départements groupés pour cette action conciliatrice :
AU CHEF nu rOÜVOlR executif de la république française
A LA COMMU.NE DE PARIS
Les délégués, membres de conseils municipaux de seize départements, réunis à Lyon.
Au nom de In population qu’ils représentent,
AITirmcnl la République comme le seul gouvernement légitime et possible du pays; l'autonomie communale comme la seule base du gouvernement républicain, cl demandent :
La cessation des hostilités;
La dissolution de la Commune ;
Les élections municipales dans Paris;
Les élections pour une CoasGtuante dans la France entière.
Dans le cas où ces résolutions seraient repoussées par l’Assemblée ou par la Commune, ils rendraient responsable devant la nation souveraine celui des deux comhattanis qui les refuserait et menacerait ainsi de donner à la guerre civile de nouveaux aliments.
Ont signé les délégués des départements suivants :
Ardèche, Boiicbcs-du-Rliônc, Cher, Drôme, Gard, Hérault, Isère, Loire, Haute-Marne, Nièvre, Pyrénées-Orientales, Rhône, Saône-et-Loire, Savoie, Var, Vaucluse.
Reçus par MM. Thiers et Picard, les délégués du Congrès de Lyon leur remirenl le document précédent, et en obtinrent des répouses analogues aux déclarations précédemment formulées par les membres du Gouvernement.
Les travaux d’approche continués par les Versaillais,les assauts qu’ils avaient déjà livrés, l’énergie persistante des fédérés résolus à faire payer chèrement leur vie, n’étaient pas des indices de soutien pacifique à la terrible lutte qui avait déjà fait, depuis cinquante jours qu’elle durait, de si nombreuses victimes. Plus celte lutte se rapprochait de Paris, plus elle apparaissait horrible et détestable. Plus elle durait, plus elle accroissait l’irritation des deux partis. Après avoir cessé à l’extérieur, si le combat se prolongeait à l’intérieur de la capitale, il occasionnerait des désastres plus grands encore. A tant de calamités acquises, à tant de ravages imminents, il n’y avait toujours qu’un seul remède efficace : la conciliation. C’était l’unique moyen de sortir sans réaction, sans animosités, sans déchirements nouveaux, de cette situation affreuse. Mais on se trouvait en présence de cette contradiction bizarre : les événements, qui nécessitaient la conciliation, qui la rendaient de plus en plus urgente, la rendaient aussi de plus en plus impraticable. Toutes les personnes envoyées à Versailles dans un but conciliateur, avaient vu leurs sollicitations dédaigneusement repoussées et qualifiées de « criminelles entreprises. » Tous ceux qui avaient été délégués dans le même but auprès delà Commune, en avaient reçu l’assurance que le meilleur moyen d’amener une transaction, c’était de combattre énergiquement Versailles. Chacun des adversaires proposait iiumédialementde prendre parti pour l’un des deux camps à ceux qui s’efforçaient d’opérer un accord, de faire accepter une conciliation...
La victoire de l’une des deux armées devenait fatale; et dès lors, il était incontestable que Versailles l’emporterait, mais à quel prU?...
Ainsi, on devait assister, impuissant et affligé, à la cüntiuualion de cette lutte douloureuse, dont les dernières péripéties semblaient, d’après tous les pressentiments, devoir être effroyables. A ce propos, Za Vérité disait :
« Il est aujourd’hui plus évident que jamais qu'il n’y a pour les a deux partis en présence, qu’un seul moyen de sortir honorable- « ment de la lutte ; c’est une suspension d’armes qui permette « l’apaisement des esprits; c’est l’acceptation par Versailles et par « la Commune, de la trêve que nous réclamons depuis deux mois.
« On nous répondra à cela que les gardes nationaux qui se bat- « tent sont des insurgés, auxquels le gouvernement de Versailles « ne peut, sans se commettre, accorder le moindre sursis, que « M. Thiers, chef du pouvoir exécutif de la République française, « a promis à l’Assemblée nationale de lui rendre Paris dompté, « muselé, purgé de tous les révolutionnaires qu’il contient, et « qu’il ne veut pas en avoir le démenti.
a Ces objections ne sont malheureusement que trop fondées, et f, pourtant il nous est impossible d’admettre que M. Thiers et a l’Assemblée puissent sérieusement songer à prendre Paris c d’assaut.
« Prendre Paris d’assaut 1 Qui sait quelles pourraient être les « conséquences d’une telle entreprise?
a M. Thiers connaît le soldat français. 11 sait combien Use grise « facilement. A-t-il jamais réfléchi aux excès dont Paris pris « d’assaut pourrait devenir le théâtre? Et si Paris était pillé par « les troupes de l’Assemblée nationale, exaspérées par une résis- « tance sur laquelle leurs généraux eux-mêmes n’avaient jamais « compté, enivrées par l’odeur de la poudre, la vue du sang et « l’enlèvement facile des barricades, quelle honte ne serait pas « réservée à ceux qui auraient lancé l’armée française sur Paris « révolté!
« Prendre Paris d’assaut, ce serait inaugurer une ère nouvelle « de désordre et de sanglante anarchie.
« Nous avons depuis le commencement demandé que les hosti- « lités soient un instant suspendues. Nous persistons à croire « encore aujourd’hui, après tant de sang répandu, qu’il y va de « l’intérêt du gouvernement de Versailles, aussi bien que de la « vie d’un nombre d’hommes considérable.
« Versailles ne peut pas vouloir ôter la vie à tous les insurgés;
« son but est de les désarmer ; or, il ne peut raisonnablement « espérer que les insurgés mettent bas les armes, s’ils n’y voient a aucun autre intérêt que la perle de leur solde. »
Persuadé enfin de l’impossibilité où l’on était de continuer, avec succès, une lutte dont l’issue prochaine n’était plus douteuse, le Comité de salut public, à l’instigation des citoyens Billioray, Gambon et Ranvier, essaya, le 20 mai, d’amener la pacification avec le gouvernement de Versailles.
Dans les premiers jours de mai, Versailles eût été disposé à accueillir des pourparlers en vue d’une transaction; maintenant, alors que l’armée, à peu près réorganisée, était parvenue à battre l’enceinte en brèche, il était fort douteux que des propositions de ce genre fussent même entendues. Presque toujours les pouvoirs prennent, trop tard, les résolutions qui pourraient les sauver, ou tout au moins assurer, pour un toinps, leur existence.
Délégué par le Comité de salut public auprès de l’Union des syndicats, le citoyen Billioray lui exposa les intentions de ce Comité : au nom de la Commune, il était disposé à conclure une trêve ayant pour bases les conditions formulées dans le rapport de l’Union des syndicats, que nous avons relaté dans la journée du 3 mai.
Les délégués de cette Union, en permanence à Versailles, furent aussitôt informés des nouvelles dispositions conciliatrices manifestées par le Comité de salut public. Ils s’empressèrent de demander une audience à M. Thiers pour lui en faire part. La réponse à celte demande se faisant attendre, et tout retard pouvant faire naître d'irréparables malheurs, M. Jules Amigues, l’un des délégués, rappela à M. Barthélemy Saint-Hilaire, par une lettre dont les termes étaient pressants et énergiques, l’objet que devait avoir leur entrevue. Celui-ci répondit que M. Thiers ne recevait point le dimanche, et qu’il ne serait visible que le lundi matin, à sept heures.
Lorsque les délégués de l’Union des syndicats se présentèrent le lundi matin à l’hôtel de la Préfeclure, ils furent reçus par M. Barthélemy Saint-Hilaire, qui leur annonça que M. Thiers était, depuis plusieurs heures, parti pour Paris, où les troupes de l’Assemblée avaient pénétré la veille au soir, et que la démarche dont ils étaient chargés se trouvait, par suite, sans objet.
Dd Dimanche 21 mai au Dimanche 28 mai 1871