‹ Histoire de la révolution du 18 marsChapitre 57 sur 60 · DB MAC MAHOS, DCC DE MAGENTA · texte numérisé non relu

DB MAC MAHOS, DCC DE MAGENTA

Tout le inonde remarqua, dans cette proclamation, l’absence complète des déclamations et des intempérances de langage trop ordinaires en pareil cas.

Noud avons rapidement retracé les faits de la lutte des sept jours dans l’intérieur de Paris. Pour compléter ce récit, il nous reste à parler de divers incidents qui la signalèrent, et à rectifier quelques appréciations erronées, selon nous.

Lorsque les troupes versaillaises étaient maîtresses d’un quartier, elles procédaient généralement à des perquisitions immédiates, et s'emparaient des armes de toutes sortes et des ciTets d’équipement appartenant aux gardes nationaux, même à ceux qui n’avaient poiut participé à la lutte. Ainsi s’effectua promptement le désarmement de la garde nationale.

Ces perquisitions, effectuées par des soldats inintelligents parfois, et généralemeut surexcites, furent l’occasion d’arrestations assez nombreuses dont beaucoup eurent lieu sans discernement.

Les arrestations opérées sans motifs sérieux, et les fusillades opérées sans jugement, môme sans constatation d’identité, tels furent les événements particulièrement douloureux de ces jours de désolation et de deuil public.

Parlant du traitement à faire subir aux insurgés parisiens, M. Thiers avait dit, dans la séance du 22 mai, à l’Assemblée nationale :

« Nous sommes d’honnêtes gens Le cliâ-

« timent sera exemplaire ; mais il aura lieu par les lois, au nom « des lois. »

Fusiller, sans autre forme de procès, la plupart des fédérés pris les armes à la main, étuit-ce donc ainsi qu’on entendait appliquer la loi?

Fusiller, sur des indications anonymes ou sur des dénonciations à peine contrôlées, était-ce donc agir au nom des lois?

Ces fusillades sommaires que les organes respectables de la presse parisienne, quel que soit d’ailleurs le parti qu’ils représentent, ont unanimement réprouvées, furent surtout produites par l’inimitié dont la classe bourgeoise lit preuve alors à l’égard de la classe prolétaire, inimitié qui revêtit, sous l’empire d’excitations multiples, un caractère de fureur meurtrière tout à fait indigne de notre degré de civilisation.

Pour atténuer l’horreur de ces exécutions sauvages, on fit remarquer qu’elles eurent lieu sous l’influence de l’exaspération bien légitime causée par les incendies criminels qui ont couvert Paris de ruines. L’invocation de cette circonstance atténuante

n’est pas absolument fondée. Des le lundi, dès le mardi, alors qu’aucun incendie c’avait encore été allumé, des fédérés furent fusillés sommairement; des citoyens qui n’avaient point participé à la lutte, furent exécutés de la même manière.

Les deux mots : communettx, incendiaires, sont devenus presque synonymes pour beaucoup de citoyens, affolés à la vue des ruines que les derniers jours de la lutte ont accumulées dans Paris.

L’impression de consternation et de stupeur causée par la succession d’incendies que nous avons eu la douleur de contempler, est certes bien naturelle, et nous n’aurions que du mépris pour celui qu’une telle catastrophe n’aurait pas navré et indigné. La responsabilité des criminels qui ont projeté la destruction des principaux monuments de la capitale et l’anéantissement de nos archives les plus importantes, est énorme devant la postérité; et la culpabilité ;de ceux qui se , sont faits les exécuteurs de leurs sinistres résolutions est immense.

L’énormité de la faute exige que l’ou en recherche les auteurs avec vigilance, et aussi qu’on n’applique pas légèrement, indistinctement à tous, le qualificatif infàmant que quelques-uns seulement, croyons-nous, ont mérité.

Que quelques membres de la Commune aient prémédité la destruction des monuments do la capitale et l’aient systématiquement organisée, pour ainsi dire, cela est malheureusement trop vraisemblable. Mais en couclure que tous les membres de la Commune ont désiré cette mutilation de Paris, qu’ils en sont coupables, qu’ils sont solidaires des actes épouvantables de quelques-uns de leurs collègues, ce serait faire preuve de mauvaise foi et commettre une calomnie. Le citoyen Beslay, qui a préservé la Banque, et le citoyen Theisz, dont la courageuse intervention a empêché des fédérés d’incendier l’Hôtel des postes, ne peuvent certes point être considérés comme responsables des incendies et comme les ayant approuvés. Parmi leurs collègues de la Commune, surtout parmi la minorité socialiste, il en est beaucoup qui se sont efforcés d’empêcher ces sinistres qui les épouvantaient. Moins heureux que les citoyens Beslay et Theisz, leurs protestations ont été vaines, leurs admonestations sans influence. Cette constatation de leur impuissance, en présence de tentatives si criminelles et si désastreuses, a dû leur être particulièrement douloureuse.

Les faits d’incendie doivent être classés en deux catégories :

les incendies de propriétés prirées, de maisons attenantes le pins souvent à des barricades, dont la destruction par le feu, ordonnée afin d’entraver la marche des assiégeants, afin de protéger la retraite des fédérés, constitue des faits de guerre regrettables, certainement, comme toutes les horreurs engendrées par la guerre, mais à la rigueur compréhensibles; et puis les incendies de monuments publics, dont aucun ne pouvait avoir pour résultat d’entraver les opérations des Versaillais, et qui ne sont, dès lors, que des actes de vandalisme odieux.

Ceux qui, soit par démence, soit pour satisfaire une ignoble passion de destruction qui ne s’était point encore manifestée avec une intensité aussi effroyable, se sont rendus coupables de ces derniers incendies, ont ainsi, contribué à diminuer le nombre des soutiens, des combattants de la Commune. Beaucoup de fédérés, en apercevant les flammes s’élever au-dessus des principaux monuments, abandonnèrent les barricades qu’iis étaient résolus à défendre, et cessèrent de participer à une lutte où l’on faisait usage de procédés aussi condamnables.

La plupart des faits qui se sont produits durant les derniers jours de combat dans Paris, sont encore généralement ignorés. Beaucoup de récits, assez souvent contradictoires, ont été publiés sur les dernières péripéties de la lutte, mais tous sont plus ou moins fantaisistes. L’impossibilité de circuler nous ayant empêchés d’aller nous renseigner par nous-mêmes, le lecteur comprendra notre réserve et nous en saura gré.

Chaque jour nous apporle quelques révélations intéressantes; chaque jour nous apprenons quelque détail important. Nous ne pouvons dès maintenant les consigner ici, soit parce qu’ils sont incomplets, insuffisants, soit parce que nous n’avons pas encore eu la possibilité d’en contrôler la véracité, l’authenticité. Plus tard, nous aurons peut-être l’occasion d'utiliser ces renseignements.

« La guerre civile est terminée, » avons-nous dit en achevant le récit de la lutte dans Paris. Oui, elle est terminée, en fait, mais les divergences d’opinions ont-elles disparu ? l’irritation des esprits est-elle calmée? Non. Aucim accord n’est intervenu; un parti a vaincu l’autre, par la force. Après' cette victoire matérielle, les

questions qui avaient fait surgir ce débat sanglant restent entières, irrésolues.

On n’a pas donné satisfaction au légitime besoin d’autonomie communale, base d’un régime véritablement républicain, ressenti par Paris. On ne s’est pas préoccupé davantage des tendances à une modification sociale manifestées par la révolution du 18 mars.

Dès lors, quoi qu’il arrive, tôt ou tard, sous une forme ou sous une autre, cette idée d’autonomie communale, ce besoin d’amélioration dans la condition du prolétariat, s’aHlrmeront de nouveau, car on peut supprimer violemment des individus,’ noais <« 'n'anéantit point de la même façon tes idées qui expiriment les ten-i dances invincibles d'une époque, d’une situation sociale.”' " ' <

,rV 'l !ii' I,': -•i i.i )• i

•î. • '■ ..-II" ‘ :., I . r.!’".'’ — .l'H /-l.'

-iiir .!■' Il] .lit.': >■" I, , . .1 ". t; ■ -I 'i!

1. .'/• 'i;. i.r. Il i'.*’ — .,:>■■■ [' . ■ ,.J'i -ii ■ ■ ; i: i, -

.j I ; I ..1 ■ iij i, - •. ■.•i.-.i'.i.'

r.ii- ,1 r-' . ■ ■( 'i' ;• ■! ... i.-,- . i.- ‘ i.ii.u i.'j i:-i

■■ .' ( ‘I. ... .1 !■ «iî ,• i

!!!'.: . • -I.-" " !. • " ir I- • .iiiK. i.... ^ .'i -i ■■) ;; illi

.1 iti '.7i ‘il,;

SS

oi(i

. ' l'i'i •' ■ ' ' ;-i.' Iti .■)

I'’''! ■••I ; : ir ' c ! T .i,n • j

Page 1