COMPROMIS DES NOBLES
Sachent tous qui ces présentes verront, que nous iey soubzcriptz avons esté deuement et suifisamment advertis et informés comment un tas de gens estrangiers et nullement affectionnés au salut et prospérité des pais de par-deça, non obstant qu'ils n'eussent pas grand soing de la gloire et honneur de Dieu, ne mesmement du bien publicq, ains seuUement d'assovir leur propre ambition et avarice, voire et fust-ce aux despens du Roy et de tous ses subjectz, toutesfois pretexans faucement le grand zèle qu'ils ont à l'entretenement de la foy catholicque et de l'union du peuple, ont tant gaigné envers Sa Majesté au moïen de leurs belles remonstrances et faulx enseignemens, qu'il s'est laissé persuader de voloir contre son serment et l'espérance en laquelle il nous a tousjours entretenus, non seullement en rien adoulcir les placarts jà faicts pour le respect de la religion, mais aussy les renforcer davantaige et mesmement nous introduire à toutte force Tinquisition, laquelle est non seullement inique et contraire à touttes loix divines et humaines, surpassant la plus grande barbarie que oncques fust pratiquée entre les tyrans, mais aussy telle qu'elle ne polroit sinon
redonder au grand deshonneur du nom de Dieu et à la totalle ruine et désolation de tous ces Païs-Bas, d'autant que soubs ombre de fausse ypocrisie de quelques uns, elle aneantiroit tout ordre et police, aboliroit toutte droicture, affoibliroit du tout l'authorité et vertu des anciennes loix, coustumes et ordonnances, jà de toutte ancienneté observées, osteroit toutte liberté d'opiner aux estats du pais; aboliroit tous anciens privilèges, franchises, immunités, rendant non seullement les bourgeois et habitans dudit païs perpétuels et misérables esclaves des inquisiteurs, gens de néant, mais assujettissant mesme les magistrats, officiers et toutte la noblesse à la miséricorde de leurs recherches et visitations, et finalement exposeroit tous les fidels subjectz du Roy en évidents et continuels dangers de leurs corps et biens, au moien de quoy non seullement l'honneur de Dieu et la saincte foy catholicque [laquelle eulx prétendent de maintenir] seroit grandement intéressée, mais aussy la majesté du Roy nostre chef seroit amoindrie et lui en grand hazard de perdre tout son estât, à cause que les trafficques accoustumés cesseroient, les mestiers seroient abandonnés, les garnisons des villes frontières peu asseurées, le peuple incité à continuelles séditions ; bref il n'en sçauroit ensuivre sinon une horrible confusion et desordre de touttes choses. — Nous ayans touttes ces choses bien poisées et meurement considérées et prenant esgard à la vocation à laquelle nous sommes appelez et au devoir auquel tous fidels vassaulx de Sa Majesté et singulièrement gentilzhommes sont tenus [lesquels à cest effect sont assistants à Sadicte Majesté pour par leurs prompts et volontaires services maintenir son authorité et grandeur en pourvoyant au bien et salut du pais], avons estimé et de faict nous estimons ne pouvoir satisfaire à nostre dit debvoir sinon en obviant auxdits inconvéniens et quant et quant taschant de pourveoir à la seureté de nos biens et personnes, affin de n'estre exposez en proye à ceulx qui, soubs ombre de religion, voudroient s'enrichir aux despens de nostre sang et de nos biens. A rayson de quoy avons advisé de faire une saincte et légitime confédération et
alliance, promectans et nous obligeans l'un à l'autre par serment solemnel d'empescher de tout nostre effort que la dicte inquisition ne soit receue, ni introduicte en aucune sorte, soit ouverte ou cachée, soubs quelque couleur ou ouverture que ce puisse estre, fust-ce soubs nom et omhre d'inquisition, Visitation, placarts ou aultre quelconque, mais du tout la extirper et desraciner comme mère et occasion de tout desordre et injustice. Ayans mesmement l'exemple de ceux du royaume de Naples devant nos yeulx, lesquels l'ont bien rejetée au grand soulagement et repos de tout leur pais. Protestans toutesfois en bonne conscience devant Dieu et tous hommes, que n'entendons en sorte que ce soit, d'attenter chose laquelle polroit tourner, ou au deshonneur de Dieu, ou à la diminution de la grandeur et majesté du Roy ou de ses Estats, ains au contraire que notre intention n'est sinon de maintenir ledit Roy en son Estât et de conserver tout bon ordre et police, resistans, tant qu'en nous sera, à toutes séditions, tumultes populaires, monopoles, factions et partialités. Laquelle confédération et alliance nous avons promis et juré et dès maintenant promectons et jurons d'entretenir sainctement et inviolablement à tout jamais et en tout temps continuellement et interruptement tant que la vie nous durera. Prenans le souverain Dieu pour tesmoing sur nos consciences que, ne de faict ne de parolles, ne directement ny indirectement, de nostre sceu et volonté n'y contreviendrons en façon que ce soit. Et pour icelle dite alliance et confédération ratifier et rendre stable et ferme à jamais, nous avons promis et promectons l'un à l'autre toute assistance de corps et de biens comme frères et fidèles compaignons, tenant la main l'un à l'autre que nul d'entre nous ou nos confédérés ne soit recerché, vexé, tourmenté ou persécuté en manière quelconque, ny au corps ny aux biens, pour aucun respect ou procédant de ladite inquisition, ou fondé aucunement sur les placarts tendans à icelle ou bien à cause de ceste nostre dicte confédération. Et en cas que aucune molestation ou persécution escheut à aulcun de nosdits frères et alliés de quiconque et en
quelque manière que ce fust, nous avons promis et juré, promectons et jurons de lui assister en tel cas, tant de nos corps que de nos biens, voire et de tout ce que sera en nostre puissance, sans rien espargner et sans exception ou subterfuge quelconque, tout ainsi comme si c'estoit pour nos personnes propres, entendans et specifîans bien expressément que ne servira de rien pour nous exempter ou absoudre de nostre dite confédération là où lesdits molestateurs ou perseculteurs vouldroient couvrir leurs dites persécutions de quelque autre couleur et prétexte (comme s'ils ne pretendoient sinon de punir la rébellion ou autre semblable couverture quelle qu'elle fust), moyennant qu'il nous conste vraysemblablement que l'occasion est procedée des causes susdictes. D'autant que nous maintenons qu'en tels et semblables cas ne peut estre prétendu aucun crime de rébellion, veu que la source procède d'un sainct zèle et louable désir de maintenir la gloire de Dieu, la Majesté du Roy, lerepospublicqetl'asseurance de nos corps et biens. Entendans toutesfois et promectans l'un à l'autre qu'un chacun de nous en tous semblables exploicts se rapportera au commun advis de tous les frères et alliés, ou de quelques-uns qui à ce seront députés, affin que saincte union soit entre nous maintenue et que ce qui sera faict par commun accord soit tant plus ferme et stable. En tesmoignage et asseurance de laquelle confédération et alliance nous avons invoqué et invoquons le très sacré nom du souverain Dieu, créateur du ciel et de la terre, comme juge et scrutateur de nos consciences et pensées et comme celui qui cognoist que tel est nostre arrest et resolution, le suppliant très humblement que par sa vertu d'enhault il nous maintienne en une ferme constance et nous doue tellement de l'esprit de prudence et discrétion, que estant tousjours pourveus de bon et meur conseil, notre desseing soit acheminé à une bonne et heureuse issue, laquelle se rapporte à la gloire de son nom, au service de la Majesté du Roy et au bien et salut publicq. Amen. (H. De Brederode. Louis De Nassau. Charles, comte de Mansfeldt.)