LETTRE DE DON JUAN AUX ETATS GENERAUX
[Namur, 2 octobre 1577.]
Messieurs, les nouvelletez apportez par vostre dernier escript que nous ont délivré TEvesque de Bruges et le sieur de Willerval, ensuivies de tant d'aultres desraisonnables demandes et actions, nous font du tout apparoir qu'au lieu de donner moien pour conserver la religion catholicque romaine et authorité deue à Sa Majesté, vostre but est de donner occasion que et l'ung et l'aultre se vienne à anéantir, voires jusques à là, qu'il semble que n'entendez laisser à Sa Majesté en ces pays, fors que le titre, par l'érection principallement d'ung conseil conduict par pluralité de voix. A quoy se joinct qu'avez fait venir entre vous le Prince d'Orenges, que doubtons Sa Majesté ne sçaura gouster aucunement : et ce de tant moins qu'est précédée la démolition de ses chasteaux sans congé, et une infinité de tant d'aultres indignitez que les princes si grands comme luy sont accoustumez de souffrir mal volontiers. Par quoy nous nous sommes resoluz de lui en faire part, veu que c'est chose que luy emporte si avant. Et cependant comme je vous vois si peu considérez, que sans avoir aucun respect au lieu que tenons sur vous, osez vous demonstrer si mal inclinez que d'intenter contre nous hostilité, comme voions journellement, Nous nous
partons vers le pays de Luxembourg, pour dois là entendre à nostre gouvernement, suivant la charge qu'en avons, et y attendre les ultérieurs commandements de Sa Majesté, d'où nous obéissans ferez ce à quoy vous estes tenuz, et suivans l'obligation qu'avez à vostre Prince naturel, qui pour faire le contraire ne vous a oncques donné la moindre occasion du monde, mais trop bien vous a desparty grâces si notables que pour icelles seules lui debvrez estre à jamais très humbles et très obéissans serviteurs et vassaulx.