‹ Histoire de la révolution du XVIme siècle dans les Pays-basChapitre 20 sur 23 · CONFEDERATION D'ARRAS · texte numérisé non relu

CONFEDERATION D'ARRAS

Nous Prelatz et personnes du clergé, nobles et députez des villes du Pays et comté d'Arthoys, représentant les trois membres et Estatz d'iceluy.

(1) Tome II, p. 52.

Députez des Estatz du Pays et Comté de Haynault.

Députez de la ville de Douay.

A tous ceulx qui ces présentes voiront ou oiront salut. Comme doiz en l'an mil vclxxvj les Estatz generaulx de tous les pays de par-deça, se sont joincts et assemblez en la ville de Bruxelles pour donner ordre et résister aux Espagnolz mutinez venus de Zirixee à teste baissée pour s'emparer et saccager ladicte ville de Bruxelles, ayant de force prins la ville d'Alost, sans que fut esté possible les contenter ny renger à la raison, pour commandement que leur fut esté fuict par Messeigneurs du Conseil d'Estat, lors commis par Sa Majesté au Gouvernement gênerai desdictz pays, pour la mort de feu de bonne mémoire don Loys de Requesens, précèdent gouverneur. A cause de quoy avoient esté par eux déclarez et proclamez, ensemble leurs fauteurs et adhérons pour rebelles à Sa Majesté, ennemis et perturbateurs du repos publicq et que pour tels on les pourroit traicter.

Suivant quoy lesdictz Estatz generaulx avaient absolutement résolu les faire sortir et retirer, et en repurger le payz pour le remettre en repos et liberté et prévenir au joug de misérable servitude, auquel ils tachoient, comme se descouvroit de jour à aultre, le mettre et précipiter. Ayant de prime face avisé et de faict traicté une pacification en la ville de Gand, avec le Prince d'Orenge et les Provinces de Hollande, Zeelande, et associez pour lors en guerre contre les aultres Provinces. Par laquelle avoit esté expressément stipulé, promis et accordé de part et d'aultre, que ësdictes Provinces de par-deça, au dehors desdictes Provinces de Hollande et Zeelande, ne seroit loisible et permis auxdictz de Hollande et Zeelande, ny aultre de quel pays, qualité ou condition qu'il fut d'attenter quelque chose contre le repos et la paix publicque, signamment contre la religion catholicque romaine et l'exercice d'icelle ny à cause de ce injurier ou irriter aucun de faict, de parolles, ny les scandaliser par actes semblables, à peine d'estre punis comme perturbateurs publicques à l'exemple d'aultres.

Et depuis ce, estant ainsi les dix-sept Provinces-Unies, icelles avoient passé une Union generalle entre elles, promettant et jurans les unes aux aultres de tenir et entretenir, inviolable et à jamais ladicte Union et association, pour la conservation de notre saincte foy, et religion catholicque romaine, deue obéissance de sa Majesté, et accomplissement de ladicte pacification de Gand, joinctement pour l'expulsion des Espaignolz et leurs adherens : Ensemble pour le maintiennement de tous les privilèges, et y exposer corps et biens et la vie si mestier fut. Et au surplus de secourir et assister tous ceulx de ladicte union, qui se trouveroient assailliz, agressez, emprisonnez, rançonnez, molestez ou inquiétez en personne, corps, biens, honneur, estât ou aultrement, voires procurer la délivrance des emprisonnez, à peine d'estre dégradez de noblesse, <ie nom, d'armes et d'honneur, tenuz pour parjures, desleaux et ennemis de nostre Patrie, devant Dieu et tous hommes et encourir note d'infamie et lâcheté à jamais.

Et combien qu'en conformité desdictes pacification et union chascun se devoit contenir en ses bornes sans rien attenter de faict ni de parolles, au préjudice d'icelle, signamment de nostre saincte foy, religion catholicque apostolique romaine et deue obeissnace de Sa Majesté ; Sy estoit-il advenu que plusieurs séditieux hérétiques et perturbateurs du repos publicque, contre leur foy, honneur, obligations et serment, s'estoient au temps que plus on se debvoit évertuer et employer de secouer le fardeau de l'ennemi commun, tellement oubliez, desbordez et desbandez en la principale province et quasi par toutes les aultres peu s'en fault, s'attachant à nostre dicte sainte foy et religion par telle furie qu'ilz avoient dechassé tous gens d'Eglise et de religion, massacré grand nombre d'iceulx, violé filles sacrées, prophané et renversé églises et autelz, saccagé et brisé images à tous costés, fouUé aux pieds les saincts sacrements, mesmement sans aulcune horreur ou crainte de la vengeance divine, celuy du précieux corps ou sang de nostre Seigneur, ruynant et démolissant jusques aux fondemens Abbayes,

Eglises, Cloistres et Monastères, usurpant et robant les biens d'icelles bonnes maisons dédiez et vouez au sainct service divin. Declairant de bouche et demonstrant par telz et telz aultres excès et outrages par trop horribles et insupportables, qu'ilz estoient et sont délibérez d'à jamais estaindre et atterrer nostre dicte saincte foj et religion, mesmement toute noblesse et legitimme ordre d'Estat et de police. Destituant ceulx qui legitimmement y estoient establis et commis, selon les droictz, loix et anciens usages, et en leur lieu y rétablissant gens de leur qualité et condition hérétiques et séditieux, aiant aussi appréhendé les principaulx seigneurs Evesques, Prelatz, nobles, gentilshommes, dames et conseilliers, et les aucuns d'iceux exécutez, pendus, estranglez et décapitez sans aucun ordre et forme de justice. Et finablement, s'efforchant d'exterminer tous gens de bien, d'honneur et de vertu, s'estant à ces fins mis en campagne à main armée, usurpant villes, chasteaux et forteresses, y establissant garnison de leur part, sans aucune licence et ordonnance d'auctorité supérieure, plantans ainsi partout leurs perverses et faulses sectes, hérésies, abolissant et mettant à néant tout exercice de religion et piété, poussez d'une telle rage et furie qu'ilz estoient jà parvenuz sur les metes et provinces de leurs voisins, où ils avoient exercé et exécuté toute espèce de tirannie et semblables cruautez, délibérez de faire le mesme partout. Ne fut fut que par une vraye providence divine Monseigneur le Baron de Montigny avec ses troupes, plusieurs seigneurs, gentilzhommes et aultres bons personnages zélateurs de la gloire, honneur et service de Dieu, s'y fussent uniement opposez, tous lesquels excès, outrages et debordemens ont esté passez et coulez par connivence et impunément nonobstant plusieurs et grand nombre de lettres, requestes, plaintes et doléances qu'on en avoit faict et représenté tant à Son Alteze qu'aux Estatz generaulx et Conseil d'Estat aiant emprinsle gouvernement des pays. Demonstrant par les aucuns d'avoir grand part et intelligence à telles factions et menées, non seulement le coulant, comme par nonchallance, mais les excusant, voii-es declai-

rans par les aucuns, qu'ils vouloient embrasser et défendre leur querelle comme bonne et juste. Et par aultres qu'ilz ne se tiennent obligez à la dicte pacification de Gand faicte par la nécessité du temps. Mais au contraire, qu'ilz sont tenus d'avancer, promouvoir et favoriser leur nouvelle religion (si ainsi doibt estre appelée) ayant qui plus est, soubz umbre de remédier au mal, attenté et tiré de Tautliorité de ceulx qui ainsi sont admis au gouvernement gênerai des pays, divers edictz et mandemens tendans à l'abolissement de la religion catholique et pour establir et admettre partout l'exercice desdictes fausses doctrines et hérésies, et entre aultres celuy qu'ilz appellent de Religion-Vrede, voulant persuader que c'est le seul et unicque remède pour pourveoir à tant de maulx ; chose à vraye dire tant absurde, que tout au contraire c'estoit et est la seule voie et unicque moien pour accomplir la mesure de leurs iniquitez. Bien considéré la nature et condition desdictz, qui d'un esprit irrequieté jamais ne seront contens s'ilz n'ont exterminé les bons et mis le tout en confusion, comme ils ont bien demonstré en ce que doiz le commencement cherchant les occasions, et soubz umbre qu'ilz se doubtoient des catholiques jà n'en eussent-ilz esté picquez ou touchez , tant peu que ce soit. Mais au contraire , leur auroient beaucoup inféré d'injures et outrages, avoient demandé et obtenu une ampliation ou déclaration de la susdite union, par laquelle ils avoient de nouveau et réciproquement prins les uns et les aultres en protection. Dont encores ne sont asseurez, comme ils visent, imposans que prestement l'evinction de l'ennemy, les catholicques leur couperont la gorge, qui au contraire se doibvent tenir pour asseurez du même inconvénient puisqu'ils voient qu'on a composé une armée et remply tous les pays de gens de guerre estrangers, de pareille condition. Estant chose par trop clere et manifeste, que jamais ne cesseront qu'ilz ne parviennent à leur but, demonstrans en oultre estre en tout irréconciliables, et que par tous moiens ils empescheront la paix, soit par demander des conditions trop iniques ou aultrement, nonobstant qu'on voit à l'œil de jour à aultre les

affaires aller à décadence et ruine. Dont ne se peult attendre qu'entière et generalle désolation, si Dieu par sa miséricorde et bonté infinie ne nous impartit les bénéfices de sa tressaincte grâce, soubz la confidence et protection de laquelle et pour nous acquitter vers Dieu et les hommes de nostre devoir, si avant que humainement est possible, ne voulant en rien conniver ou participer au mal d'aultruy ny encourir la note de perfidie et aultres indictes par la dicte union; Avons trouvé convenir d'en faire protestation et démonstration publicque et de nouveau entre nous et tous aultres qui se vouldront descharger de leur ferment et obligation rafreschie, renouveller et plus estroictement confirmer ladicte union.

A ceste cause en vertu de nos pouvoirs et commissions respectivement et aultrement, avons promis et juré, promettons et jurons les uns aux aultres, en foy de chrestiens et gens de bien, pour nous et nos successeurs a jamais suyvant le contenu espres de la dicte union et à l'effect et accomplissement d'icelle, de persévérer et maintenir nostre dicte saincte foy catholicque apostolique romaine, deue obéissance de Sa Majesté et pacification de Gand, aussy, procurer le bien, salut, paix et repos de nostre Patrie tant désolée, conservant nos privilèges, droictz, franchises, coustumes et usages anciennes, de résister et opposer par toutes voyes et manières licites, deues et raisonnables à tous ceulx qui vouldroient attenter au contraire. Et à ces fins ayder, conforter et assister l'un l'aultre, et de commune main employer nos vies, corps, biens et tous aultres moyens. Nous submettans à toutes resolutions, que par commun advis seront faictes pour le bien et advancement de ceste cause, soit pour levée de deniers, de gens de guerre, ou aultrement, de tenir toute bonne secrète et discrète correspondance les uns aux aultres, sans pouvoir découvrir ou révéler chose qui puisse nuire ou grever à la bonne et saincte intention de la dicte union, sommans, prians et exhortans tous aultres Estatz, provinces, villes et communautez, gouverneurs, colonels, capitaines, gens de guerre et generallement tous gens de bien, de s'acquiter

pareillement de leur debvoir et obligation ; Et à mesme fin entrer et se joindre avec nous faisans par eux ou députez de leur part suffisamment authorisez pareille déclaration et protestation de maintenir et conserver ladicte pacification et union generalle depuis ensuivie, en tous leurs poinctz et articles, sans aucunement s'en desjoindre, retirer ou séparer, pour occasion ou par quelle voie que ce soit, ouvertement, secrètement, directement, ni indirectement comme font tous ceulx et celles qui avancent, inventent, poursuivent, admettent ou connivent choses au contraire, ce que nous ni eulx pouvons ny devons faire, le tout à peine d'encourir l'ire de Dieu, et d'estre dégradez de noblesse, de vertu, de nom, d'armes et d'honneur et d'estre tenus pour parjures, infidèles, desloiaux et ennemis de Dieu, de nostre saincte foi et religion et de nostre patrie, et au surplus d'encourir la note d'infamie et de lâcheté à jamais. Et à l'effect et accomplissement des choses avant dictes et qu'en dépend, en avons submis et obligé, submettons et obligeons l'un envers l'aultre noz corps et biens et ceux de noz hoirs successeurs et remanans, meubles et immeubles, presens et advenir par tout, renonçant generallement et speciallement à toutes exceptions et droict de loy et coustume, et toutes aultres, qui au contraire nous pourroient servir et valoir, le tout de bonne foy et sans aucun malengin. Pour approbation de toutes lesquelles choses, nous avons le présent acte faict signer et attester respectivement de noz greffiers. Ce fut faict, résolu et arresté en pleine assemblée desdictz Estatz en la ville d'Arras, l'an de grâce de Nostre Seigneur mil septante-neuf, le vij" jour de janvier.

Page 1