LIVRE PREMIER
La France entrait dans une voie nouvelle ; la révo-
lution se faisait homme. Depuis 1789, le principe de ^^^^^^^^ Fautorité n*avait cessé d'être amoindri ou méconou , ^^^^l* ,^ et, jusque dans les convulsions du régime de la ter-
reur , le pouvoir, au lieu de gouverner, s'était vu pé- *■ duit à combattre : sous le directoire, enchaînée et garrottée par mille entraves constitutionnelles, l'administration avait regimbé contre ses tuteurs, et mené à terme deux ou trois misérables coups d'État sans portée sérieuse; Févénement du 18 brumaire venait de faire justice de ce système corrupteur et incapable. Désormais ce ne sera plus au pouvoir, mais à la liberté, d'être en péril; les rôles changeront : la main
RÉVOU nUNÇ. " CONSDIJkT. 1. i
t RÉVOLirriON FRANÇAISE.
Nov. 1799. hardie (j'iiii soldat dénouera les faisceaux de la répu-
bliqnr, son épée décliirera la loi; l'ordre renaîtra dans ' Tumié, et avec lui l'arbitraire, jusqu'au moment où, par une juste expiation , la dictature succombera à son tour sous le fardeau de son œuvre.
Une nation folle de gloire, qui de liberté ne .se soucie guf^re, à moins que ce ne soit pour s'en faire une arnie, et qui se pa.sMi inu* puur Téi^alité parce que l'égalité absolue flatte l'orgueil du plus grand nombre, la France, enfin, était dans l'une de ces conditions si fréquentes de son histoire où elle sacrifie tout à la paix, au repos, aux intérêts. Une mère (et c'est à ce signe qu'on la reconnaît surtout) s'attache à celui de ses (ils qui lui a coûté le plus de peines; mais la France, fatiguée de ses laborieux enfantements, commençait à ne plus vouloir de cette liberté politique pour laquelle nous avions versé tant de sang. Elle maudissait la fille dont les écarts faisaient sa honte : toujours do* minée par des émotions exclusives, elle se réfugiait sous la garantie de l'arbitraire, en haine des excès de l'anarchie. Elle s' inquiétait peu de l'audace des moyens dont Bonaparte s'était servi ; elle lui pardonnait une révolution prétorienne déjà consommée, et la représentation nationale jetée par les fenêtres : elle aurait pardonné davantage au prix du rétablissement du crédit, de la protection donnée à rinduslrie, du retour de la sécurité intérieure. Le directoire, d'ailleurs, avait fait peser sur elle le joug dont elle a le plus horreur , celui de l'immoralité et de l'ineptie : la chute d'un pareil gouvernement devait*elle entraîner des regrets? Et de quoi pouvait-on se plaindre ? La république ne
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CONSDUT. 3
subsistait-elle pas toujours, au moins clenom?On da- nov. iïuo. tait de l'an VIII; on conservait les formes civiques; la souveraineté du peuple ne cessait d'être invoquée. Pour un peuple qui aime à se contenter des mots, ceuxlà 8u£0lsaieBt, et la révolution n'avait ni le droit de bouder, ni çelui de craindre.
Les difficultés de la situation n'en étaient pas moins grandes pour le nouveau pouvoir. L'avilissement de Tautorité, le mépris de la hiérarchie, l'oubli de la probité et des mœurs, tout ce qui constitue la pourriture d'une société, rendait pour ainsi dire impossible l'intervention du médecin chargé de remédier au mal. L'anarcliie régnait au dedans, la guerre au dehors : les coffres étant vides, il lailait administrer, gouverner, combattre. Bonaparte ne se laissa point effrayer : les ressources de son génie le rassurèrent ; et, d'ailleurs, ne savait-il pas qu'un peuple, si déchu ou si près de sa ruine qu'on le suppose, peut toujours rencontrer son salut quand il se rattache à ces deux aijcres nécessaires , la vérité et la force?
La force fut invoquée la première ; elle avait fait le Mejare» coup d'État de Saint-Gloud, elle devait le compléter.Les trois consuls, sur la proposition de Fouché, et après ''^ff^^j^ ^ avoir tenu conseil, dressèrent deux listes de suspects, ^|,ef/;j,oiacontre lesquels des mesures révolutionnaires furent *"'"'*^'**' prises. Comme au 18 fructidor, on renonçait à tuer; on déportait. On voit que déjà se perdaient les tradi" tions de ce Barrère qui opinait toujours pour la guili* lotine, « parce que les morts seuls ne reviennent pas. » Or, en politique, il n'y a que les morts qui reviennent; et Bonaparte le pressentait. D'ailleurs il ne fallait pas
i RÉVOLUTION FRANÇAISB.
. abuser de la faveur de l'opinion, et trop demander à la popularité. Un acte des consuls condamna, sans jugement et sans enquête, à la peine de la déportation , Oestrem, Aréna, Marquez! , Truck, Félix Lepelletier, Charles Hesse |le prince de Hesse-Rothembourg), Sci« pîon Duroure, Fouroier rAméricain, Brutus Maig^net, Boycr, Ilenriot, Xavier, Audoin, et quelques autres chefs du parti jacobin, en tout trente-six terroristes bien connus. Une décision analogue, rendue sous le prétexte commode de sûreté générale, enjoignit à vingt-six individus, renommés parleur patriotisme ou par Texaltation de leurs sentiments républicains, de se rendre à la Rochelle, et d'y demeurer sous la surveillance de la haute police. Cette liste comprenait plusieurs anciens conventionnels et quelques membres du conseil des cinq-cents : Sanlhonax, Julien (de Toulouse), Texmarquis Antonelle, Grand maison, Delbrel, y Oguraient, et parmi eux (on regrette de le dire) le général Jourdan , le vainqueur de Watlignies et de Fleurus. L'opinion publique s'émut un peu en faveur de Jourdan ; mais, quoiqu'on dise, elle vit sans trop d'indignation la mesure de proscription qui atteignait les autres montagnards. La France voulait en finir avec le terrorisme, et chaque coup porté sur ce parti était approuvé. Au fond, les consuls usaient d'une rigueur plus apparente que réelle. Ils avaient hâte d'enlever au jacobinisme ses chefs naturels, de répandre dans les esprits une salutaire inquiétude, et de décourager dès le premier jour toute résistance : ce but atteint, ils se réservaient d*être indulgents, et de ne pas pousser l'es choses à l'extrême. Aussi, quand les individus désignés
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