‹ Histoire de la révolution française, 1789-1799Chapitre 19 sur 73 · RÉFORME DE L ARMÉE · texte numérisé non relu

RÉFORME DE L ARMÉE

La Constituante commença la régénération de l’armée en déclarant, le 28 février 1790, « tous les soldats habiles à obtenir-tous les emplois et grades militaires. » Déjà un souffle nouveau de patriotisme avait pénétré dans l’armée comme dans le peuple.

On vit alors cette nation, qui naguère manifestait tant d’horreur pour la milice, courir spontanément aux armes en 1789 et mettre sur pied quatre millions de gardes nationaux; onia vit, en 1792, envoyer aux frontières ses bataillons de volontaires en sabots; on la vit, en 1795, répondre à la proclamation de la levée en masse, remplir de ses recrues quatorze armées; onia vit, de 1792 à 1815, tenir tête à l’Europe entière, couvrir de ses bataillons l’Allemagne et l’Italie, guerroyer en Irlande, en Espagne, en Égypte, en Syrie, à Saint-Domingue, affronter le soleil d’Afrique et les neiges de Russie. Ainsi fut réalisée cette prédiction de Sieyès à un gentilhomme qui justifiait l’oppression du peuple par un prétendu droit de conquête:

(( N est-ce que cela? répondit-il. Nous serons conquérants à notre tour. »

Les châtiments corporels furent abolis comme incompatibles avec la dignité du citoyen et du soldat. Plus tai’d, ils seront abolis, à notre exemple, dans la plupart des armées étrangères.

L’armée se recruta d’abord, sous la Législative, par les frôlements volontaires ; sous la Convention, par les re-

Les enrôlements volontaires

quisitîons; sous le Directoire, par la loi du 21 août 1798 (4 fructidor an VI), qui établit la conscription et posa en principe que tout Français contractait en naissant l’obligation de servir la patrie. La conscription, restée depuis lors la règle fondamentale de notre armée, s’imposa à tous sans distinction de naissance ; elle fut le niveau égalitaire sous lequel se courbèrent toutes les têtes ; ceux-là seuls qui avaient encouru des peines infamantes furent exemp-

L’ŒUVRE DE LA RÉVOLUTION

tés de l’honneur de porter les armes. Servir le pays fut le premier des droits civiques comme le premier des devoirs.

Cette organisation militaire a atteint son plus haut degré de moralité et d’égalité par la loi du 27 juillet 1872, qui a proclamé le service militaire universel et obligatoire et qui a réalisé ce que les hommes de la Révolution avaient rêvé ou ébauché : la nation armée.

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