‹ Histoire de la révolution française, 1789-1799Chapitre 20 sur 73 · REFORME ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

REFORME ECCLÉSIASTIQUE

La Révolution anéantit le clergé comme ordre de l’État, abolit ses justices ecclésiastiques, lui retira les registres de l’état civil, supprima les dîmes qu’il faisait payer au peuple, s’empara des biens de l’Église et en fit les biens nationaux, pourvut à l’entretien du clergé en constituant le budget des cultes. Un épisode de cette sécularisation de l’Église fut la réunion à la France du comtat d’Avignon qui, depuis le xiii* siècle, appartenait au pape et qui contribua à former le département de Vaucluse.

L’ancienne France était divisée en H1 évêchés et 18 archevêchés. L’étendue de ces diocèses était aussi variable que le revenu des titulaires; à la frontière leurs limites ne coïncidaient même pas avec celles de la France; ainsi les évêchés de Metz, Toul, Verdun, Strasbourg, dépendaient des archevêchés allemands de Trêves et Mayence; les cinq évêchés de Corse dépendaient des archevêchés italiens de Gênes et dePise; en revanche, les archevêques de Cambrai et de Besançon étendaient leur autorité sur une partie de la Belgique et de la Suisse.

La Constituante fit concorder les limites des diocèses avec

celles des départements ; il y eut autant de diocèses que de départements ; le nombre des archevêchés ou évêchés se trouva donc ramené à 83. Le traitement des prélats fut réduit à des proportions plus modestes, celui des curés ou desservants porté à un chiffre équitable. Toutes ces réformes furent sanctionnées sous le Consulat par le Concordai du 15 juillet 1801 conclu avec la cour de Rome, ratifié par la loi du 28 germinal an X (18 avril 1802) en même temps que les articles organiques.

Au contraire, la Révolution échoua dans sa tentative pour changer le mode de nomination des évêques et des curés : elle avait voulu les faire nommer à l’élection comme les magistrats. La cour de Rome traita en schismatique le clergé élu par le suffrage des citoyens. Le Concordat conclu entre le Premier consul et le pape Pie VII rendit au pouvoir, exécutif la nomination des évêques. Pourtant l’Église constitutionnelle de France a jeté un certain éclat avec Grégoire, évêque de Loir-et-Cher, Fauchet, du Calvados, Lindet, de l’Eure, Thibaut, du Cantal, Cazeneuve, des Hautes-Alpes, Gay-Vernon, de la Haute-Vienne, Massieu, de l’Oise, Huguet, de la Creuse, Lalande, de la Meurthe, ([ui furent tous membres de la Convention. Un des adversaires de l’Église constitutionnelle lui a rendu ce témoignage :

(( Les nouveaux élus, dit Lally-Tollendal, ont prêché, de parole et d’exemple, l’étude de la religion, la régularité des mœurs, la pratique de la charité et de tous les devoirs sacerdotaux. Dans les temps de la Terreur, on a vu de ces pasteurs schismatiques braver les plus grands dangers pour conserver le souvenir d’une religion, pour secourir, consoler, sauver ce qu’ils appelaient leur troupeau, même sans différence d’amis ou d’ennemis. On en a vu qui, traînés à l’échafaud, ont reçu le coup de la mort avec courage et religion. »

Les 429 abbayes ou monastères de l’ancienne France disparurent dans la tourmente. Par le décret du 28 octo-

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Vre 1789, la Constituante commença par suspendre l’émission des vœux dans tous les monastères des deux sexes. Puis elle restreignit le nombre des couvents à un seul du même ordre dans chaque municipalité. Par le décret du 15 février 1790, elle entra au vif de la question. Voici le texte de l’article premier :

(( La loi constitutionnelle du royaume ne reconnaîtra plus de vœux monastiques solennels de personnes de l’un et de l’autre sexe. En conséquence les ordres et congrégations religieux dans lesquels on fait de pareils vœux sont et demeurent supprimés en France, sans qu’il puisse en être établi de semblables k l’avenir. »

Les religieux et les religieuses dépossédés reçurent une pension.

Les vœux monastiques pouvaient être encore des liens de conscience et de foi : la loi ne les sanctionnait plus comme obligation civile. Elle abolissait leurs conséquences légales, relevait les religieux et religieuses de la mort civile, leur reconnaissait les mêmes droits qu’aux autres citoyens, leur permettait le mariage. Pour beaucoup d’infortunés dont les vocations avaient été contraintes, cette loi fut une grande délivrance.

La Législative, par le décret du 18 août 1792, alla plus loin. Elle anéantit tous les couvents et même « toutes les congrégations séculières d’hommes et de femmes , ecclésiastiques ou laïques, même celles uniquement vouées au service des hôpitaux et au soulagement des malades , sous quelque dénomination qu’elles existent en France. »

Ainsi fut dissoute cette vaste confédération d’associations monacales, plus ancienne que le royaume de France, qui avait exercé dans notre pays une influence si puissante et souvent si nuisible, et qui pendant quatorze siècles avait concentré entre les mains des moines une part si considérable de la fortune nationale. La même ruine en-

veloppa les Bénédictins, contemporains des rois francs, les Dominicains, qui au treiziéme siècle avaient établi l’inquisition dans le midi de la France, les Franciscains, qui depuis cinq cents ans mendiaient pour enrichir l’Église et, la besace au cou, amassaient des millions, et qui, sous le nom de Capucins, avaient figuré dans les guerres religieuses du seizième siècle.

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