AFFRANCHISSEMENT DE L’AGRICULTURE, DE L’INDUSTRIE ET DU COMMERCE
La Révolution a été surtout l’émancipation du travail national. Elle affranchit l’agriculture de la dîme, des droits seigneuriaux, de la corvée royale; elle adoucit pour elle le poids des autres impôts en les répartissant également sur tous les citoyens ; elle lui a livré les terres de l’Église et de l’aristocratie : elle a honoré le travail agricole, qui était le plus méprisé, en amenant les députés-paysans sur les bancs des assemblées nationales, en faisant trembler les aristocraties et les rois de l’Europe devant ses armées de soldats-paysans. Elle a décrété la libre circulation des grains dans l’intérieur du pays. Les lois du 14 décembre 1789 et du 28 septembre 1790 ont donné l’impulsion à la construction des chemins vicinaux. Les diverses assemblées révolutionnaires se sont préoccupées de faire pénétrer, par l’établissement d’écoles primaires, l’instruction et la lumière jusqu’au fond des campagnes. Toutes les lois qui, depuis cette époque, se sont inspirées de l’esprit de 1789, même celle qui a établi le suffrage universel, sont à l’avantage des paysans. La Révolution, dans ses traits essentiels, a été appelée par les cahiers des paysans, réalisée par le soulèvement des paysans en 1789, conso-
L’ŒUVRE DE LA RÉVOLUTION
lidée 'par les victoires des paysans sur les armées de l’Europe. Nulle classe de la société n’est plus intéressée au maintien des conquêtes de la Révolution ; nulle ne serait plus ardente à les défendre, si elles étaient menacées.
Le commerce a été affranchi par la suppression des douanes intérieures, qui, plus tard, a eu pour conséquence, dans les rapports avec les pays étrangers, l’application des principes du libre-échange.
La Convention a mis fin à la diversité infinie des poids, des mesures, des monnaies, en décrétant l’établissement du système décimal, quia été rendu obligatoire par la loi du 4 juillet 1837, et qui a été adopté ensuite par la plupart des nations européennes.
En abolissant les abus dont souffrait l’étranger domicilié en France, comme le droit d’aubaine, en favorisant son admission au titre de citoyen, la Constituante a donné plus de sécurité aux relations commerciales. Par l’abolition des restrictions qu’apportait l’Église au prêt à intérêt, elle a fondé la puissance du crédit ; par la création d’un bon système d’hypothèques, elle a facilité la vente et la circulation des propriétés. En un mot, elle a donné à la richesse mobilière, jusqu’alors presque nulle en France, une extension inouïe et si rapide, que le Code civil luimême n’a pu la prévoir.
La Constituante, reprenant la réforme tentée par Turgot, rendit le décretdu 15 février 1791 qui abolit les maîtrises et les jurandes, supprima la distinction entre maîtres et compagnons, abrogea tous les règlements qui s’opposaient au progrès et à la variété de la fabrication, substitua au régime du privilège celui de la libre concurrence.
Par le décretdu 7 janvier 1791, la Constituante a garanti la propriété industrielle et établi les brevets d’invention.
Sous le Directoire, en 1798, par les soins du ministre François de Neuchâteau, fut ouverte au Champ de Mars la première exposition de l’industrie, et l’on sait quel développement a pris cette institution.
Les plus illustres savants de l’époque révolutionnaire s’honorèrent en rédigeant des livres d’agriculture à la portée du peuple : Daubenton, par ordre de la Convention, écrivit une Instruction pour les bergers ; le conventionnel Homme publia Y Annuaire du cultivateur.