RÉUNSON DES ÉTATS GÉNÉRAUX
Les États généraux se réunirent non à Paris, mais à Versailles, où résidait le monarque. Le 4 mai, le roi, sa famille, ses ministres, les députés des trois ordres, se rendirent processionnellement dePégliseNotre-Dame à l’église Saint-Louis, pour y entendre la messe d’inauguration. Une foule immense était accourue de Paris pour assister à la cérémonie. Elle fut péniblement frappée du contraste qu’on avait voulu ménager entre le costume simple et sévére, l’habit noir, le petit manteau court des députés bourgeois, et les costumes magnifiques des députés privilégiés. En fait d’étiquette, la cour prétendait revenir à la tradition des États de 1614. Quand on demandait au garde des sceaux Barentin si le tiers état serait obligé de parler à genoux, il répondait : « Si le roi voulait !.. . )> La même distinction humiliante se retrouva dans la harangue que l’évêque de Nancy adressa au roi dans l’église de Saint-Louis : « Sire, recevez les hommages du clergé, les respects de la noblesse et les humbles supplications du tiers état. »
Le lendemain, 5 mai, la séance d’ouverture eut lieu
dans la salle des Menus. En face du trône que le roi allait occuper, le maître des cérémonies plaça le clergé à droite, la noblesse à gauche, le tiers au fond de la salle. Plus de quatre mille spectateurs emplissaient les tribunes. Louis XVI, entouré de la reine, de ses frères, de ses ministre^, de toute une cour brillante, se plaça sur le trône et se couvrit. Les députés du clergé et de la noblesse, comme c’était leur droit, en firent autant : ceux du tiers les imitèrent. Des murmures éclatèrent sur les bancs des privilégiés. Alors le roi, pour ne pas autoriser cette usurpation du tiers état, retira son chapeau, ce qui obligea tout le monde à se découvrir.
Dans les discours que prononcèrent successivement le roi, le garde des sceaux et Necker, on s’appliquait à mettre les députés en garde contre les « innovations dangereuses » ; c’était uniquement de l’état financier, des sacrifices à s’imposer qu’on prétendait les entretenir. Quant à la question du vote par têtes ou par ordres, on la laissait indécise. Au fond la cour eût désiré qu’on votât par têtes dans les matières de finances, afin d’être plus assurée d’obtenir les fonds, et qu’on votât par ordres sur presque toutes les autres questions, afin d’être garantie contre toute innovation. Elle s’obstinait à voir dans les députés, non des législateurs, mais des contribuables. Or, la nation française qui, pour la première fois depuis ses origines, se trouvait maîtresse de ses destinées, qui depuis quinze siècles portait le triple joug des clergés, des aristocraties, des monarchies de toute forme, qui pendant cent soixante-quinze ans avait vu interrompre la convocation de ses États, n’entendait pas que tant de souffrances, tant d’efforts, tant de progrès accumulé, tant d'espérances suscitées, n’aboutissent qu’à ce résultat : refaire les finances du roi pour que les vieux abus pussent en paix se perpétuer. Les députés dvt tiers furent à la hauteur de leur mission.