‹ Histoire de la révolution française, 1789-1799Chapitre 29 sur 73 · LES FÉDÉRATIONS DE · texte numérisé non relu

LES FÉDÉRATIONS DE

Contre tant d’ennemis occultes ou déclarés, dans la dissolution des pouvoirs anciens et le laborieux enfantement

Lit Fi-Uératioii au Champ de Mars.

(les pouvoirs nouveaux, la nation sentit la nécessité de s unir, de s’armer, et, comme on disait alors, de se fédérer.

A. RA31ÜAUD.

Dès novembre 1789 se constitue la fédération d’Étoiles, près de Valence; dès janvier 1790, sur une lande de Bretagne, 15000 gardes nationaux prêtent le serment fédéral de «fidélité à la nation, à la loi, au roi ». Le 6 mars 1790, les garnisons et les gardes nationales de l’Est se corifédérèrent à Épinal ; le 30 mai, 30 000 hommes en armes se réunissent à Lyon autour de l’autel de la patrie ; le 13 juin s’organise sous la présidence du maire de Strasbourg, Frédéric Dietrich, la fédération alsacienne : le drapeau tricolore est arboré au plus haut de la flèche de Strasbourg; la vieille cathédrale est illuminée afin que « le spectacle, vu des rives opposées du Rhin, apprenne à l’Allemagne que l’empire de la liberté est fondé en France ».

Ce vaste mouvement qui se propageait de la Bretagne à l’Alsace, et de l’Escaut aux Pyrénées, devait aboutir le 14 juillet 1790, anniversaire de la prise de la Bastille, à la grande fédération parisienne du Champ de Mars. En présence de 400 000 spectateurs et de 50 000 gardes nationaux accourus de toutes les provinces de France, et qui étaient la délégation et comme l’avant-garde de trois millions d’hommes en armes, Lafayette prêta sur l’autel de la patrie le serment fédéral. Puis le roi, d’une voix forte, fit entendre ces mots : « Moi, roi des Français, je jure d'employer tout le pouvoir qui m’est délégué par la loi constitutionnelle de l’État à maintenir la constitution décrétée par l’Assemblée nationale et acceptée par moi, et à faire exécuter les lois. » La reine, comme gagnée par l’enthousiasme général, prit le dauphin dans ses bras et le présenta au peuple, l’associant ainsi au serment de son père. Le soir, on dansa sur l’emplacement de la Bastille.

La cour était-elle donc ralliée à la constitution? Non! en cette grande journée, le serment du roi, pas plus que l’enthousiasme de la reine, ne fut sincère. Marie-Antoinette n’avait pas renoncé à ses plans d’évasion et de guerre civile : en octobre 1789, complot Augéard pour faire échapper le roi sur Metz; en décembre de la même année,

complot Favras pour l’emmener à Péronne; puis complot Maillebois pour le conduire à Lyon; en octobre 1790, reprise du plan d’évasion sur Metz, avec le concours de Bouillé. C’était pour en préparer l’exécution qu’en août 1790, Bouillé terrorisait l’armée par la cruauté qu’il déploya, après la révolte de Nancy, contre ce même régiment suisse de Châteauvieux qui, au 14 juillet, avait refusé de marcher contre le peuple de Paris : il fit pendre 21 soldats, infligea au vingt-deuxième le supplice barbare et illégal de la roue, envoya le reste aux galères.

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