‹ Histoire de la révolution française, 1789-1799Chapitre 30 sur 73 · LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ · texte numérisé non relu

LA CONSTITUTION CIVILE DU CLERGÉ

En juillet 1790, la Prusse et l’Autriche s’étaient rapprochées en vue de surveiller la Révolution et avaient conclu la convention de Reichenbach. En octobre, Louis XVI écrivit au roi d’Espagne et à d’autres souverains pour les prier de ne tenir aucun compte des actes publics qui lui étaient imposés.

Entre le roi et l’Assemblée, un nouveau sujet de désaccord venait de surgir. Le 12 juillet 1790, l’Assemblée avait décrété la constitution civile du clergé : le nombre des archevêchés et évêchés était réduit de 135 à 83, à raison d’un par département; les évêques et curés devaient être nommés par les mêmes électeurs qui nommaient les députés; les prélats recevraient l’institution canonique, non du pape, mais d’un de leurs collègues.

La première de ces dispositions est la même que, plus tard, le pape accepta sans difficulté par le Concordat; la seconde se bornait à substituer à la nomination par le roi la nomination par les électeurs; mais la troisième semblait s’attaquer à un droit que la plupart des catholiques reconnaissaient au pape.

Pourtant, si la loi nouvelle pouvait faire des mécontents, elle ne faisait pas encore des insoumis. Tout le mal

est venu de la funeste décision qui imposa le serment constitutionnel aux ecclésiastiques : par là on fournissait aux évêques, à la cour de Rome, le prétexte qu’ils cherchaient pour troubler les consciences ; on divisait le clergé en deux catégories, les prêtres assermentés ou constitua tionnels et les prêtres réfractaires ; on s’imposait l’obligation de dompter la résistance de ces derniers et de les traiter en rebelles. On risquait d’en revenir aux guerres de religion. Les ennemis de la Révolution s’empressèrent d’exploiter cette faute de l’Assemblée.

(( Les évêques, dit un écrivain royaliste, le marquis de Ferrières, refusèrent de se prêter à aucun arrangement et par leurs intrigues coupables fermèrent toute voie de conciliation, sacrifiant la religion catholique à leur fol entêtement et à un attachement condamnable à leurs richesses. » Le pape, conseillé par eux et par le parti de la cour, s’empressa d’interdire aux ecclésiastiques le serment constitutionnel. Nombre de prêtres qui avaient jusqu’alors servi la Révolution se trouvèrent jetés dans les rangs de ses ennemis, confondus avec eux sous le nom de réfractaires. Le peuple n’était pas moins troublé : il se sentait partagé entre son amour pour la Révolution et son attachement au culte catholique. Le roi Louis XVI, dominé par ses convictions religieuses, se trouva forcément en conflit avec l’Assemblée ; les desseins hostiles de la cour pouvaient désormais se colorer d’un prétexte.

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