TENTATIVE CONTRE-RÉVOLUTIONNAIRE DE MIRABEAU
En juillet 1790, un puissant moyen de salut s’était offert à la cour. Mirabeau, l’orateur populaire qui avait brisé la monarchie absolue au 25 juin 1789, croyait le moment venu de défendre la monarchie parlementaire et d’arrêter la Révolution. La constitution qu’il rêvait étant une sorte d’équilibre entre l’Assemblée et la royauté, il fallait
aue la royauté ne fût pas trop affaiblie. Bien que, de temps à autre, il continuât à tonner contre les intrigues de la cour, secrètement il s’était rapproché du roi, et, le 3 juillet, il fut reçu par la reine. Il accepta une forte somme pour payer ses dettes. Lui aussi se proposa de reformer autour du roi une armée fidèle, de l’emmener en province, à Rouen, de commencer au besoin la résistance armée. Engagé dans cette voie funeste, il en vint à admettre une certaine coopération de l’étranger, au moyen de démonstrations sur nos frontières.
Comment ces offres de dévouement furent-elles accueillies par la cour? On ne vit pas en lui un sauveur, mais une dupe dont on pouvait exploiter la crédulité. La reine écrivait à Flachslanden : « On se sert de Mirabeau, mais il n’y a rien de sérieux. » Quand Mirabeau s’apercevait de quelque trahison de ses nouveaux alliés, il entrait dans des colères terribles. C’est alors qu’il écrivait à son ami Lamarck : « A quoi donc pensent ces gens-là? Ne voientils pas les abîmes qui se creusent sous leurs pas ? Le roi et la reine y périront, et, vous le verrez, la populace battra leurs cadavres. »
Dans la discussion du droit de paix et de guerre , Mirabeau employa toute son éloquence à faire attribuer au roi l’initiative des propositions de paix et de guerre, la décision demeurant réservée à l’Assemblée. C’est à la suite de ce discours que l’on commença à crier dans les rues (( La grande trahison du comte de Mirabeau ». Plus tard, lorsqu’on voulut user de rigueur contre les émigrés, et qu’on proposa contre eux la mort civile et la confiscation des biens : « Si vous faites une loi contre les émigrants, s’écria Mirabeau, je jure de ne pas l’observer. » Entre la royauté, qui ne voulait d’autre secours que celui de l’étranger, et le parti avancé, qui grandissait chaque jour, Mirabeau usa ce qui lui restait de forces. Atteint d’une maladie mortelle, il put dire : « J’emporte avec moi le deuil de la monarchie; ses débris vont être la proie des
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factieux. » Les factieux de la cour ne devaient pas ôtre les moins acharnés. Le 2 avril 1791, Mirabeau mourut; ses restes furent portés au Panthéon.