JOURNÉES DU 20 JUIN ET DU 10 AOUT
Pendant ce temps, nos volontaires, en arrivant à la frontière, trouvaient qu’une partie des officiers avaient émigré, que d’autres affichaient hautement leur haine de la Révolution. L’intendance, comme les cadres, était désorganisée : les soldats étaient mal nourris, mal commandés. Les débuts de la guerre furent désastreux : deux colonnes
L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE
qui se dirigeaient sur Mons et sur Tournai furent prises de panique et reculèrent en désordre ; la seconde égorgea son général. Cet échec causa dans Paris une vive émotion. Au club des Jacobins, Robespierre en profita pour accuser Brissot et les Girondins ; mais dans l’Assemblée les Girondins se relevèrent par une série d’actes de vigueur. Brissot, dans la séance du 25 mai, dénonça l’existence du comité autrichien, formé autour de la reine, qui se composait des ministres déchus, Montmorin, Delessart, Bertrand de Molleville, qui étendait sur la France un vaste réseau d’intrigues, correspondait, avec Bruxelles, Berlin, Madrid, Saint-Pétersbourg, Vienne, et poussait nos représentants à l’étranger, comme cela fut prouvé pour l’envoyé de France à Genève, à prendre du service dans l’émigration. Six jours après, l’Assemblée décréta le licenciement de la garde constitutionnelle du roi, cette menace permanente contre la constitution, et décréta d’arrestation son commandant, le duc de Brissac. Les 6000 gardes déposèrent leur uniforme, mais restèrent dans Paris, attendant des événements leur revanche. Le 27 mai, nouveau décret contre les prêtres réfractaires : la déportation aura lieu dans un mois, hors du royaume, si elle est demandée par vingt citoyens actifs, approuvée par le district, prononcée par le département. Enfin, Servan, le ministre de la guerre, propose à l’Assemblée la formation d’un camp de 20 000 fédérés sous les murs de Paris. La proposition est votée (8 juin).
L’accueil fait par le roi, surtout à ce dernier décret, devait permettre de juger ses intentions : s’il refusait la sanction, il serait visible à tous qu’il était le grand obstacle à la défense nationale. Il évita d’abord de se prononcer; mais Roland, brusquement, le mit en demeure. Dans le conseil des ministres, il lut une lettre qu’il avait écrite au roi pour le sommer d’éloigner de sa personne les prêtres réfractaires et d’observer loyalement la constitution. Louis XVI, piqué au vif, congédia Roland, Servan