‹ Histoire de la révolution française, 1789-1799Chapitre 38 sur 73 · RAMBÂUD · texte numérisé non relu

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et Clavière (13 juin). Il fit croire à Dumouriez qu’il sanctionnerait les décrets, et obtint ainsi de lui qu’il abandonnât ses collègues. Les ministres girondins furent remplacés par des Feuillants. Alors le roi, changeant de langage, refusa la sanction des décrets, et Dumouriez, comprenant trop tard qu’il avait été pris pour dupe, donna à son tour sa démission (15 juin). L’Assemblée déclara que les ministres girondins emportaient sa confiance, et vota l’envoi de la lettre de Roland aux 85 départements. Louis XVI restait seul. Lafayette acheva de le compromettre en adressant, de l’armée du Nord, une lettre impérieuse à l’Assemblée. En même temps, il écrivait au roi : « Persistez, sire, fort de l’autorité que la volonté nationale vous a déléguée : vous trouverez tous les bons Français rangés autour de votre trône. »

Le peuple de Paris comprit alors que le palais du roi était le centre où venaient aboutir les menées des réfractaires, les complots des émigrés, les intrigues de l’Europe, toutes les espérances factieuses. Deux coups terribles furent frappés sur la royauté: au 20 juin, au 10 août. Le 20 juin, premier avertissement au roi; le 10 août, anéantissement de la royauté.

Le 20 juin fut un soulèvement spontané du peuple, auquel Marat ni Robespiere n’eurent aucune part. Robespierre, qui s’était opposé à la formation du camp sous Paris, en était encore à prêcher le respect de cette constitution violée par le roi et qui livrait la France à l’ennemi. Pétion, maire de Paris, se contenta de laisser faire. C‘est Danton qui fut l’âme du mouvement par ses amis du faubourg Saint-Antoine, par le boucher Legendre, le brasseur Santerre, par Lacroix, Westermann, Panis, Sergent, Fournier l’Américain.

Le 20 juin au matin, des milliers d’hommes se mirent en marche vers l’Assemblée, lui apportant une pétition qui requérait des mesures énergiques. Après avoir défilé devant l’Assemblée, ils forcèrent la grille des Tuileries,

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montèrent l’escalier du palais, traînant avec eux un canon, enfoncèrent les portes de l’appartement du roi. Legendre apostropha Louis XVI : « Monsieur ! lui dit-il , écouteznous. Vous êtes un perfide; vous nous avez toujours trompés; vous nous trompez encore. Mais prenez garde à vous; la mesure est comble ; le peuple est las de se voir votre jouet. » Le roi resta impassible. « Je ferai, dit-il, ce que m’ordonnent les lois et la constitution. » 11 but à la santé de la nation et se coiffa du bonnet rouge; mais il refusa la sanction des décrets. Pétion survint alors, harangua le peuple et l’engagea à se retirer. Les manifestants s’en allèrent assez tristes, en se disant : « Nous n’avons rien obtenu : il faudra bien revenir. »

L’Assemblée, fidèle à ses principes monarchiques, désavoua l’insurrection. La cour reprit confiance : quand Pétion vint le lendemain rendre compte au roi de la situation de la capitale, Louis XVI lui dit : « Taisez-vous ! » et lui tourna le dos. Sergent, qui l’accompagnait, malgré son écharpe de conseiller municipal, fut injurié et frappé par des royalistes. Une pétition, portant vingt mille signatures, protesta auprès de l’Assemblée contre l’acte du 20 juin. Lafayette, quittant son armée, vint demander aux députés le châtiment des « Jacobins » . Malgré la réclamation de Guadet contre cette démarche étrange d’un général qui abandonnait son commandement, Lafayette fut admis aux honneurs de la séance.

Le danger grandissait à l’extérieur comme à l’intérieur : un double complot se poursuivait contre la liberté ; tandis que l’invasion s’organisait sur nos frontières , l’insurrection royaliste, dans le Midi et dans l’Ouest, se préparait. Les bourgeois de Quimper avaient dû réprimer une première tentative de chouannerie dans le Finistère; les campagnes du Languedoc étaient parcourues par un aventurier qui s’intitulait « lieutenant général des princes, gouverneur du Bas-Languedoc et des Cévennes » , et appelait les paysans à l’insurrection. A Strasbourg, on découvrait une

conspiration pour ouvrir la porte aux Autrichiens. Le margrave de Bade venait de leur livrer Kehl, c’est-à-dire le pont du Rhin ; le congrès des princes allemands, à Ratisbonne, refusait d’admettre notre envoyé; l’armée prussienne, renforcée des contingents de la Hesse-Cassel et de Saxe- Weimar, se disposait à franchir la frontière de Lorraine.

L’Assemblée finit par s’émouvoir. Jean Debry, au nom de la commission des Douze, avait appelé son attention sur les mesures à prendre en cas de danger de la patrie, spécialement pour le cas où ce danger « viendrait précisément du pouvoir exécutif ». Vergniaud prononça en cette occasion (5 juillet) un de ses plus éloquents discours : (( C’est au nom du roi, dit-il, que les princes français ont tenté de soulever l’Europe ; c’est pour venger la dignité du roi que s’est conclu le traité de Pilnitz; c’est pour venir au secours du roi que le souverain de Bohême et de Hongrie nous fait la guerre, que la Prusse marche vers nos frontières. » Et il montrait le roi usant de tous les moyens que la constitution mettait entre ses mains pour aider au renversement de la constitution.

L’Assemblée ne prit cependant aucune décision à l’égard de Louis XVI. L’anniversaire du 14 juillet fut célébré comme à l’ordinaire : seulement le roi remarqua la multitude de porteurs de piques accourus au Champ de Mars, l’ardeur avec laquelle ils criaient Yive la nation! 11 vit aussi, présage menaçant, des hommes qui portaient solennellement, enveloppée dans un voile, une chose qui reluisait sinistrement : c’était <( le glaive de la loi » .

Le 11 juillet, l’Assemblée avait proclamé l’avertissement solennel: « La patrie est en danger! » En conséquence, le 22 juillet, les gardes nationaux et les troupes parcoururent la ville en colonnes précédées de hérauts qui répétaient la formule sacrée. Les canons du Pont Neuf tonnèrent toute la journée, en signe d’alarme : le canon de l’Arsenal leur répondait. Le drapeau du « Danger de la patrie » déplova ses nlis immenses au fronton de l’Hôtel

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de Ville. La foule se pressait aux bureaux d’enrôlement. En même temps les fédérés de l’Ouest, du Midi, les Bretons, les Marseillais, commencèrent à affluer, ajoutant leurs ardeurs à l’excitation des Parisiens.

Sur toute cette fermentation belliqueuse le fameux manifeste du duc de Brunswick tomba comme une étincelle. Il résumait les accusations des rois contre la Révolution française et déclarait que les souverains alliés entendaient faire cesser l’anarchie, relever le trône et l’autel, rendre au roi ses prérogatives ; que les habitants qui oseraient se défendre seraient passés par les armes et leurs maisons démolies ou brûlées; que si Paris ne mettait pas le roi en liberté, toutes les autorités civiles et militaires seraient traduites en conseil de guerre; que si les Tuileries étaient insultées, les princes exerceraient une vengeance mémorable, livreraient Paris à une exécution militaire et à une subversion totale. Chose singulière, le manifeste, daté du 25, fut connu à Paris le 28. On ne s’en étonne plus quand on sait que c’étaient un agent du roi, Mallet du Pan, et un émigré, de Limon, qui, malgré Brunswick, y avaient fait insérer les phrases les plus violentes, et quand on lit ce billet de Fersen à la reine : « Vous avez le manifeste et vous devez être contente. »

Fersen, à cette époque, recommandait à la reine de se préparer à la délivrance et « d’emporter les diamants de la couronne ». La reine répondait: « Vous avez pu Juger par une précédente lettre combien il est intéressant de gagner vingt-quatre heures; je ne ferai que vous le répéter aujourd’hui, en ajoutant que, si l’on n’arrive pas, il n’y a que la Providence qui puisse sauver le roi et sa famille. » Elle continuait à révéler le secret des opérations françaises : « Il y a des ordres pour que l’armée de Luckner attaque incessamment; il s’y oppose, mais le ministère le veut. Les troupes manquent de tout et sont dans le plus grand désordre. »

L'infoiTunée Marie-Antoinette ne cachait pas à son entou-

rage ses imprudentes espérances : « Une nuit, raconte Mme Campan, comme la lune éclairait sa chambre, elle la contempla et me dit que, dans un mois, elle ne verrait pas cette lune sans être dégagée de ses chaînes. Elle* me confia que tout marchait à la fois pour la délivrer. Elle m’apprit que le siège de Lille allait se faire, qu’on leur faisait craindre que, malgré le commandant militaire, l’autorité civile ne voulût défendre la ville. Elle avait l’itinéraire des princes et des Prussiens ; tel jour ils devaient être à Verdun et tel jour à un autre endroit. »

Le peuple ignorait ces correspondances; il ne pouvait que les soupçonner ; mais un sûr instinct le guidait et lui montrait les Tuileries comme étant, en plein Paris, une place d’armes de l’invasion, la cour comme l’alliée secrète des Prussiens qui allaient ravager la Lorraine, des Autrichiens qui allaient bombarder Lille. Le jour même oû la proclamation de Brunswick fut connue, l’une des sections de Paris, la section Mauconseil, déclara : qu’il était impossible de sauver la liberté par la constitution; qu’elle abjurait son serment et ne reconnaissait plus Louis XVI pour roi. Sur les 48 sections de Paris, 47 votèrent la déchéance du roi.

L’Assemblée, sous la pression de l’opinion, licencia les corps d’élite de la garde nationale, qui étaient royalistes ou fayettistes, et enjoignit aux gardes suisses de sortir de Paris; mais, faute de prendre à temps une décision à l’égard du roi, elle laissa l’initiative au peuple. Le 8 août, elle commit une faute irréparable : par 406 voix contre 224 , elle repoussa la mise en accusation de Lafayette qui conspirait publiquement en faveur du roi.

Le 10 août ne fut pas une surprise : ce fut une lutte en plein soleil entre la royauté et la nation. On s’y préparait ouvertement, de part et d’autre, depuis trois longues semaines. Les deux faubourgs démocratiques, Saint-Antoine et Saint-Marceau, s’entendaient pour une action commune. Les anciens gardes françaises, mêlés au peuple, le for-

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maient au courage et à la discipline; les fédérés bretons et marseillais, pour la plupart anciens soldats, très aguerris, allaient former le noyau de l’insurrection.

La cour, de son côté, avait fait revenir secrètement les Suisses aux Tuileries : c’était une troupe d’élite d’environ 1500 hommes ; beaucoup des anciens gardes constitutionnels et plusieurs centaines de gentilshommes accoururent au château prendre leur part du danger. Le 9 août encore, la cour croyait pouvoir compter pour sa défense sur la Commune de Paris et sur le maire Pétion ; Mandat, commandant des gardes nationales, lui était acquis. Dans la soirée du 9, Mandat fit masser autour des Tuileries les bataillons qu’il croyait royalistes ou fayettistes , placer des canons au Pont Neuf afin d’arrêter les hommes du faubourg Saint - Marceau , occuper la place de Grève afin d’arrêter le faubourg Saint-Antoine. Mais, dans la nuit du 9 au 10 août, une Commune insurrectionnelle, composée des insurgés du 20 juin, se substitua à l’ancienne et s’empara de l’Hôtel de Ville ; Mandat, appelé à la municipalité, fut, à son retour, tué d’un coup de pistolet au coin d’une rue.

Aux Tuileries, la confiance, très grande d’abord, commença à diminuer ; les gentilshommes se défiaient des gardes nationaux ; ceux-ci, qui, en général, tenaient pour la royauté constitutionnelle, ne se souciaient pas de combattre avec les partisans de l’absolutisme. La reine, pour relever les courages, engagea le roi à passer les troupes en revue vers cinq heures du matin ; l’air fatigué et triste de Louis XVI, son silence glacèrent les cœurs ; plusieurs bataillons de gardes nationaux commencèrent à crier : Vive la nation ! d’autres : A bas le tyran ! Tous finireny; par abandonner le château, et quelques-uns allèrent même rejoindre l’insurrection. Louis XVI n’eut plus autour de lui, en cette journée suprême de la royauté, que les Suisses et quelques gentilshommes.

C’est alors, quand Paris s’ébranlait déjà, que Louis XVI

se laissa persuader par le procureur-syndic du département, Rœderer, de venir chercher un asile dans l’Assemblée. La reine l’y suivit. Elle n’avait pas encore perdu l’espérance : si ses partisans repoussaient l’attaque des insurgés, ils pourraient bien venir la chercher dans l’Assemblée même, et alors les rôles seraient changés ; ce serait l’Assemblée qui se trouverait à la discrétion du roi.

Vers huit heures arrivèrent devant les Tuileries les premières bandes d’insurgés, les plus impatients, les plus mal armés, les porteurs de piques. Ils s’engagèrent imprudemment dans la cour du Carrousel, furent accueillis par un feu roulant, et s’enfuirent en désordre, laissant trois ou quatre cents morts sur le pavé. Les nobles se crurent victorieux : déjà d’Hervilly courait aux Suisses, leur criant : « Ce n’est pas tout ; il faut vous porter à l’Assemblée, près du roi ; » déjà les députés, pénétrant les intentions secrètes de la cour, se préparaient au sacrifice de leur vie, et l’Assemblée se levant tout entière, d’un mouvement spontané, renouvelait le serment de mourir pour la liberté.

L’arrivée des Bretons, des Marseillais, des gardes nationaux armés de fusils, changea la face des choses. Ils mirent en position quatre pièces de canon et refoulèrent les Suisses dans le palais. Alors s’engagea la vraie bataille, acharnée, sanglante. Les assaillants étaient plus nombreux ; mais les Suisses, à l’abri dans le château, tiraient à coup sûr. Aussi ne perdirent-ils que 700 hommes, tandis que H 00 périrent du côté des Parisiens. A la fin les Tuileries furent enlevées et les Suisses pourchassés à travers le jardin et les Champs-Elysées. Louis XVI envoya l’ordre à ses gardes de cesser le feu, mais seulement quand le château fut forcé.

Le peuple victorieux demandait la déchéance du roi. L’Assemblée, sur la proposition de Vergniaud, se borna à décréter la suspension du pouvoir exécutif. Elle déclara qu’une nouvelle assemblée, la Convention, aurait à statuer sur le sort de la royauté.

J.e 10 AoûL

Le malheur fut que l’Assemblée, au lieu d’agir, s’était laissé traîner à la remorque des événements. La veille du 10 août, un décret prononçant la déchéance ou la suspension du roi eût évité l’insurrection. C’était à l’Assemblée de prendre l’initiative de ce grand acte de justice, et de ne pas la laisser à un pouvoir inférieur au sien, rival du sien, la Commune de Paris. Le renversement de la royauté ne pouvait être qu’un acte de souveraineté nationale; seule, l’Assemblée souveraine, issue des votes du pays tout entier, avait qualité pour l’accomplir. Ses funestes hésitations au lendemain de la chute de Roland, qui ne rappellent que trop celles de la Constituante au lendemain de Varennes, son désaveu du 20 juin, sa longanimité envers Lafayette qui osait lui parler en soldat du coup d’État, sa résistance au vœu le plus légitime de l’opinion, eurent un résultat funeste : l’affaiblissement de son pouvoir et de sa popularité. Elle ne fit pas le 10 août : elle n’eut plus qu’à le ratifier.

Par là grandit démesurément cette puissance nouvelle, anonyme, irresponsable, de la Commune, née dans la nuit du 10 août, et qui déjà tombait en des mains suspectes. Les Vergniaud, les Brissot, les Isnard, les Merlin de Thionville, les Jean Debry, n’auraient pas dû livrer une telle force à des Rossignol, à des Hébert, à des Bourdon, des Tallien et des Collot. Ces inconnus, ayant au front l’auréole du 10 août, transfigurés dans la gloire de cette journée, associés au plus grand événement du siècle, la chute de la royauté, et comme sacrés chefs du peuple et de la Révolution, se dressent en face de l’Assemblée qui a préparé la République et qui n’a pas osé la faire. Bientôt les municipaux s’adjoignent Marat, tiré de sa cave, Robespierre, sorti de sa retraite. Robespierre recueille les fruits de la victoire, lui qui s’est toujours opposé à la lutte, lui quia tout désapprouvé : le décret sur les réfractaires, et la déclaration de guerre, et la formation du camp de vingt mille hommes, et l’appel aux fédérés, et l’insurrection du

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20 juin; lui qui, à la veille du 10 août, prêchait encore le respect de la constitution !

Dès le lendemain du 10 août, on voit que le vainqueur ce n’est pas l’Assemblée. L’Assemblée ordonne que le roi sera mis au Luxembourg, c’est-à-dire dans un palais ; la Commune l’envoie au Temple, c’est-à-dire dans une prison. C’est la Commune qui enferme les Suisses à l’Abbaye, qui fait briser les statues des rois et les emblèmes de la royauté ; c’est à son profit qu’on supprime les attributions politiques du directoire du département, auquel elle était jusqu’alors hiérarchiquement subordonnée et dont l’effacement la laisse sans contrepoids.

Le peuple de Paris avait fait de grosses pertes pendant le combat : une partie du nouveau conseil municipal, Marat et autres furieux, l’excitaient à la vengeance, disant qu’il fallait « en finir avec l’ennemi ». On commença à craindre un massacre dans les prisons. Des députations menaçantes se succédaient à la barre de l’Assemblée. Les amis de Danton résistaient à cette propagande de meurtres. Le jacobin Choudieu disait : « Ceux qui viennent crier ici ne sont pas les amis du peuple ; ce sont ses flatteurs ! » et Thuriot prononça ces belles paroles : « La Révolution n’est pas seulement à la France ; nous en sommes comptables à l’humanité. »

Le ministère girondin avait été reconstitué, avec Roland à l’intérieur, Clavière aux finances, Servan à la guerre, Monge à la marine, Lebrun aux affaires étrangères. On lui avait adjoint un seul des inspirateurs du 10 août, Danton, nommé ministre de la justice. Danton proposa l’établissement d’un tribunal criminel, qui frapperait les plus coupables parmi les complices de la cour. Les jurés devaient être choisis par l’élection à deux degrés, comme les députés. « Que la justice des tribunaux commence, écrivait Danton dans une circulaire , et celle du peuple cessera. » Le tribunal entra en fonction le 19 et prononça trois condamnations capitales. En même temps l’Assemblée reii-

dit deux décrets rigoureux sur les émigrés, dont les biens furent placés sous séquestre ; sur les réfractaires, qui devaient être déportés dans les quinze jours.

Lafayette avait essayé de soulever contre l’Assemblée l’armée du Nord et avait fait arrêter trois représentants du peuple, le girondin Kersaint, les jacobins Antonelle et Péraldy ; il fut décrété d’accusation et s’enfuit avec ses amis Alexandre Lameth et Latour-Maubourg. Il n’échappa aux prisons de Paris que pour tomber dans celles de l’Autriche. Il devait expier par cinq ans de captivité, à Magdebourg et à Olmütz, le crime d’avoir commencé la Révolution et d’avoir combattu dans les deux mondes pour la liberté. Ses malheurs ont fait oublier aux libéraux les fautes qu’il commit en cette année 1792, quand sa fidélité au roi le rendit infidèle à la nation.

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