‹ Histoire de la révolution française, 1789-1799Chapitre 40 sur 73 · BATAILLE DE VALMY : L’INVASION REPOUSSÉE · texte numérisé non relu

BATAILLE DE VALMY : L’INVASION REPOUSSÉE

Périssent les hommes, et que la liberté vive! Ce cri était à ce moment celui de tous les patriotes. L’héroïsme de Beaurepaire vint, en cette épreuve terrible, consoler et exalter le cœur de la France. 11 avait traversé tout le pays, avec des volontaires de Maine-et-Loire, pour aller s’enfermer dans Verdun; en arrivant sur cette frontière, si profondément travaillée par les royalistes, ils firent d’avance le sacrifice de leur vie, chargèrent un patriote de porter leurs adieux à leurs familles et de dire « qu’ils étaient

L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

morts ». Presque aussitôt après rinvestissement de la

place une partie des bourgeois et le commandant militaire së préparèrent à livrer la ville. Beaurepaire tit au projet

A. RAMBAUD

î iS HISTOIRE DE LA REVOLUTiON FRANÇAISE.

de reddition une résistance énergique; quand il vit que décidément on capitulait, il se fit sauter la cervelle. Son sang rejaillit sur les traîtres et les marqua pour le châtiment. Tandis que leurs femmes et leurs filles allaient, vêtues de blanc, recevoir l’ennemi aux portes de la ville et offrir au roi de Prusse des fleurs et des dragées, un des volontaires de Maine-et-Loire, plutôt que de se rendre, se précipita dans la Meuse.

La trahison des notables de Verdun exaspéra les colères; l’exemple de Beaurepaire et de ses soldats enflamma les courages. C’est le moment du grand élan vers la frontière : chaque jour 1800 volontaires sortent de Paris. Sans cette tache des massacres, le mois de septembre 1792 serait un des plus beaux de l’histoire révolutionnaire. 11 vit la première victoire des Droits de l’homme, le premier triomphe de la France nouvelle sur la coalition des vieilles royautés, la première revanche des peuples contre l’oppression séculaire; et, au soleil de Valmy, l’enfantement splendide de la liberté européenne.

Contre l’ennemi du dehors, l’accord était complet entre tous les partis; tous furent admirables de patriotisme et d’abnégation. Les Girondins n’aimaient pas Dumouriez, qui les avait trahis, et pourtant ils le nommèrent général en chef; les Montagnards ne l’aimaient pas, et pourtant ils appuyèrent le choix; Danton ne l’aimait pas, et pourtant il lui donna pour conseils ses amis dévoués Fabre d’Eglantine, l’intrépide Westermann. Tous se rangèrent sous le commandement de celui qu’ils jugeaient l’homme nécessaire et s’accordèrent à lui mettre aux mains le glaive de la Révolution, l’épée libératrice qu’lsnard avait brandie aux Jacobins. Ils l’affermirent de leur confiance, l’exaltèrent de leur enthousiasme, firent cet aventurier digne de vaincre.

Tandis que Wimpfen se maintenait dans Thionville, Dumouriez s’empara des défilés de l’Argonne; il prédit qu’ils seraient « les Thermopyles de la France ». Quand

L’ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE

sa position fut tournée, il s’établit dans le camp de Sainte- Menehould, sur le flanc même de l’armée prussienne. Il s’y tint si ferme que rien ne put l’en arracher, pas même le mouvement des Prussiens, qui vinrent camper sur les collines de la Lune, coupant de Paris l’armée française.

Dumouriez, rejoint par Kellermann, se trouva commander 76 000 Français contre 70 000 Allemands : le 20 septembre au matin la bataille s’engagea. Brunswick et le roi de Prusse observèrent longuement la contenance de cette armée « de vagabonds, de tailleurs, de savetiers », qui, au dire des émigrés, devaient se disperser au premier coup de canon. Au contraire, ils enduraient avec le sangfroid de vieilles troupes le feu de soixante canons et y répondaient. Vers onze heures, les Prussiens se formèrent en trois colonnes et commencèrent à gravir le plateau de Valmy, occupé par Kellermann. Comme ils montaient ainsi, mitraillés sur leur flanc par Dumouriez, ils virent tout à coup une chose extraordinaire : trente mille hommes élevant dans un accès d’enthousiasme leurs chapeaux à la pointe des sabres et des baïonnettes, et couvrant la voix du canon d’un cri formidable : Vive la Nation! Brunswick n’osa risquer l’attaque et fit sonner le rappel. Le roi de Prusse, à son tour, voulut recommencer l’escalade : mais son infanterie, décimée par la mitraille, était encore plus troublée par ce cri formidable qu’on entendait là-haut et qui annonçait au monde le réveil des peuples.

Le soir, au bivouac, le grand poète allemand, Gœthe, qui accompagnait les troupes allemandes, dit à ceux qui l’entouraient : « En ce lieu et en ce jour a commencé une nouvelle ère de l’histoire du monde, et vous pourrez tous dire : J’ai assisté à sa naissance. »

Le lendemain, 21 septembre, pendant qu’à Paris la Convention se réunissait et, sans connaître encore la première victoire de la Révolution, proclamait l’abolition de la royauté, le roi de Prusse reprenait le chemin de la fron-

d48 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

lière. Le 22 septembre, l’Assemblée décrétait la République et ordonnait que les sceaux publics porteraient à l’avenir l’image a d’une femme appuyée d’une main sur un faisceau et tenant de l’autre une lance surmontée du bonnet de la liberté ».

La victoire de Valmy, ce n’était pas seulement l’invasion repoussée, la France sauvée, la République fondée : c’était aussi l’Europe ouverte à la France, les peuples saluant d’avance le drapeau tricolore, le monde entier agité d’un frémissement dont tous les trônes chancelèrent

Page 1