TRAHISON DE DUMOURIEZ
La lutte continuait entre Dumouriez, le conquérant de la Belgique, et Cambon, que soutenait toute la Montagne. Dumouriez ne voulait pas de la guerre révolutionnaire; or, c’est avec cette guerre seulement qu’on pouvait résister à l’Europe. Il négligeait de poursuivre les Autrichiens et de les jeter au delà du Rhin, laissait battre Custine et bloquer Mayence. Son armée découragée fondait entre ses mains. Il se croyait fort habile en négociant avec l’Autriche et l’Angleterre, qui le trompaient et complétaient leurs armements. 11 s’aliénait à la fois tous les partis de la Convention : Danton et les Girondins, qui demandaient la propagande armée; les Jacobins, qui visaient à l’établissement du gouvernement révolutionnaire; Cambon, qui voulait étendre à la Belgique son système financier.
Un échec que Dumouriez éprouva près d’Aix-la-Chapelle le força d’évacuer Liège, abandonnant les patriotes de cette ville aux vengeances de leur évêque et de l’Autriche : les Liégeois fugitifs accoururent à Paris, soulevant les colères du peuple contre Dumouriez.
Celui-ci se décida alors à prendre l’offensive, à tenter l’invasion de la Hollande : victorieux, il marcherait ensuite sur Paris et ferait la loi à la Convention. Le 12 mars, il écrivait une lettre menaçante, qui excita l’indignation de l’Assemblée. Le 18, il attaqua les Autrichiens à Neerwinden, dans une situation presque semblable à celle de Jemmapes ; mais il n’avait plus que 35 000 hommes contre 52 000. 11 fut complètement battu.
Alors il ne vit plus de salut que dans la trahison. Il eut des conférences secrètes avec le colonel Mack, délégué par le duc de Cobourg, promit de livrer aux Autrichiens Condé et Valenciennes, à condition qu’ils l’appuieraient dans sa marche sur Paris. Trois envoyés du club des Jacobins étant venus le trouver dans son camp, il leur dit nettement que la Convention était un tyran à 745 têtes, la République un vain mot, et qu’il allait rétablir la royauté avec la constitution de 1791. Dans sa pensée le roi devait être le duc de Chartres.
Dès que la Convention eut connaissance de ses projets, elle le somma de comparaître à sa barre. Sur son refus, elle envoya Beurnonville, ministre de la guerre, et les députés Camus, Quinette, Lamarque et Bancal. Ceux-ci lui présentèrent le décret qui le suspendait de ses pouvoirs. Dumouriez fit arrêter les représentants du peuple et les livra aux Autrichiens. Toutefois la démarche hardie des commissaires avait dérangé tous ses plans. Jusqu’alors il traitait d’égal à égal avec les Autrichiens; maintenant il fallait en passer par leurs exigences. Or Cobourg avait d’autres projets que Dumouriez : il voulait d’abord s’emparer de nos places frontières; ensuite, si l’on marchait sur Paris, donner le trône, non pas au duc de Chartres,
LA CONVENTION
mais au fils ou au frère aîné de Louis XVI. Dumouriez se rendit auprès de Mack, puis revint dans son camp, entouré de dragons autrichiens. A la vue des uniformes étrangers, ses soldats refusèrent de l’entendre. Il eut beau dire : « Mes amis, j’ai fait la paix. Nous allons à Paris arrêter le sang qui coule. » Un simple fourrier, nommé Fichet, sortit des rangs et cria : « Trahison! » Un soldat tira sur Dumouriez. Il fut obligé de fuir avec ses généraux orléanistes. Valence et le duc de Chartres (4 avril). Les soldats coururent d’euxmêmes à Condé, à Valenciennes, se jetèrent dans ces deux places et les mirent en état de défense.
Dumouriez était le troisième général qui essayait une rébellion militaire : Bouillé avait conspiré contre la Constituante, Lafayette contre la Législative, Dumouriez contre la Convention. Tous ces essais de coup d’État échouèrent également contre le patriotisme du peuple et de l’armée.