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LES INSURRECTIONS GIRONDINES ET ROYALISTES

L’expulsion des Girondins produisit les mêmes effets désastreux que la mort du roi. Après le 21 janvier, la Vendée ; après le 2 juin, la grande insurrection girondine.

Caen, Bordeaux, Lyon, Marseille, presque toutes les villes du Midi se déclarèrent contre la Convention. 11 y eut à un moment près de soixante départements insurgés. Certains députés girondins commirent alors un véritable crime contre l’unité nationale. Tandis que Vergniaud, Gensonné, Fauchet, Valazé et d’autres restaient à Paris, attendant leur jugement, résignés à leur sort, d’autres, enflammés des mêmes passions que les émigrés, organisaient la guerre civile. Guadet, Buzol, Pétion, Louvet, Barbaroux, Kervélégan soulevaient la Normandie; Meilhan et Duchâtel s’agitaient en Bretagne, Chasset et Biroteau à Lyon, Brissot dans l’Ailier, Bebecqui en Provence.

lis eurent alors la révélation de l’état réel de leur parti. Ils virent avec stupeur que, sous le drapeau républicain, à l’abri de leur modération girondine, c’étaient partout les royalistes qui, après avoir tenu la Bévolution en échec, se préparaient à la combattre avec l’appui de l’étranger. Partout où d’abord ils essayèrent d’agir au nom de leurs principes, ils se virent supplantés par les émigrés et les agents des princes. L’insurrection prétendue girondine du Calvados se mit sous les ordres du royaliste Wimpfen et de Puisaye, agent de l’Angleterre; dans les Cévennes, les paysans arboraient le drapeau blanc, prenaient Mende et Marvèjols; Lyon, tout à l’heure girondin, se remplissait de nobles, de réfractaires; Toulon allait être livré aux Anglais (27 août); Paoli les appelait en Corse.

Les Anglais bloquaient nos ports, affamaient les départements maritimes, jetaient des armes en Vendée, inondaient la France de faux assignats, afin de hâter la ruine de notre crédit. Toutes les armées étrangères faisaient un pas en avant : les Espagnols envahissaient le Roussillon; les Autrichiens prenaient Condé (15 juin) et Valenciennes (28 juillet) ; enfin Mayence succombait devant les Prussiens (22 juillet). Kléber et le représentant Merlin de Thionville, enfermés dans Mayence, ne recevant aucun secours de

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Custine et ayant consommé tous leurs approvisionnements, après trois mois de siège et un mois de bombardement, après avoir vécu sous une « voûte de feu », se décidèrent à capituler. La garnison française sortit de Mayence avec tous les honneurs de la guerre, avec ses armes, ses bagages et deux canons de campagne, musique en tête, drapeaux déployés et en chantant la Marseillaise. Les Allemands, parmi lesquels se trouvait alors le poète Gœthe, admirèrent la fière attitude des vaincus. Merlin fit aux Mayençais cette déclaration : <( Ce n’est pas la dernière fois que vous me voyez ici. » La garnison avait promis de ne pas servir d’une année contre la coalition; mais on allait pouvoir l’employer contre la Vendée, où elle s’illustra sous le nom de Mayençais ou de colonnes infernales.

GOUVERNEMENT DES MONTAGNARDS.-- LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC. LA LEVÉE EN MASSE. — LA TERREUR

La Convention, en face de tant d’ennemis, déploya une redoutable énergie. Dès le 10 avril, elle était revenue sur son décret du 15 décembre 1792, et avait déclaré que « la France ne s’immiscerait pas dans les affaires dçs autres peuples ». La constitution de 17C3, tout en constatant que (( le peuple français est l’ami et l’allié naturel des peuples libres », ajoutait: « 11 ne s’immisce point dans le gouvernement des autres nations ; il ne souffre point que les autres nations s’immiscent dans le sien. » La France renonçait donc à la guerre de propagande, mais pour concentrer tout son effort sur la guerre nationale.

Au cours des débats sur la constitution, Danton avait dit: a Mettons en réquisition 400 000 hommes ; c’est à coups de canon qu’il faut signifier la constitution à nos ennemis. C’est l’instant de faire un grand et dernier serment : que

U RAUBAUD.

nous nous vouons tous à la mort, ou que nous anéantirons les tyrans. »

Le 10 juillet, le Comité de salut public fut renouvelé dans un sens plus avancé. Des anciens membres il ne resta que Barère et Robert Lindet : on leur adjoignit Jean-Bon Saint-André, Hérault de Séchelles, Prieur de la Marne, Gasparin, Thuriot, Saint-Just, Couthon.

Une jeune fille de Caen, descendante de Pierre Corneille, Charlotte Corday, exaltée par les discours des proscrits girondins, se rendit à Paris, pénétra chez Marat et, le 13 juillet, le poignarda dans son bain. Elle fut exécutée quatre jours après. L’attentat commis par Charlotte Corday eut des conséquences funestes : il donna raison aux conseils des violents, hâta l’établissement du régime terroriste. 11 laissait Robespierre en présence de Danton. Marat était utile en ce sens qu’il maintenait un certain équilibre entre les deux autres triumvirs. Sa sœur répétait plus tard que « Marat aurait sauvé Danton ».

Or, le 27 juillet, au moment le plus critique, quand les mauvaises nouvelles arrivaient coup sur coup, du Nord, du Midi, de l’Ouest, du Rhin, quand l’extrême danger semblait justifier d’avance les mesures extrêmes, Robespierre entrait au Comité de salut public.

Sous l’impression de ces nouvelles, la Convention porta, le 26 juillet, peine de mort contre les accapareurs, et décréta, dans sa séance du 1®^ août, une série de mesures terribles: confiscation des biens de toutes les personnes mises hors la loi; jugement de la reine ; destruction des sépultures royales de Saint-Denis ; cours forcé des assignats sous peine des galères ; dévastation systématique de la Vendée, incendie des bois, des taillis, des genêts, des « repaires de rebelles » (c’est-à-dire des villes occupées parles insurgés). Le 7 août, la guerre contre l’Angleterre prend un caractère particulier de fureur par le décret qui déclare Pitt <( l’ennemi du genre humain ». La fête du 10 août, par laquelle on célébra l’acceptation delà consti-

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tution, eut un caractère de grandeur triste et tragique qui exalta encore les imaginations. Le 12 août, sur la proposition de Danton, les 8000 délégués des assemblées primaires, venus pour proclamer la ratification de la constitution, sont investis de pouvoirs extraordinaires à l’effet d’organiser la levée en masse.

La Montagne était bien maîtresse du pouvoir : mais dans la Montagne même se^ manifestèrent de nouvelles divisions, et la question vitale, la création d’un gouvernement uni et fort, n’en était pas plus avancée. On peut dire que, pendant les trois mois qui suivirent l’expulsion des Girondins, la défense nationale se trouva presque sans direction. C’est avec des troupes levées par eux-mêmes, en Dauphiné par Dubois-Grancé, en Auvergne par Couthon, en Normandie jjar Lindet, que les représentants en mission combattaient les rebelles. La ville de Nantes se protégeait toute seule contre l’insurrection vendéenne. Les Autrichiens n’avaient pas su tirer profit de leur succès de Valenciennes : ils s’attardèrent au blocus de Maubeuge et du Quesnoy, tandis que les Anglais assiégeaient Dunkerque ; mais, ces forteresses prises, toutes les armées ennemies pouvaient faire leur jonction et marcher en masse sur Paris.

Dès juillet, Danton invitait le Comité de salut public à se subordonner les ministères, à se constituer en gouvernement. (( Vous redoutez la responsabilité, disait-il aux membres du Comité; souvenez-vous que, quand je fus membre du conseil, je pris sur moi toutes les mesures révolutionnaires. Je dis: Que la liberté vive, et périsse mon nom ! »

Robespierre, à ce moment, ne voulait pas agir contre les héhertistes. Depuis la mort de Marat, Hébert, par son journal le Père Duchêne, avait acquis une influence énorme sur l’opinion. Le ministre de la guerre, Bouchotte, avait pour adjoint et pour secrétaire général deux amis d’Hébert, Ronsin et Vincent; et parmi les journaux dont la Convention avait décrété l’envoi gratuit aux armées, le

Père Duchêne, grâce aux ordres donnés par Vincent, tenait le premier rang. Robespierre, quoiqu’il n’aimât pas Hébert et son parti, ne se sentait pas assez fort pour renverser l’idole de la populace. D’autre part, il ne se souciait pas de constituer un gouvernement dans lequel il eût fallu partager le pouvoir avec Danton. Il ne voulait faire donner la dictature au Comité de salut public que lorsqu’il n’aurait à y craindre ni la rivalité des hébertistes, ni celle des dantonistes.

C’est seulement en août 1793, quand Robespierre eut pris la haute direction du Comité de salut publie avec ses amis Saint-Just et Couthon, quand les dantonistes Thuriot et Hérault de Séchelles en furent sortis, que les ressorts du pouvoir commencèrent à se tendre. Carnot entra au Comité le 14 août, un peu malgré Robespierre : mais tout le monde jugeait Carnot l’homme nécessaire pour la guerre, comme Cambon pour les finances.

Le 23 août, Barère vint à la Convention lire, au nom du Comité, un projet de décret sur la levée en masse, a La liberté, dit-il, est devenue créancière de tous les citoyens; les uns lui doivent leur industrie, les autres leur fortune ; ceux-ci leurs conseils, ceux-là leurs bras ; tous lui doivent leur sang. Ainsi donc, tous les Français, tous les sexes, tous les âges, sont appelés par la patrie à défendre la liberté. Toutes les facultés physiques ou morales, tous les moyens politiques ou industriels lui sont acquis ; tous les métaux, tous les éléments sont ses tributaires. Que chacun occupe son poste dans le mouvement national et militaire qui se prépare. Les jeunes gens combattront ; les hommes mariés forgeront les armes, transporteront les bagages et l’artillerie, prépareront les subsistances ; les femmes travailleront aux habits des soldats, feront des tentes et porteront leurs soins hospitaliers dans les asiles des blessés ; les enfants mettront le vieux linge en charpie, et les vieillards, reprenant la mission qu’ils avaient chez les anciens, se feront porter sur les places publiques; ils en-

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flammeront le courage des jeunes guerriers, ils propageront la haine des rois et l’unité de la République. Les maisons nationales seront converties en casernes, les places publiques en ateliers; le sol des caves servira à préparer le salpêtre ; tous les chevaux de selle seront requis pour la cavalerie, tous les chevaux de voiture pour l’artillerie ; les fusils de chasse, de luxe, les armes blanches et les piques suffiront pour le service de l’intérieur. La République n’est qu’une grande ville assiégée, il faut que la France ne soit plus qu’un vaste camp. »

En conséquence, il fut décrété que tous les citoyens non mariés ou veufs sans enfants partiraient les premiers, et se rendraient immédiatement au chef-lieu de district, où ils s’exerceraient tous les jours en attendant l’ordre du départ. Chaque district formerait un bataillon dont le drapeau porterait cette inscription : a Le peuple français debout contre les tyrans. » La réquisition fut à l’ordre du jour. On recruta les armées avec les réquisitions d’hommes, on les nourrit avec des réquisitions de vivres. (Mignet.)

Partout aux frontières menacées, aux portes des villes rebelles, investis de pouvoirs illimités, le sabre nu au côté, avec le panache et l’écharpe tricolore, se montrèrent les représentants en mission. Sans distinction de partis, ces envoyés, qui portaient avec eux l’enthousiasme ou la terreur, firent preuve d’un courage intrépide, domptant les mauvaises volontés, forçant les « aristocrates » à nourrir, à équiper les armées, faisant le coup de fusil comme des soldats, pointant le canon, couchant sur la terre nue, marchant à l’assaut des retranchements ennemis. Il faut citer Merlin de ïhionville dans la défense de Mayence et la campagne de l’Ouest; Bourbotte en Vendée; Philippeaux, qui pacifia et sauva Nantes; Briez, qui résista quarante jours dans Valenciennes; Duquesnoy, qui combattit à Wattignies ; Chasles, qui fut blessé d’un obus au combat de Werwick ; Baudot, J. -B. Lacoste, Lebas, Saint-Just, aux armées du Rhin ; Dubois-Crancé, à l’armée des Alpes ;

Soubrany et Milhau, aux Pyrénées; Fabre, qui s’y fit tuer; Ricord, Salicetti, Robespierre jeune, devant Toulon; Couthon, intrépide, quoique paralysé des deux jambes, devant Lyon; Victor Hugues, aux Antilles.

On fondit des canons avec les cloches des églises, des balles avec le plomb des cercueils: on fabriqua de la poudre en extrayant le salpêtre des étables. Les grands chimistes Fourcroy, Monge, Rerthollet mettaient la science au service de la liberté, inventaient de nouveaux procédés pour travailler le bronze, l’acier, les poudres. Carnot trouva la seule tactique qui convînt à l’inexpérience des soldats et à leur enthousiasme: la guerre toujours offensive, l’élan par grandes masses, les charges à la baïonnette. Assisté de deux autres membres du Comité, Lindet et Prieur de la Côte-d’Or, il fut, comme on l’a appelé, V organisateur de la victoire. 11 finit par mettre 1 200 000 hommes sur pied.

L’élan patriotique de 1792 n’avait pas faibli en juillet 1795; seulement, après tant d’illusions perdues, devant .les réalités terribles d’une guerre non plus de propagande, mais de défense, les esprits étant assombris par les horreurs de la guerre civile, le patriotisme avait pris une teinte plus sévère. Les ardeurs du départ étaient calmées, et la nécessité des suprêmes sacrifices apparaissait à tous. Deux épisodes touchants nous montrent comment l’amour de la patrie enflammait tous les âges. L’un de ces épisodes se rattache à la guerre civile de Vendée, l’autre à la guerre civile du Midi, et deux jeunes enfants en furent les héros.

Joseph Bara, de Palaiseau, avait à peine quatorze ans quand il s’engagea, non comme tambour (la légende est sur ce point démentie par l’histoire), mais comme volontaire de hussards, à l’armée de l’Ouest. Un jour, il tomba dans un parti de Vendéens : « Crie Vive le Roi, ou tu es mort! » lui disent les rebelles. — « Vive la République ! )) cria l’enfant intrépide, et il expira.

En juillet 1793, les royalistes du Midi marchant sur

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Avignon arrivent au pont de bateaux sur la Durance : les républicains, trop peu nombreux, ne peuvent le défendre et décident de couper le câble qui retient les pontons. Mais qui osera tenter l’opération sous la grêle de balles? On demande un homme de bonne volonté : un enfant se présente, Joseph Viala, âgé de treize ans. On repousse son offre, mais il s’échappe, saisit une hache et court au câble. Il avait déjà commencé à l’entamer : une balle royaliste l’étend raide mort. Quand on apprit cette nouvelle à sa mère, elle pleura d’abord, mais, se raidissant contre sa douleur : « 11 est mort pour la patrie ! » dit-elle.

Bara et Viala, bien qu’ils aient été frappés dans une guerre civile, sont morts pour la patrie ; car la patrie était aussi cruellement déchirée par les royalistes de l’Ouest et du Midi que par leurs alliés, les Autrichiens et les Anglais ; le devoir civique de combattre les rebelles était tout aussi impérieux . Bara et Viala auraient mérité de mourir dans une autre guerre, en conquérant quelque drapeau allemand ou britannique, mais le malheur des temps ne laissait pas le choix aux dévouements. La Convention, au nom du pays pour lequel avait coulé leur sang innocent, vota des fêtes funèbres pour honorer leur mémoire. Le poète Chénier, dans son Chant du Départ dont Méhul fit la musique, a uni ces deux noms pour l’immortalité. Voici la strophe qu’en 1794, à la fête du 14 juillet, chantait le chœur des enfants :

De Bara, de Viala le sort nous fait envie.

Ils sont morts, mais ils ont vaincu ;

Le lâche accablé d’ans n'a point connu la vie :

Qui meurt pour le peuple a vécu.

Cependant à Paris, le peuple, déjà irrité par les nouvelles de la frontière, subissait une double excitation. La cessation des affaires avait amené pour les ouvriers une misère inouïe ; littéralement, ils manquaient de pain ; ils ne recevaient plus de salaire, et le prix des denrées mon-

tait chaque jour. D’autre part, les royalistes, dans les théâtres, dans la rue, affectaient de provoquer les sansculottes. Au Théâtre-Français, ils applaudissaient Paméla, où se trouvait un éloge de l’Angleterre; au théâtre du Lycée, Adèle de Sacy^ qui était la mise en scène de l’histoire de la reine. A ce moment arrive à Paris la nouvelle de la perte de Toulon, livré à l’amiral anglais Hood par les royalistes.

Le septembre, le club des Jacobins demanda la création d’une armée révolutionnaire pour l’extermination des ennemis de l’intérieur, et l’établissement du maximum.

Le 4 septembre, dès cinq heures du matin, la foule se rassemble sur la place de Grève, en criant: Du pain! du pain! Une table est posée sur la place et l’on signe une pétition à la municipalité ; puis l’Hotel de Ville est envahi à ce cri lugubre : Du pain! Le procureur de la commune, Ghaumette, court à la Convention et en revient avec la promesse que le prix du pain va être fixé. L’arrivée d’une députation du club des Jacobins achève de calmer la foule : elle se disperse. Mais les Jacobins prennent l’engagement de porter le lendemain une pétition à la Convention.

Le 5, la Convention, présidée par Robespierre, délibérait sur une proposition de* Merlin de Douai concluant à une organisation plus expéditive du tribunal révolutionnaire, lorsqu’une députation de la Commune se présente à la barre. Le maire Pache dénonce les accapareurs; Chaumette demande l’organisation de l’armée révolutionnaire qui parcourra les départements, accompagné d’un tribunal et de la guillotine. A peine ont-ils parlé, qu’une foule énorme d’hommes, de femmes, d’enfants envahit l’assemblée, aux cris de Vive la République! mort aux accapareurs! La passion populaire réveille celle de l’Assemblée. Moyse Bayle, Billaud-Varennes, Bazire, Léonard Bourdon se succèdent à la tribune. Danton y monte à son tour, et d’une voix tonnante, aux applaudissements du

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peuple, appuie toutes les motions révolutionnaires, propose de les formuler en décrets. Thuriot essaye de modérer les violents : « La France n’est pas altérée de sang, s’écria-t-il; elle n’est altérée que de justice. » Mais Barère prononce le mot qui exprime la situation : « Plaçons la terreur à l’ordre du jour! »

En effet, c’est de ce jour de colère et d’effroi que date la Terreur. Coup sur coup la Convention décrète : l’organisation d’une armée révolutionnaire, sorte de maréchaussée républicaine, qui sera chargée de comprimer la contre-révolution, d’assurer le service des subsistances et l’exécution des lois; la peine de mort contre quiconque trafiquera des assignats; la division du tribunal révolutionnaire en quatre sections, afin d’accélérer la justice ; le renvoi devant ce tribunal des Girondins détenus ; le renouvellement des visites domiciliaires et l’arrestation des suspects ; l’épuration des comités révolutionnaires ; une solde de trois livres par jour aux membres de ces comités et de quarante sous aux citoyens qui seront assidus dans les sections. Ce formidable ensemble est complété, le 17 septembre, par la loi des suspects. Cette loi réputé suspect quiconque s’est montré partisan de la royauté ou du fédéralisme, quiconque ne justifie pas de l’accomplissement de ses devoirs civiques, tous les ci-devant nobles qui n’ont pas fait préuve d’un constant attachement à la République, tous les fonctionnaires destitués. Le 29, la Convention décrète l’établissement du maximum.

Une dernière fois, il est question d’adjoindre Danton au Comité de salut public. Mais Danton, qui venait de se remarier dans une famille royaliste, répugnait au fardeau trop lourd du pouvoir. 11 était opposé aux mesures violentes : à la mort des Girondins, dont on instruisait alors le procès; à la destruction de la Vendée, que Ronsin livrait à l’extermination, sans vouloir distinguer entre les insurgés royalistes et les communes patriotes qui s’étaient défendues contre eux. C’est par humanité que Danton se

perdait. Malgré son attitude dans la séance du 5 septembre, on commençait à soupçonner en cet orateur si violent le chef secret des modérés.

La place que Danton laissait vide au Comité, deux hommes nouveaux l’occupèrent en septembre : Billaud-Varennes et Collot-d’Herbois, qui étaient comme la personnification de la Terreur et qui allaient imposer aux répugnances de Robespierre lui-même la continuation de ce régime. Ce funeste renoncement de Danton marque un point décisif dans l’histoire de la Révolution : il se laissa mettre en dehors du gouvernement qu’il avait fait constituer et, par aversion contre certaines mesures de la Terreur, s’ôta tout moyen de l’enrayer.

C’est à cette époque que le Comité de salut public apparaît définitivement constitué tel qu’il resta jusqu’à la chute de Robespierre. Carnot, Lindet, Prieur de la Côted’Or étaient chargés de la guerre ; Cambon, des finances ; ils formaient le groupe des gens d'examen ; Collot-d’Herbois, Rillaud-Varennes, avaient la direction des représentants en mission, Barère les rapports à l’Assemblée : ces trois hommes formaient le groupe des gens révolutionnaires, Prieur de la Marne et Jean-Bon Saint-André étaient constamment en mission. Sur le tout planait la pensée politique du moment, le groupe des gens de la haute main, Robespierre en trois personnes, c’est-à-dire Robespierre, Saint-Just, Couthon. Tel fut ce fameux Comité qui fut pendant près d’une année l’effroi de l’Europe.

Le 14 septembre, le Comité de sûreté générale avait été réorganisé. Il se composait, à la fin de 1793, de Vadier, Lavicomterie, Amar, Élie Lacoste, Dubarran, Jagot, Louis (du Bas-Rhin), Voulland, Moyse Bayle, et de deux amis de Robespierre, Lebas et le peintre David. Le parti de Robespierre dominait au tribunal révolutionnaire avec le présisident Herman, le vice-président Dumas, le juge Coffinhal, les jurés Duplay, Nicolas, Souberbielle, Renaudin, Topino- Lebrun. Aux Jacobins, depuis la retraite des Girondins, il

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était si bien le maître, que plus tard il y fera rayer Anacharsis Gloots, et que Danton et Camille Desmoulins ne pourront s’y maintenir que par sa protection. Dans la Commune de Paris, son autorité était encore tenue en échec par les hébertistes.

Le 10 octobre, sur la proposition de Saint- Just, la mise en vigueur de la constitution fut ajournée ; on décrète le maintien du « gouvernement révolutionnaire » jusqu’à la paix générale.

Revenons aux luttes militaires et voyons quel fut sur les insurrections girondines et royalistes, sur la guerre de Vendée, sur les opérations aux frontières, l’effet de ces terribles mesures de « salut oublie ».

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