‹ Histoire de la révolution française, 1789-1799Chapitre 5 sur 73 · L’ADMINISTRATION DES PROVINCES · texte numérisé non relu

L’ADMINISTRATION DES PROVINCES

Dans les provinces, les gouverneurs, tous gens de haute noblesse, très largement appointés, se bornaient à présider, dans les pays d'états, les sessions des assemblées provinciales ; le reste de l’année, ils résidaient à la cour. Le véritable représentant du roi, c’était ï intendant. Investi d’attributions beaucoup plus étendues et plus variées que les préfets d’aujourd’hui, il les exerçait, sauf dans les pays d'états, avec une autorité absolue. 11 n’était responsable qu’envers le roi et les ministres. Impôts, armée^ routes, industrie, commerce, justice, tout relevait de son autorité. Sous les ordres des intendants se plaçaient les sous-intendants appelés subdélégués, simples commis des intendants, nommés et révoqués par eux. « Sachez, écrivait d’Argenson, que ce royaume de France est gouverné par trente intendants : ce sont trente maîtres des requêtes, commis aux provinces, de qui dépendent le malheur ou le bonheur de ces provinces, leur abondance ou leur stérilité. )> Les trente intendances ou généralités se subdivisaient en 8 pays A' états et H 8 pays privés A' états. Les provinces étaient Aoncles unes privilégiées, les autres arbitrairement gouvernées. Le royaume était partagé par des lignes de douanes. L’Alsace, la Lorraine, les Trois-Évêchés (Metz

Toul, Verdun) avaient des douanes du côté de la France et n’en avaient pas du côté de l’Allemagne. Les provinces n’étaient pas astreintes au meme régime d’impôts : la Lorraine n’était pas soumise à la capitation; l’impôt du vingtième était moins lourd en Lorraine, en Alsace et en Franche-Comté que dans le reste de la France. Ces diversités administratives entretenaient le souvenir des anciennes divisions. La Bretagne invoquait encore le contrat de mariage d’Anne de Bretagne ; la Lorraine regrettait ses ducs, la Franche-Comté son ancienne indépendance, la Flandre ses franchises municipales. Les paysans d’Alsace payaient l’impôt à la fois au roi de France et aux princes allemands possessionnés dans la province. La France n’était pas encore une patrie. Dans les provinces éloignées, quand on allait à Paris, on disait : « Je vais en France. »

Page 1