‹ Histoire de la révolution française, 1789-1799Chapitre 50 sur 73 · EXÉCUTIONS EN OCTOBRE, NOVEMBRE ET DÉCEMBRE · texte numérisé non relu

EXÉCUTIONS EN OCTOBRE, NOVEMBRE ET DÉCEMBRE

Il semblait qu’après les victoires de Hondschoote et de Wattignies, la France était en mesure de vaincre sans s’astreindre au régime de la Terreur. Danton et ses amis le pensaient. Robespierre parut un instant incliner vers les indulgents. On commentait la modération relative de ses amis personnels : de Coulhon à Lyon en octobre, de

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son frère à Toulon et à Marseille en décembre. On la comparait avec la rigueur excessive des représentants par lesquels le Comité de salut public les avait remplacés.

Un incident significatif avait eu lieu le 3 octobre : Amar, du Comité de sûreté générale, apportait à la Convention son rapport contre la Gironde; d’un geste menaçant il fit fermer les portes et proposa la mise en accusation de 73 Girondins qui, au lendemain du 31 mai, avaient signé une protestation contre l’expulsion de leurs collègues. Ils allaient être envoyés au tribunal révolutionnaire, lorsque Robespierre intervint, les sauva. « La Convention ne doit pas multiplier les coupables, dit-il; il suffit des chefs; s’il en est d’autres, le Comité de sûreté générale en présentera la nomenclature. » Grâce à Robespierre, les 73 furent simplement mis en état d’arrestation. Dans celte clémence presque royale, plusieurs entrevirent un plan qui aurait consisté à prendre appui sur la docilité de la Plaine pour maîtriser la Montagne. Alors Collot, Rillaud, s’appliquèrent à démontrer au Comité que sans la Terreur on ne pourrait ni contenir les royalistes, ni assurer les réquisitions, ni maintenir la loi du maximum et le cours forcé des assignats. Robespierre, s’il eut une velléité de clémence, y renonça : c’est alors qu’il signa avec ses collègues le décret qui vouait Lyon à l’anéantissement.

Les exécutions continuèrent à Paris. Le jour même où les Autrichiens étaient battus à Wattignies, la reine Marie- Antoinette d’Autriche montait sur l’échafaud. Puis vint le tour des Girondins arrêtés après lé 31 mai et dont la détention était devenue de plus en plus rigoureuse. Le 31 octobre, vingt et un d’entre eux furent exécutés. Nul spectacle plus cruel que de voir périr ainsi des hommes par qui la royauté était tombée, par qui la république avait été fondée, ceux qui furent les pères de la patrie, les meilleurs de leur parti, car ils étaient innocents des révoltes girondines, et plusieurs, par respect pour la loi, avaient refusé de quitter leur prison.

LA CONVENTION

Ce jour-là moururent Vergniaud, dont l’éloquence avait (ant de fois, en 1792, fait rentrer la terreur dans le palais des rois, en 1793, apaisé les orages de la Convention; Brissot, qui avait appelé l’Europe à la liberté et qui employa ses derniers jours à rédiger un mémoire sur l’émancipation des noirs ; l’évêque Fauchet, qui le premier avait juré la constitution civile du clergé et l’un des premiers, dans la Bouche de fer^ demandé l’abolition de la royauté; Gensonné, Valazé, Fonfréde, Ducos et tant d’autres, libres esprits, grands citoyens, ardents patriotes, humains et purs entre tous. La veille de leur exécution, ils se réunirent dans un banquet fraternel, le dernier repas des Girondins. Yalazé se perça le cœur d’un stylet : on chargea son cadavre sur la charrette qui emmenait ses compagnons à l’échafaud. Tous les autres allèrent au supplice, l’amour de la République dans le cœur, la Marseillaise sur les lèvres, inébranlables dans leur foi à la France, au progrès, à la liberté.

Quelques jours après (8 novembre), Roland, condamnée à mort, refusa le poison que lui offrait une main amie, voulut mourir au grand jour, souverainement dédaigneuse de ceux qui croyaient servir la liberté par de telles barbaries. Roland ne put lui survivre : il quitta son asile de proscrit pour ne pas compromettre son hôte, alla se tuer sur la grand’route. On trouva sur lui un billet ainsi conçu : « Qui que tu sois, toi qui me trouves gisant, respecte mes restes : ce sont ceux d’un homme vertueux. » Condorcet, l’auteur du premier plan d’éducation nationale, un des plus grands esprits de ce temps, périra également par suicide (9 avril 1794). L’extermination de la Gironde fut complétée par l’exécution de Rabaut-Saint-Étienne et de Kersaint (décembre 1793).

On frappa aussi les vaincus du parti constitutionnel : par une froide matinée d’automne, le 11 novembre, on amena au Champ de Mars, pour expier le sang versé au 17 juillet 1791, l’homme dont la parole en juin 1789 avait

2i2 HISTOIRE DE LA RÉVOLUTION FRANÇAISE.

fait reculer la royauté toute-puissante, celui qui prêta le premier le serment du Jeu de Paume, qui le premier présida une Assemblée nationale et fut le premier maire de Paris. Comme les mains du vieillard tremblaient : « Tu trembles! lui dit un des assistants. — Mon ami, répondit paisiblement Bailly, c’est de froid. »

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