‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 106 sur 117 · LIVRE TilElZi£H · texte numérisé non relu

LIVRE TilElZi£H

■ de la tribune, el qu'il ne se sentait plus au moment où t. il commençait à parler, h

Ces traits de pinceau doaaés par une main étrangère sont la ressemblance vraie des portraiU q^e la postérité chercbe dans l'bistoire. Celui de la grande figure de ce temps, Mirabeau, acquiert des traite el des couleurs de plus souB la main de ce témoin et de ce c«Dfiden( de sa domesticité.

• Mirabeau, ■ dit-il, « avait quitté alors son bôtei garni, u et s'était logé à la Cbaussée-d'Anlin, dans une maison u qu'il décora comme un boudoir. Son goùtpour le luxe n'ait Tsil jamais pu se satisfaire dans les circonstances étroîLes u où il avait vécu. Hais U aimait le plaisir el le faste, les » meubles élégants, une table somptueuse, une compagnie

■ assidue et nombreuse. Il ne faut pas s'imaginer cepen- « dani que notre société intime, composée de CbamforI, Il conseiller, de Nume de Pellenc, son secrétaire, de Pen- ■> chaud, de Clavières, de Duroveray, de Reybaz, tous, à « l'exception de Pellenc, Genevois comme mol, fût toujours >• tranquille. J'avais souvent à réconcilier Mirabeau et ses « collaborateurs dans des querelles de vivacité où ils se u reprochaient mutuellement leur négligence dans le [rau vail ou ies défauts de leur caractère. Une maîtresse u jevne» belle, impérieuse et avide, madame Lcjay, femme

■ * d'un libraire du Palais-Royal, avait succédé dans, le cœur u de Mirabeau à cette charmante Hollandaise, madame de « Mébéra, qu'il avait délaissée, et dout il élevait dans la

■ maison un fils âgé de six ans. Madame Lejay publiait le u Courrier dt Praveace, journal dirigé par Mirabeau, par u Dnroveray-ct par Dumont. ÎUlirubeau lui aFait remis sa u part de béBéfice dans cette entreprise h. la fois politique « et luorativ«. Des dilTêrends s'élevèrsitt.Âyr.: les parts 4> d'émoluments entre madame Lejay e.t lies. vpllttbw«t«urs

■ de Ilirabeatt. Dominé âouverainemelit pat- cette femme,

■ Mirabeau tremblait devant l'énergie de son caractère M plus ïfuV n'ètafl asservi par sa beauté. Il subissàit^à re-

* grt**lé' joug de cette maltresse impérieuse; souvent « réfèltê, toujours' reconquis, les colères et les exigences â deceflé'liaisohagitftienï et égaraient sa vie. '■'Après l'abolitioil des tît^s de noblesse, il avait con- « tinué à'portef le sien. Le peuple même, fier de l'aristo- « 'crfftie de ^on Idde, lui donnait le litre de comte et lu!

■ pardonnait son faste. « — Mirabeau est bien mal con- « seitlé, ■ disait Dumont à Claviéres, ■ en étalant ainsi u son opulence récente et suspecte : on dirait qu'il a peur •■ de passer pour un honnête homme ! » Il souffrait souvent

* de ses excès de travail et de plaisir; il s'en plaignait à

■ ses amis. ■ — Si je croyais au poison, » leur disait-il,

■ je ne douterais pas que je suis empoisonné. Xe me sens « dépérir; je me consume à petit feu. i> — Je loi fis lib- •I server, » ajoute Dumont, « que son genre de vie aurait << tué depuis longtemps tout homme moins robuste que

■ lui. Pas an moment de repos depuis sept heures du ma- K tin jusqu'à dix ou onze heures du soir : conversations « continuelles, agirations d'esprit et de tontes tes passions, u régime imprudent, excès de table (c'est-à-dire d'àliménts

■ succulents, car il était modéré dans l'usage des liqueurs). « —Ilfaudraitque vous fussiez une salamandre,» liiidisai»- « je, pour vîvre dans ce feu dévorant sans vous consumer." i II faisait alors des projets de retraite, comme en Ibnt •• tous 1«s hommes d'État, tous les ambit!«Ux dans leurs « moments de' llitigae et d'ennui. L'échauffement de son « sang it inaAÎfestait à cette époque par des opMhali liiiés. Je l'ai tu, depuis qu'il était président, se faire " appliquer' des' sangsues dans l'îniervalle de la séance du

* matin à' celle di soir, et se reridre à l'Assemblée le cou

.Coogle

UVBE TREIZWS^. 3St.

■ enveloppé de \i,Vigfis pQur élf^iclier. l«s reehes^ ^ ton • san«., .

« Quand^ftous nou» quUtâmes, il iit'eni|»rq?^a .^vec une •I émotion qup je ne lui avaisjaniBis vue. <w-7.Je mowrAià u la peine, monbon.ami, » medtl-il, .'<no1]s,n;ep01lB^eTe^- * roDS peut-Ëlre pas. Quand je Qe serai plus, jjafiauFa.ce « .que je yat»K. L^ nialbeurs t\ae j'ai, arrêtés fondront de u toutes parts sur la France : cette {action crinjioelle, qui •I tremble devant moî, n'aura plus de frein. Je n'ai devant «les yeu)^ qiic des prophéties de malheurs. Ahl mon aqii,

■ que «pus avions raison quaod nous avons voulu, ééa le " coiniaei)cementf empêcher les communes de se déclarer « Assemblée. nationale! C'est là l'orisine du mal. Depuis « qu'ils QQt remporté cette victoire, ils n'ont cessé de s'en <i. montrer indignes... Ils ont voulu gouverner ie roi au V lieu de gouverner par lui; mais bientôt ce ne sera ni eux •I ni lui qui gouverneront : une vile faction de démagogues 0. (les Jacobin^ les dominera tous et couvrira la France «.(j'horreurst... «

«Ah tribune, il était impassible. Ceux qui l'imt vu •> sayen,t que les flots roulaient autour de lui sans L'émou- « voir, et que même il restait maître de ses passions au « jniliflu de toutes les injures. Je me souviens.de l'avoir Il entendu prononcer un rapportsur la ville de Marseille : •> chf^que mpt était interropipu de la part du côté droit par u des injures ; il entendait autour de lui retentir les mots « de calomniateur, dejnenleur, d'assassin, de,seélérat,' de u toifte l'iéloqvenee des halles. Jl a'arréta un moment} et u. s'atjfesgont.jaux pln|S furieuK, d'une voix nùçUwise : H — r4'attejids,messieurâ.queçe9améiiités8oieQXépui«j^.n •I Et il con,tiDua tranquillement. coauna^ on Iw eù(. fait •• l'accueil le pluaifoïor-a^e. Il^^ ae cr,ut j#q)si8,prov^aé « au .po.inl d'i^^îeç. 1^ t)if naéaace^ oiafiOins- Maisee qui

m LUS CONSTITVAHTS.

t lui manquait cojnine orateur politique, c'était l'art de la > discussion dans les matières <jui l'exigeaieal ; il ne savait Il pas embrasser une suite de raisoanemeots et de preuves; f il ue savtiit pas réfuter avec iaétliod« : aussi était-il rén duit è abandonner des motions importantes lorsqu'il K.BV)iitlu son discours, et, après une entrée briUante, H " disparaissait et laissait le champ à ses adrorsair^. Bar- H ua«e Était plus armé de dialectique et suivait pied à pied Il les raisoBuements de ses antagonistes, mais il n'avait i> point d'imagination, de cotons, de traits, ni par eonséu que^t de véritable éloquence. Comme on faisait un jour K le parallèle de ses talents didactiques et des laloits ora- « toires de Mirabeau, quelqu'un dit : « — Comment peutez- •1 vous comparer cet espalier artificiel à un arbre en plein u vent qui se déploie dans toute sa beauté naturelle? * Il >i est sûr que ces deux hommes n'élaîeot ipas de la même H trempe; mais Mirabeau sentait bien son câté faible, et H un jour qu'il avait parlé dans ce ^nre de réfutation avec « peu de succès, il nous disait : « — Je vois bien que, pour « improviser sur une question, il faut conuneneer par la « bien savoir. ■

« I^ voix de Mirabeau était pleine, màleet sonore; elle » .rempUssait l'oreille et la flattait. Toujours smtenne, V nwis flexible, il se faisait aussi bien entendre en la bais- H sant qu'eu l'élevant ; il pouvait parcourir toutes les n notes, et prononçait les finales avec tant de soin, qn'on

■ ue. perdait jamais 1^ derniers mots. Sa manière ordi- « naire.élailunpeu.lraloaBte; il commençait avee quelque

■ embarras, hésitait souvent, de manière 'A eseiter'l'inté- <i rét; on le voyait, pour ainsi dire, chercher l'expression D la plus convenable, écarter, choisir, peser les termes, B ju»qu'^ ce <tn'il se (ùl animé et qne les sonfilets de la

■ iorge fusseRt c« fonctimt. Oitns les moments les plus

rjTXE TREIZIEME. SSS

K impétaenx, le smliment qui lui faisait appuyer sur les Il mots poor en exprimer la force l'empêchait d'être rapide.

I II ftiut un grand mépris pour la vainbilité française et n la fausse cbaleur, qn'il appelait les tonnerres et les i lempites ie l'Opéra. Il n'a jamais perdu la gra'vilé d'un ' sénateur, et son défaut était peut-être, à son début, un x peu d'apprêt et de prétention ; il relefait la tête avec H trop d'orgueil et marquait quelquefois son d^ain jUS' u qu'à l'insoleucc. Ce qui est incroyable, c'est qu'on lui ■ faisait parvenir ku pied de la tribune, ou à la tribune •• ffléme, de petits billets au crayon (comme il s'en écrivait <> un nombre infini dans l'Assemblée), et qu'il avait l'art

II de lire ces mots tout en pariant et de les introdaîre dans <■ «Hi discours.-

H II se sautait beau dans sa laideur; i) étalait avec or- « gu«il, il Gontemplait dans sa glace, en prépa'rant ses " barangues, son buste, sa grosseur, ses traits fortement M marqués et criblés de petite vérole. « — On ne connaît « pas, » disait-il, ■ toute la puissance de ma laideur; « !•■ et «ettfl laideur, il la croyait très belle. Sa toilette était > fort soignée; il portait une énorme cbevelure, arliste- •i ment arrangée, et qui augmentait le volume de sa tête. » — Quand je secoue, » disait-il, ■ ma terrible bure, i) n'y a personne qui «sàt m'interrompre... ■ Il se plaçait « três'volontiera devant une lai^e glace et se regardait » parler avec beaucoup de plaisir, parlant la tête en «arrière et équerrissant ses épaules. Il avait ce tic des " hpnpmos vains que le son de leur n«m tta'pfe avec plaisir " et qui aiment à le-répéter eux-méowB.

Il Hais en eberchant le trait caractérïstiqBe de son gé- •' uje, je le trouve, après une longue réAexieu, dans " la sagacité politique, dans la prévoyance des ^ênc- •> meuts, dans la conoaiisiince des hommes qu'il m'a paru

38f LES'êO>(9TlïUANTS.

V fNMsMer 'A Vn'd^r6'plus rare «t "plus émibeni qiie

•> tosUs Ins'Biripcis qnalités de ré^pHt: n lalâsàit loin ddr-

■ rière4ui^'0M'iègtii'd)«s jpiliiE dlstrnpés Ue ses coliques. * Il y «déS'tnOmelBls oè Et (fhait qn'il se stintâit prophète, •t «i }| «enAlÉttth effet qu'H avait des Inipiraiions de fa-

- ■ven(i*.''On>»eUe croyait pes'parce qti'on MC voyait pas K 'aiiSBltoiit'qUe Nir, et parcéqu'oAat^ibuaU Souvent' son «■ chagrÎD'iA 'son amaur'pfopre ;' mais Je Sais que dans le •■ l«mps inflme^à H augurait le {llUs mal de Ta monarchie,

■ il avait la plus haute idée des destinées de la tiatiôii dans

- Cavemr.

•I II disait deNecker que c'était le pygméë de laVèvdu- « ti»n; Mallebranche, ajoutail-il, voyait toiil en DleU, « Necker voit tout en Neeker! II appelait' d'ElspréUéiii!

■ Crispitt-Catilina ; la Fayette, Crom^etl-Granitison, On « GUÛi-CiBar. Comme Voltaire, il donnait par le râppro-' u' cbemem de deux noms qui contrastent, la double ^igriiu ficaftsn de la prétention et de l'impuissance d'un hdftimc u vivant^ il frappait des médailles de 'ridicule pônr '^s u mettre en circulation contre ceux qu'il n'estimait pas iu <> qu'rl estimait assez poUr les craindre. Il ne pouvait sodf- « frir les élises décernés aux hommes médîob^es. Ceà ëlo'ges n lui paraissaient deslarcins euxhommes é qui appartenait

■ léf;itimement la vraie gloire. On a élevé des doutes sur sa <i bravoure personnelle, ■ dit encore Dumont. «Sa jeunesse •: prouvai! que ces doutes étaient des calomnies. Mais il •I avait pris très-sagement la résolution de refuser tout 4 combat singulier pendant le cours de l'Assemblée nalio- 1 nale. • — Nosennemis,disait-il,trouverontautantdespa- •c dassins qu'ils voudront , et pourront se débarrasser par » des duels de tout ce qui leur fait ombrage, car enfin, u quand j'en tuerais dix, je succomberais au onzième. ■ Il « était toujours armé de pistolets, et ses domestiqi^ l'é-

tiynE TBBizicuE, aau

< (aient comme, lui. Il craignait souvejtt d!élre assassiné. > Il était adoré de se^ serviteurs. Trè»-CGQhierchâ dans sa

< toilette, il ta prolongeait par m^le bjulioages avec- ses

< valets de chambre. 11 lisait peu et uésrrApidement ;j il I' discernait d'un coup d'ceil ce qu'Uy avait ^eneof ou Il d'intéressant dans desroilliers de pages; il «cEÏvait beau- ' coup d'une main rapide et d'un trait scfi^;j<s«cfjts de ' sa nuin ressemblent â des signes hiéroglyphiques^ -

H Les copies de ses manuscrits et de ^s discours se taiu saient dans su maison avec une promptitude qui ne sa- ■I tisfaisait pas encore son impatience : on les recapiail dix « ou douje fois de suite pour arriver à la beauté du style « qu'il cherchait à donner à ses harangues. $<es heures ■ étaient dévorées par le public, qui obsédait sa porte. Ses « levers étaient ceux d'an prince; ils commençaient à sept « heures du matin et continuaient jusqu'à l'heure oii il se « rendais i l'Assemblée; même alors, ses escaliers, sa » cour, le seuil de sa maison , la rue, étaient remplis de « groupes rassemblés par l'admiration et par la curiosité. « Pour le peuple, il sentait en lui d'instinct la royauté de •1 l'intelligence humaine et le seul vrai génie de la révo- ( lution et de la patrie. ■>

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