‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 16 sur 117 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

Pfiudant ces manœuvres sourdes et vaineB pour pecompos«r au profit du roi une ligue de forces, d'opiaions, capable de suppléer à l'anéantissenient de toute Torce matérielle, le roi s'abandonnait entièrement à la Fayette, et la reine elle-niËme affectait de tout espérer de lui seul ; mais en secret elle se défiait de sa franchise autant que de sa force, elle se composait un conseil plus intime du comte de Mercy d'Ârgepteau, ambassadeur d'Autriche ; de H. de Fersen, Suédois dévoué à sa personne; de M. deFootanges, archevêque de Touloute, et de quelques débris de la société de Polîgnac non encore emportés loin d'elle par l'émifration. Elle pleurait amèrement l'éloigoement de son amie; elle en recevait des lettres, elle se soulageait ea lui écrivant. ■ J'ai pleuré d'attendrissement en lisant vos lettres, <• lui disait-elle après son installation forcée aux Tuileries. V Vous me parlée de mon courage, mon amiet II en faut •• bien moins pour soutenir le moment affreux où je me <[ suis trouvée, que pour supporter journellement notre u position, ses peines à soi, celles de ses amis, celles de Il ceux qui nous entourent. C'est iè un poids trop lourd à « porter, et si mon cœur ne tenait pas par des liens si « forts à mon mari, à mes enfants, à mes amis, je désire- • rais mourir. Je vois aussi ce sentiment à travers votre « amitié. Je vous porte à tous malheur, et vos peines « retombent toutes sur moi ! »

Elle avait donné la place de madame de Polignac à madame de Tourzel, gouvernante de ses enfants, femme dont la fidélité et le courage justjâèreot jusqu« sous les

S du Temple le choix de la reine. Sa première favorite, délaissée depuis la Taveur de madame de Poliguac, la belle princesse de Lamballe, s'était rapprochée d'elle depuis ses mauvais jours. Elle occupait aux Tuileries, comme suriutendante de la maison de la reine, les appartemenls du pavillon Marsan, au bord de la Seine. Elle y tenait, les jours de réception, une sorte de cercle intime et modeste où la reine recevait encore les hommages d'une cour déjà décimée. Les autres jours, la reine ne sortait pas de ses appartements intérieurs, employant ses heures aux travaux d'aiguille, & la surveillance de ses enfants, à des conférences avec le roi, à des entretiens confidentiels avec les amis politiques qui venaient s'appuyer de son influence sur le roi. L'étiquette, un peu moins austère, avait repris néanmoins sa place dans les habitudes de sa vie. Elle dînait encore en public dans les occasions solennelles, et assistait aux cérémonies de la religion dans la chapelle du château. Les officiers de la garde nationale et les chefs de la bourgeoisie, qui avaient remplacé les courtisans de Versailles, lui témoignaient, à l'exemple de la Fayette, les déférences et les respects propres à racheter les outrages du peuple. Elle les recevait avec la grâce qui lui conquérait facilement les cœurs. Elle leur permettait, par une habile adulation, les plus affectueuses familiarités avec le Dauphin. Elle se popularisait, avec une secrète complaisance, dans la classe de ce peuple où elle se savait si calomniée. L'enfant jouait avec les armes et les insignes de la milice civique; il s'étonnait de ce que ce peuple, si respectueux à Paris, avait été si injurieux et si sanguinaire à Versailles. Un jour, raconte une femme de la reine présente à ces intimités de famille, l'enfant demanda compte de cette différence.

u Écoate et retiens bien, n lui dit le roi en prenant son

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