LIVRE DIXIEME
fils sur ses genoux comme pour lui imprimer dans l'esprit une leçon vivante de sa triste histoire. <• J'ai voulu rendre
■ ce peuple raoius mallieureux qu'il n'était ; j'ai eu besoin u de trésors pour payer les dettes contractées par mes « ancêtres; et pour rétablir un meilleur ordre dans les Il finances, j'ai demandé leur part d'impdt à ceux qui « avaient le privilège de n'en pas payer. Ils s'y sont reu fuses, mon parlement les A soutenus contre mes minis- « 1res; alors'j'ai appelé à Versailles tes premiers de
■ chaque ville, de chaque province, pour s'entendre aveo
■ moi sur les moyens de mieux administrer le royaume. ■< Au lieu de s'entendre avec moi et entre eux, ils m'ont « demandé des choses que je ne puis faire ni pour moi ni » pour mes successeurs. Des factieux ont soufflé au peuple u une grande colère contre moi; ils sont venus à Versailles V pour tuer mes gardes, pour m'arracher à ma maison, afin
■ d'être maîtres de mapersonneeldemafamille.il ne faut t pas en vouloir au peuple, il est bon, juste et bien inten- K lionne en masse; s'il connaissait mon cceur, il me sou- « tiendrait au lieu de m'altaquer, mais il y a des hommes « méchants entre lui et moi. »
Telle était la théorie de la révolution que le père expliquait à l'enfanl. C'était U, en effet, tout ce qu'un père roi el tout ce qu'un enfant destiné à régner pouvaient comprendre. Mais le prince qui ne voyait dans ses malheurs que les embarras financiers et les passions des hommes, oubliait l'âme même de la révolution qui remuait ces masses et qui lui avait fait donner lui-même l'impulsion et le signal à ces grands mouvements intestins; il oubliait la raison générale, qui voulait prévaloir à tout prix sur les préjugés d'un autre âge, la justice sur les inégalités, la liberté sur les servitudes. La colère des hommes n'était ici que le choc des choses ; la main capable de modérer ce
eboc inanquait éplement au iràne et à U révolution. Necker n'avjBJl pas même prévu cette révolution ; Mirabeau, qui en avait l(i force, n'en avait pas la vertu- 1.8 Fayette tentait eu vain de la modérer, trop complice déjà pour être arbitre. Au lieu de se jeter eotre le peuple et le roi, le iî octobre, il avait livré le roi au peuple, st l'Assemblée natiooale aux émeutes de Paris- Il pouvait être encore le dictateur de l'ordre matériel dans la capitale, il ne pouvait plus être le dictateur de la constitution. On voit qu'il en .était réduit à négocier avec toutos les factions au lieu de les contenir, d'intimider la cour par le peuple et de corrompre le peuple par l'or de la cour. La eour lui échappait par tes trames, et le peuple par les séditions.
Le calme qui avait suivi la reotrée du roi à Paris n'avait été dans le peuple que la lassitude d'un spasme. On avait cru quelques jours seulement à l'abondance. " ContutH'
■ matum est ! « écrivait le 4 octobre Camille Desmoulins.
■ La halte regorge de sacs de blé, la caisse nationale se ■> remplit, les moulins tournent, les traîtres fuient, la • calotte» (c'est ainsi qu'il désignait par mépris le clergé par une partie de sou costume), » la calotte est k teire,
■ l'arislocratie expire. Les projets des Mounier et des » Ballly sont déjoués; les patriotes ont vaincu. Paris a o échappé à la banqueroute, il a échappé à la famine, il a K échappé à la dépopulation qui le menaçait. Paris va être « la reine des cit^, et la splendeur de la capitale répondra
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LIVBE mXIEHR. t»
* ftla grandturde la majesté du peuple Trançaîsl.jt Après « la défaite de Peraée, ad moment où Panl Emile deseen-
■ dait de son char triomphal el entrait dans le temple de
■ iilpiter Capitolin, ajoutait le pdmphlélaire classique, un N député des villes rasées, haranguant le sénat à là porte, « lui adressa le discours suivant : <• Romains ! maintenant « vous n'avez plus d'ennemis dans l'uilivers. Il ne vous H reste plus qu'à gouverner le monde, et A en preiidre " soin comme les dieux mêmes!... >• Nous pouvons dire
■ de (néme à l'Assemblée nationale : ■ A présent, vous
• n'avez plus d'ennemis, plus de contradicteurs, plus de •> vito à craindre. H ne vous reste qu'à gouverner la France,
■ ft la rendre heureuse, et à lui donner des lois telles qu'A
■ notre exemple tous les peuples s'empressent de les trans-
■ planter et de les faire fleurir chez eux ! *
Ce cri de joie et de triomphe d'un esprit léger comme la ruffieur publique était changé, le lendemain, en cri d'alarme fiar d'autres pamphlétaires j et surtout par Marat. Gelui-ci s'était donné le râle de tribun de la misère et de la faim. Pendant que la bourgeoisie, rassurée, se répandait en habite de fête dans les lieux publics et dans les jardins des Tuileries, pour contempler avec orgueil le palais qui renfermait désormais à ses yeux le gage de la sécurité publique, des attroupements d'hommes en hailk>ns se formaient et se reformaient sans cesse aux coins des rues populeuses et sur les places cmisacrées au trafic des subsistances. On y parlait de la fausse abondance que l'habileté des ministres faisait apparaître chez les boulangers, mais qui allait être remplacée par la disette complète, en vengeance da triomphe du peuple. On s'encon rageait â compléter la victiure en allant délivrer les prisonniers entassés, disait-on, depuis deux mois, par Bailly, dans les caTes de Tbitel de ville. Les femmes, sûres de l'impaoîlé,
dans lefl groupes, les animaient de leurs vocirérations, les apitoyaient de leurs larmes. Les boulangers, tremblants de ne pas sullire aux demandes de pain, se portaient en députation immense au conseil de la commune, pour se plaindre de ta parcimonie avec laquelle on leur délivrait leur approvisionnement de farines ; d'autres couraient aux halles et éventraient les sacs pour attester la mauvaise qualité de l'aliment qu'on les forçait de pétrir pour le peuple. Les femmes de la halle, plus hardies encore, se présentaient aux portes des Tuileries et sommaient le roi et la reine de nourrir leurs familles affamées. Une brochure intitulée aurons-nous du pain? semée à. profusion dans lés groupes, accusait la municipalité et la commission de la distribution des blés de mêler de la poussière aux farines. La feuille incendiaire de Marat, intitulée l'Ami du peuple, poussait les indigents au pillage de la halle aux blés, la garde nationale arrivait trop tard pour prévenir le sac des subsistances; les représentants au conseil de la commune demandaient la mise en accusation de l'agitateur et faisaient afScher sur les murs de Paris une proclamation indignée contre lui. Harat se cachait dans un souterrain avec sa presse, et répandait de là de nouveaux brandons pour activer l'incendie.
u Et qui sont donc mes accusateurs ? » disait-il dans l'Ami du peuple. i< Les mêmes hommes que j'ai accusés de <i faux il y a deux jours ; les hommes d'honneur qui ont H blanchi Beaumarchais ; les hommes que je traîne chaque u matin dans la boue de Paris et qui n'ont pas osé dire un <• molt Mon dessein était aujourd'hui de me rendre à " l'hdtel de ville et de demander l'expulsion du bureau de u la majorité corrompue des représentants de la comu mune. L'indignation publique allumée par ma feuille ■> m'a prévenu... £h quoit c'est pour assurer la créance