‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 18 sur 117 · LITRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LITRE DIXIEME

H des rentiers, pour soudoyer les pensiODDaires du prince, « des ambassades inutiles, des gouvenieurs et des Gomman- K dants dangereux, des femmes galantes, des chevaliers

■ d'industrie, des académiciens if^orants et fainéants, des u sophistes, des saltimbanques, des histrions, des balau dins, des ex-ministres ineptes, des agents de police, des

■ espions, et cette tourbe dorée des créatures de la cour u qui forment la chaîne des instruments de le tyrannie, que « de pauvres artisans, de pauvres ouvriers, de pauvres

■ manceuvres, qui ne gagneront jamais rien ni aux mar- H chés ministériels ni aux révolutions, achèveront de

■ donner leurs tristes dépouilles ! que vingt millions

■ d'hommes seront réduits à la mendicité I Homme petit « et vain, » ajoutaît-il en s'adressant à M. Necker, l'idole de la bourgeoisie commerçante, « vos lauriers sont flétris! >' ils ne reverdiront plus 1 Votre règne est fini 1... C'est en

■ vain qu'on chercherait en vous l'homme d'Étal : on n'y « trouverait que le charlatan, et sans être prophète, on u peut voDS prédire la fin de Law ! ><

Ces accusations contre la complicité de la commune dans la disette de Paris, ces comparaisons entre la misère du peuple laborieux et l'opulence oisive des classes libérales, cette proscription en masse des professions inutiles, selon le pamphlétaire, et pesant de tout le poids du corps social sur la misère el la détresse des membres inférieurs; cette profanation hardie du nom de M. Necker, jusque-là sacré;

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ta LES CONSTITUANTS,

enfin celte évocation jalouse île bras les privilégiés de l'aisance et du loisir, présenLés à l'indigaatton comme autant de eangsu£9 de la véritable natioi), faisaient, dés le premier jour, de Marat, un tribun plus mpstérieux et plus redoutable que les antres. Il arrachait le cri suprême i la dernière libre souffrante de la multitude; il allait cbercber au fond de la socpété, sotu l'agitation superficielle de la surface, l'élément nouveau, plus ténébreux, plse implacable de ressentiment, une révolution sous une révolution.

Le 3i, ces éléments, remués par la feuille de Harat, fermentèrent dans les rassemblements plus tumultueux. On sema le bruit d'une famine presque imminente et systématique. On arrêtait, disait-on, les convois aux portes de Paris; on trouvait des masses de pain jetées dans la rivière, arrêtées dans les filets de SaInt-CIoud, pour dénoncer le crime des accapareurs. On accusa les boulangers qui avaient, peu de joyrs avant, accusé eux-mêmes le comité de subsistances; des <que«es immenses se formèrent à leurs portes : la terreur fit acheter par tes familles trois fois plus de pain qu'il n'en fallait ordinairement pour la provision du jour. Ces queues se renouvelaient plusieurs fois dans la matinée. Les boulangers chauffaient sans repos leurs fours, pour suffire à ce concours inusité d'acheteurs; ceux à qui le temps, le bois, les ouvriers, la farine manquaient, devenaient l'objet des injures et des menaces de la foule. Les sentinelles placées sur le seuil de leurs maisons les défendaient à peine contre l'invasion, le pillage, le massacre, (^pendant le pain ne manqua nulle part, même à la panique. Haïs les agitateurs du peuple voulaient un prétexte de sang.

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A neuf heQres du tuatin, des rassembletneots acharnés se pressent à la porte d'un boulanger nommé François. 11 habitait prés de l'Archevêché, occupé alors par l'Assem^ blée nationale. Il cuisait le pain que les députés faisaient prendre pour le rafraîchissement de leur salle. Cet infatigable onvrier, pour subvenir aux besoins de son quartier, avait chauffé sept fois son four et pétri sept fois ses fournées depuis la Ycille. Accablé de lassitude et son étalage encore pourvu de pain, il se reposait de ses sueurs auprès de sa jeune femme, dans sa boutique, quand une mendiante, à laquelle il avait déjà donné une livre de pain, dans l'intention d'intéresser les passants â sa feinte détresse, s'écrie que le boulanger refuse de délivrer du pain au peuple, et montre du geste la boutique de l'iofortoné François.

Un cri et un geste accusateur suffisent, quand le peuple est agité, pour le convaincre de tons les crimes qu'on lui dénobee. La multitude ameutée se précipite sur le boulanger, l'arrache aux bras de sa femme, trouve dans l'arrière-boutique une fournée de petits pains commandés et réservés pour la salle de l'Assemblée nationale, montre ces pains accusateurs comme une preuve d'affamement du peuple, le traîne it l'hAtel de ville aux cris de ^ lalanteme! Le cortège, grossi par le bruit et par l'indignation du prétendu crime, arrive en émeute immense aux portes du palais. La garde nationale protège è peine l'accusé contre les bras levés et contre les pierres lancées sur sa tête. On

U LES CONSTITUAKTS.

parvient enfin à le conduire vivant devant le comité public,

qui feint de l'interroger poar satisfaire la multitude.

Ses amis, ses voisins accourent sur ses pas, attestent son innocence, son patriotisme, son zèle charitable pour le service quotidien de son quartier. Garan de Coulon et Blancheville, deux membres du comité de police, l'absolvent, le font cacher dans une chambre secrète de l'bdtel, descendent sur la place, haranguent l'attroupement, le conjurent de ne pas exiger le sang d'un innocent et d'un bon citoyen. Les cris A la lanterne! leur répondent avec plus de violence. La populace veut un cadavre à déchirer; elle enfonce ou elle écarte la garde nationale, dont les baïonnettes de parade fléchissent devant la poitrine des attroupements; elle se précipite sur les pas de Garan de Coulon et de Blancheville, dans l'intérieur de l'édifice, pour enlever François i ses protecteurs. Garan de Coulon, n'espérant plus de grâce, propose au rassemblement d'entendre )e boulanger lui-même dans la salle Saint-Jean, oà il va le faire amener et où le peuple sera réuni en plus grand nombre pour assister à son jugement. La masse y consent; on s'engoufTre dans la salle, on va chercher l'accusé pour le conduire dans ce prétoire ; mais à peine a-t-il descendu quelques marches de l'escalier, que la populace l'arrache à la garde nationale, le traîne sur la place et le pend au réverbère de Foulon.

Sa femme, accourue sur sa trace, ne rapporte que son cadavre à ses enfants. La Fayette n'arrive que pour détester et flétrir le crime, et arrêter un des assassins. La municipalité outragée, Paris consterné, l'Assemblée frémissante, réclament la loi martiale; des funérailles vengeresses sont faites avec un immense appareil à la victime, pour consacrer l'horreur et la douleur de l'attentat; une pension est accordée à la veuve ; on relève pour un jour l'autorité des

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