‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 21 sur 117 · LIVRE DIXIEME. 7S · texte numérisé non relu

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u d'elle-même, cette monarchie française, le plus beau

■ domaine de l'Église catholique. Et quel est le ministre « des autels dont les entrailles ne seraient pas déchirées à M la vue des combats qu'on livre â l'Église? La capitale u d'une nation polie, sensible, a été souillée par des « proscriptions inouïes, par des assassinats dont les H Dations les plus barbares rougiraient.

•■ Conservons nos lois antiques; elles sont la sauvegarde u de nos propriétés, de nos personnes et de notre gloire.

« Satisfait de son sort, le plébéien vivait content... Les « tribunaux suprêmes sont méconnus, humiliés... La reli- H gion, la raison, la nalure, indignées, frémissent à la <• seule pensée d'une réforme dont la seule entreprise a K déjà coûté tant de sang et de larmes... Si aujonrd'Itui u OR envahit les propriétés des deux premiers ordres de

■ l'État, qui vous garantira les vdlres pour l'avenir? » C'était le premier appel à l'insurrection morale et à l'insurrection armée dans ces provinces ou le clei^é avait son empire sur le peuple des campagnes. Dix mille paysans, confédérés à la voix de leur évéque, étaient accourus â Tréguier pour prêter leurs bras à la résistance du sacerdoce. Trente mille volontaires des villes voisines accoururent d'eux-mêmes à Tréguier pour étouffer l'insurrection dans son germe. Les paysans prirent la fuite.

Le rapport concluait à l'accasation après de plus amples renseignements.

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Le 31 , Robespierre, député d'Arras, déjà signalé par l'obstioalion de son audace et par la roideur de ses doetrines plus que par son talent, qui balbutiait encore, combattit le loi martiale contre tes troubles de Paris.

« On vous demande, » dJt-il, « du pain d'un citté, des (t soldats de l'autre. Ceux qui ont suivi la révolution ont M prévu le point où vous éles : ils ont prévu que les subu sistances manqueraient; qu'on vous montrerait au peu- ■ pic comme sa seule ressource. Ils ont prévu qne des <t situations terribles engageraient i vous demander des « mesures violentes, afin d'immoler à la fois et vous et fa •> liberté. On demande du pain et des soldats I c'est-à-dire u le peuple attroupé veut du pain : donnez-nous des sol- •1 dais pour immoler le peuple ! On vous dit que les soldats •< refusent de marcher... Eh I peuvent-ils se jeter sur un H peuple malheureux dont ils partagent le malheur? Ce ne H sont pas des mesures violentes qu'il faut prendre, mais « des décrets sages pour découvrir la source de nos maux, « pour déconcerter la conspiration qui peut-être, dans le •i moment où je vous parle, ne nous laisse plus d'autre H ressource qu'un dévouement illustre. Il faut nommer nn >< tribunal vraiment national.

1 Nous sommes tombés dans une grande erreur, en u croyant que les représentants de la nation ne peuvent H juger les crimes commis envers la nation. Ces crimes, Il au contraire, ne peuvent être jugés que par la nation, B ou par ses représentants, ou par des membres pris dans u votre sein. Qu'on ne parle pas de constitution, quand

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■ tout se réunit pour l'écraser dans son berceau. Des man- K déments incendiaires sont publiés, les provinces s'agi- " tent, les gouverneurs favorisent l'exportation sur les « frontières... Il faut entendre le comité des rapports, il * faut entendre le comité des recherches, découvrir la Il conspiration, étouffer la conspiration... Alors nous fe-

■ rons une constitution digne de la nation qui l'attend. <> Cet orateur, client des Lamelh, ami de Péliou, organe

fiévreni, pénible, mais infatigable, des opinions populaires, n'avait rien d'un tribun et tout d'un sectaire. Son visage était concentré, ses traits aigus; son regard portail plus loin que son auditoire. Sa voix, aigrie par l'habitude du barreau de province, n'avait que des éclats métalliques pour accent ; son style oratoire, solennel et guindé, rappelait la déclamation des pages de Jean-Jacques Rousseau et des Académies littéraires. Sa taille était petite, ses membres grêles, ses gestes automatiques. Son costume recherché contrastait avec t'âpreté de ses doctrines. U était pénible & entendre et à regarder; tout sentait l'effort dans sa nature. On redoutait sa présence fréquente à la tribune ; on s'éloignait ou l'on causait pendant ses discours. On le croyait prédestiné à ces riSIes secondaires dans les assemblées, dont les acteurs subissent l'inattention en retour de l'ennui. Mais il était résolu è tout subir, même le dédain, pour faire parvenir perpétuellement sa parole et son nom au peuple, à travers les distractions de ses collègues. Il avait deviné la force de l'obstination dans la logique de la ligne droite, dans la volonté ; sa puissance intérieure était dans sa conviction. Quand on s'înrormait sur les bancs de l'Assemblée de l'origine et des antécédents de ce jeune homme, on n'y trouvait rien que d'honnête, une naissance ni plébéienne ni aristocratique, une famille pauvre mais coDsidérée, une éducation reçue aux frais de le province en

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récompense d'une précoce aptitude aux éludes, la profession du barreau exercée dans sa province, les lettres cultivées pour seul délassement, J.-J. Rousseau pour idole, ses doctrines pour consuence, sa démocratie pour code politique, l'horreur de la peine de mort, la passion d'une sage égalité, des mœurs chastes, une intelligence renfermée en cUe-méme qui ne laissait rien évaporer de ses pensées, de ses rêves, une vie pauvre et studieuse ô Paris avec une sœur plus Agée que lui et un jeune Trére dont il surveillait l'éducation dans une modeste maison au Marais, sans autre fortune -que son salaire de député à l'Assemblée nationale, enfin une assiduité aux séances et aui comités, quelques liaisons, Barnave, Daport, les Lameth, ses premiers patrons.

Tel était â celte époque Robespierre. Nul ne pressentait en lui la popularité, le crime, le sang, la dictature. Le dernier mot de sa destinée échappait â tous et â lui-même ; la Révolution seule le savait. Triste exemple, qui devait enseigner à jamais aux hommes d'État et aux législateurs philosophes la nécessité de tout modérer en soi. L'histoire de l'esprit humain ne présente peut-être pas dans un autre homme, aussi lisiblement que dans Robespierre, la dégénèratîon graduelle de la vérité en fanatisme et de la vertu en forfaits.

Pétion, son ami alors, sa victime depuis, était un jeune avocat de Chartres. Plus favorisé de la nature, de l'élo-

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