LIVRE DIXIEME
qnence et des dons extérieurs, il aspirait à la même faveur de l'opinion. Il protesta eontre les lois de force répressive.
Bfirabean, embarrassé entre le désir de conserver sa popalarité et le sentiment de la décomposition sociale, si la vie même des citoyens restait désarmée devant des hordes d'assassins sous les yeux de la garde nationale, s'évada de la question par une apostrophe au gouvernement.
■ Je ne sais rien, » dit-il, •• de plus effrayant que des
■ motions populaires occasionnées par la disette; tout se
■ tait et tout doit se taire; tout succombe et tout doit suc- « comber contre un peuple qui a faim. Que fera une loi
■ martiale si le peuple attroupé s'écrie : Il n'y a pas de
■ pain chez le boulanger! Quel monstre lui répoudra par
■ un coup de fusil? Un tribunal national connaîtrait sans u doute des circonstances du délit et du mouvement qui
■ l'a occasionné ; mais ce tribunal n'existe pas, mais il faut a du temps pour l'établir, mais le glaive irrésistible de la
■ nécessité est prêt à fondre sur vos têtes ! La première 1 mesure n'est donc ni une loi martiale ni un tribunal. « J'en connais une. Le pouvoir exécutif se prévaut de sa
■ propre annihilation; demandons-lui qu'il dise de la « manière la plus déterminée quels moyens, quelles res- « sources il lui faut pour assurer les subsistances de la
■ capitale. Donnons-lui ces moyens, et qu'A l'instant il soit
■ responsable de tout. »
Apostrophe habile qui , en éloignant du nom de Mirabeau l'odieux de réclamer une loi martiale, rejetait la nécessité sur les ministres. Par le vote de la proposition il rendait au gouvernement la force légale qu'il voulait secrètement lui rendre, et il se réservait, après avoir armé les ministres, de leur demander compte des armes qu'il leur avait prêtées ; c'est lui alors, en leur succédant au pouvoir, qui hériterait de la force remise par l'Assemblée dans leurs
maios. Le calcal était à la fois d'nn tribun et d'an homme d'État; il échappa à la sagacité 4e l'Assemblée : les Duport, les Lameth, les Robespierre se rétioirent à la motion de Mirabeau. Le président déclara qu'il était inutile de demander au ministère quels moyens il réolamait pour approvisionner la capitale, attendu que M. Necter venait de dire Inirméme que le comité de police de la commune, seul iostrum^it d'cM-dre public en ce moment, avut refusé toute commuoication et tout rapport avec le ministère.
A cette motion qui complétait l'anarchie, l'Assemblée, écartant d'un côté le roi impuissant, de l'autre la commune usurpatrice, s'empara elle-même du pouvoir exécutif pour réprimer les assassinats; elle décida que le décret contre les attroupements serait voté dans le jour et porté à la sanction du roi;
Que le comité de police de la commane serait tenu de fournir eu comité des recherches de l'Assemblée tons les moyens d'éclairer ses actes;
Que le comité de constitution présenterait le lundi suivant le plan d'nn tribunal chargé de punir les crimes de lèse-nation, et qu'en attendant, le tribunal du Chdtelet continuerait à juger même ces crimes ;
Que les ministres seraient sommés de déclarer à l'Assemblée quels sont les moyens qu'ils jugent nécessaires pour répondre des subsistances et de l'ordre.
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