‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 27 sur 117 · LIVRE DIXIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DIXIEME

contre ses aouens matlres pour s'insurger en faveur des privilèges qu'il venait de secouer. ■ Il est vrai, » dit ironiquement Dupont (de Nemours], l'ancien disciple du marquis de Mirabeau , ■ que les provinces ne veulent pas H croire aisément à la liberté de la translation du roi à « Paris, sollicitée par une armée de vingt mille hommes ■ et par nn train d'arlillerîel » Sur la motion de Mirabeau et d'Alexandre de Lameth, l'Assemblée décréta l'interdiction de toute convocation dans le royaume. Clermont- Tonnerre, qui avait repris sa place dans TAssembièe, ne s'opposa pas à ce décret^ mais il en provoqua l'application A un des districts de Paris qui avait insolemment protesté contre la loi martiale. Target, en soutenant le droit de convoquer des assemblées libres des citoyens pour s'entretenir des intérêts publics, démontra que ce droit ne pouvait s'étendre aux corps constitués, qui déchireraient le royaume en lambeaux en élevant puissance contre puissance.

M. de Cazalès et M. de Viricu réclamaient pour les provinces le droit de conférence et de pétitions collectives. u Peut-on redouter, » dit le comte de Virieu, ■ les habï- •> tants d'une province qui a donné le signal de la liberté?- Mirabeau, en peu de mots, anéantit un sophisme plus propre à féodaliser l'esprit de résistance qu'à reconstituer l'unité monarchique.

Le lendemain il lut k l'Assemblée une motion d'apparat sur l'inscription civique des jeunes citoyens au tableau des citoyens actifs par les assemblées primaires, institution républicaine qui correspondait aux institutions de Rome, dont l'imitation fanatisait en ce moment les législateurs et le peuple.

<i Messieurs, » dit avec une solennité inusitée le grand orateur, >< pendant que vous vous occupez des conditions à

« exiger pour être électeur et éiigîble, je vous propose de

n consacrer une idée qui m'a paru très-simple, très-noble,

« et que je trouve indiquée dans un écrit récemment publié

" par un de nos collègues (Sieyés). 11 propose d'attribuer

■ aux assemblées du peuple la fonction d'inscrire solenncl- • lement les hommes qui auront atteint l'âge de vingt et >^ un ans sur le tableau des citoyens, et c'est ce qu'il » appelle l'inscription civique.

•> Ce n'est point le moment d'entrer dans cette question

a vaste et profonde d'une éducation civique, réclamée

•> aujourd'hui par tous les hommes éclairés, et dont nous

u devons l'exemple à l'Europe. 11 suffit à mon but de vous

>' montrer qu'il est important de montrer à la jeunesse les

H rapports qui l'vnissent A la patrie, de se saisir de bonne

« heure des mouvements du cœur humain pour les diriger

•t au bien général, et d'attacher aux premières affections

« de l'homme les anneaux de cette chaîne qui doit lier

« toute son existence A l'obéissance des lois et aux devoirs

u du citoyen. Je n'ai besoin que d'énoncer cette vérité. La

R patrie, en revêtant d'un caractère de solennité l'adoptioa

■ de ses enfants, imprime plus profondément dans leur u cœur le prix de ses bienfaits et la force de ses obliga- « tîons.

« L'idée d'une inscription civique n'est pas nouvel(«; je

» la crois même aussi ancienne que les constitutions des

■ peuples libres. Les Athéuien&en particulier, qui avaient X si bien «onnu tout le parti qu'on pouvait tirer des f<»-ces u morales de l'homme , avaient réglé par uno toi que

■ les jeunes gens, «près le service militaire de deux « années, espèce de noviciat où tous étaient égaux, oà

■ .lotis apprenaient à porter docilement le joiig de la u subordination légale, étaient inscrits à l'âge de vingt ans « sur leroJe des ciloyens. C'était, pour les familles et pour

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