‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 29 sur 117 · LIVRE DIXlEtfE · texte numérisé non relu

LIVRE DIXlEtfE

de Paris qui achetait des grains pour la capitale. Deux fois la corde cassa, et ce hasard sauva le supplicié. Une armée entière, précédée du drapeau rouge, marcha de Paris sur Vemon, et rétablit l'ordre. Le même jour, malgré les protestations de Mirabeau, des Lameth, de Barnave et de Pétion, l'Assemblée, qui commençait à reculer devant l'application de SCS principes, en présence de l'anarchie qui découlait non des principes mais des circonstances, ajouta aux conditions de l'éligibilité la condition de posséder une proprïMé territoriale quelconque. La presse, indignée, éclata partout en lamentations ardentes : c'étaient la philosophie et la démocratie frappées an coeur.

■ L'on rira peut-élredemaprcdiclion, « s'écria Lous ta lot, le publiciste de la démocratie exclusive ; •' mais voilà l'arisu tocratie des riches consacrée par un décret national!... •1 D'un seul mot on prive un tiers de la nation de la faculté u représentative, en sorte que les deux autres tiers se trou- B vent invités à se préférera la patrie I... Il ne se formera u donc pas d'esprit public, et le patriotisme expirera dans •1 son berceau... Dans dix ans, ajoutait-il, cet article de la « loi nous ramènera sous le joug du despotisme^ il amènera ■ une révolution qui aura pour objet les lois agraires! >>

Loustalot était prophète, parce que la raison prophétise. Toute loi de souveraineté qui crée des classes privilégiées entre les citoyens crée des révoltes; la paix de la nation et la sécurité des propriétés ue sont, ne peuvent être que dans l'unité des citoyens. Donner des privilèges politiques  la propriété, c'est l'aiïaiblir; les rêves de lois agraires ne sont que les représailles des t>fiviléges politiques. Les lois agraires ne prévaudront jamais dans nos révolutions, parce que la propriété e( I^ société sont unen^ème chose; ipais elles agitefont toujours le sommeil des propriétaires^ tpiil que la loi politise se fondera sur le titre de la richeëse au

lien de se fonder sur le titre de l'intelligence et de la

vertu.

« L'unique titre, le titre universel, » écrivait Loustalot, ic est et sera toujours, quoi qu'on fasse, la confiance de « ceux qui doivent être représontés. . . Qaoîl l'auteur du

■ Contrat social n'aurait pas été éligiblel Quoi! nos " plus dignes représentants actuels ne seront plus éli- « giblesl Quoil cette précieuse portion de citoyens qui

■ ne doit qu'à la médiocrité ses talents, son amoar pour •I l'élude, pour les recherches profondes, ne sera pas

< éligiblel

u Je m'attends à entendre dans nos futures assemblées u d'électeurs ce singulier dialogue : Messieurs, je vous « propose de députer à l'Assemblée nationale M. *". Vous <i le connaissez ; il suffit de le nommer pour réunir en sa « faveur tous les suffrages. — Il ne paye pas une contri- X butîon d'un marc d'argent. — Oui, satisfait d'un modique u revenu qoe lui ont laissé ses aïeux, ou qu'il a acquis lui- K même, il ne s'est occupé que de s'instruire, et il s'en est « occupé avec tant de succès qu'on le regarde tomme le M meilleur publiciste de l'Europe. — Qu'importe 1 il ne •> paye pas un marc d'argent, — Il s'est d'ailleurs acquitté u avec autant d'intelligence que d'activité des diverses « fonctions publiques qui lui ont été confiées. -~ Tant

■ mieux! mais il se paye pas un marc d'argent. — Daignée

■ vous rappeler que redevenu simple dtojen, au lieu

■ d'être fier de ses succès, il s'est aucune vertB doBt il •I n'ait donné l'exemple. — C'est fort bienj mais il ne paye

■ pas au marc d'argent. ■ — £t qui, messieursj oserait se « préférer à lui? — Nous qui payuDS un marc d'argent. —

■ Savezrvoos qu.'o& peut être taxé pour sa eontribulion à

< un j^arc d'argent, et être un sot et va aalfaomiéte u homme? — Nous payons un marc d'argent. — Que les

L)ji.z.iit>,Cooglc

LITRE DIXmuE. SB

u richesses sont Ioiq de mettre rhomine à l'abri de la V concussion et ne le rendent suuvent que plus avide? — u Nous payons un marc d'argent, — Qu'il y a de qnoi « révolter la nation, de voir que les riches senis compose- « ront l'Assemèlée nationale; qu'ils Tet-ont des lois favo- « râbles uix capitalistes et aux grands propriétaires, au a détriment des colons médiocres et des onvriers. — Noua « payons un marc d'argent.

■ Quoique cette loi ait i peo près tons les inconvénients, u sans avoir absolument rien d'utile qui les compense, il « sera difficile qu'elle soit revue dans les législatures suia vantes, composées de députés su marc d'agent. Elles ne ■ consentiront point à ruiner leur propre aristocratie... n

Cet article de la constitution devint le t^Lle des murmures et le germe des séditions dans la popnlatlon de Paris, A qui les législateurs venaient de livrer un irréfn* table grief à remuer dans la raison et dans la conseience du peuple.

Le comte Charles de Lameth, qui [entait de rivaliser de lofpque avec RobesfHerre, d'éloquence tribunitienue avec Barmve et Mirabeau, prêta sa voix à la colère de la démocratie eH se naturalisa de plus es plus dans le parti du peuple.

La nouvelle d'un premier accès de guerre civile entre la Bretagne et la Normandie pour se disputer les subsistances, suspendit un moment ces discussions. La ville de Brest, presque siffemée^ avait envoyé douze commissaires pour acheter dés farines i Lannion. La ville de Lannîon, qui avait renversé sa municipalité légale pour installer à sa place un conseil du peuple choisi parmi les démagogues les plas arbitraires et les plus exaltés, fit ^r^éter les commissaires .de Brest, et laissa piller par la populacâ le coQVoi de grains que ces commissaires avaient achetés dans

les campagnes de la Normandie poar les diriger sar Brest. Amenés enchaînés devant ce eonseil du peuple, les envoyés de Brest sont outragés, menacés, jetés sur la place publique, entre la potence et le couteau. Le président de ce conseil inique et sanguinaire leur donne asile dans sa propre maison ; liinis violant bienldt les droits de l'hospitalité, il les somme, le supplice sous les yeux, de ratifier le pillage du peuple de Lannion, du de mourir. Ils signent !a ratification ponr sauver leur tête, et courent iJemander vengeance à leur province. Brest, à ce récit. Fermenter, â'indlgne, se lève, arme une colonne de deux mille hommes, moitié citoyens, moitié troupes de la marine, et marche avec des canons sur Lannion. Toutes les villes et tous les villages traversés par cette colonne vengeresse la grossissent et changent en armée de vingl-cinq mille baïonnettes l'escorte destinée à protéger un convoi. Cette armée, campée le (roisiéme jour sur les hauteurs de Lannion, fait capituler à l'instant la ville, dissoudre le conseil du peuple, réinstaller la municipalité régulière. Les dévastateurs , menacés mais impunis, s'évadent pour échapper à la vengeance des Bretons. L'armée victorieuse rentre à Brest aux acclamations de la ville et & la conrusion du gouvernement, qui ne laissait réprimer l'anarchie que par une autre anarchie. Tel était partout l'état des provinces.

Le 3 novembre, l'Assemblée rouvrit, pour la dernière fois, la discussion sur la vente des biens du clergé. Toute

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