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LIVRE DIXIEME

tion, ft cette époque, devant leur ouvrage, et qui les faisait

déserter leur cause au premier pas qui dépassait leurs

pensées, au premier crime qui consternait leur conscience.

« Parlons, > dit-il, < du parti que j'ai pris (la démis-

< sion et la fuite). Ce parti est bien justifié dans ma

< conscience. Ni cettp ville ni cette Assemblée, plus cou-

< pable encore, ne méritent que je me justifie ; mais j'ai k

■ cœur que vous et les personnes qui pensent comme vous « ne me condamnent pas. Ma santé, je vous le jure, me

■ rendrait mes foncrions impossibles; mais même es les

■ mettant de côté, il a été au-dessus de mes forces de sup- ( porter plus longtemps l'horreur que me causaient ce ( sang, ces têtes coupées, cette reine presque égorgée, ce roi

■ amené esclave, entrant à Paris au milieu de ses assassins t et précédé des tètes de ses malheureus gardes, ces per-

■ fides janissaires, ces assassins, ces femmes cannibales, « ce cri de : Tous les évéques à la lanterne l dans le

■ moment où le roi entre dans sa capitale avec deux évé-

■ ques de son conseil dans sa voiture, un coup de fusil

■ qu^ j'ai vu tirer dans un des carrosses de la reine.

■ M. fiailly appelant cela un beau jour ! l'Assemblée ayant

■ déclaré froidement le matin qu'il n'était pas de sa dic gnité d'aller tout entière environner le roi, M. de Hira-

■ beau disant impunément dans cette assemblée que le ( vaisseau de l'État, bien loin d'être arrêté dans sa course, « s'élancerait avec plus de rapidité que jamais vers sa c régénération, H. Barnave riant avec lui quand les flots

■ de sang coulaient autour de nous, le vertueux Mounier

■ échappant comme par miracle à vingt assassins qui

■ avaient voulu faire de sa télé un trophée de plus : voilà

• ce qui me fit jurer de ne plus mettre le pied dans cette

• caverne d'anthropophages (l'Assemblée oationale), où je

■ n'avais plus la force d'élever la voix, où depuis six

t semaines je l'avais élevée en vain, moi, Mounier et tous

• les honnêtes gens.

« Le dernier effort pour le bien était d'en sortir. Aucune «idée de crainte ne s'est approchée de moi; je rougirais

■ de m'en défendre. J'avais encore reçu sur la roule, de c la part de ce peuple moins coupable que ceux qui l'ont «enivré de Tureur, des acclamations et des applaudisse- ' ments dont d'autres auraient été flattés, et qui m'ont fait

< frémir. C'est à l'indignation, c'est à l'horreur, c'est aux

■ coDVulsions physiques que le seul aspect du sang me fait

■ éprouver, que j'ai cédé. On brave une seule mort, on la ( brave plusieurs fois, quand elle peut être utile; mais

■ aucune puissance sous le ciel, mais aucune opinion pu- € blique ou privée, n'ont le droit de me condamner à souf- € frir inutilement mille supplices par minute et à périr

■ de désespoir, de rage, au milieu des triomphes du crime « que je n'ai pu arrêter. Ils me proscriront, ils confisque- ( ront mes biens ; je labourerai la terre, et je ne les verrai

■ plus... Voilà ma justifif alion ; vous pourrez la lire, la « montrer, la laisser copier ; tant pis pour ceux qui ne la

< comprendront pas! ce sera alors moi qui aarai eu le ' tort de )a leur donner. >

On croit entendre Cicéron s'excusant de ne pouvoir vivre avec Brutus ni mourir avec Caton, et se bornant à maudire de loin les proscriptions et les crimes qu'il n'ose ni regarder ni combattre.

Clermonl-Tonnerre, le seul orateur monarchique qui pût rivaliser avec Maury et Cazalès, se retira aussi de l'Assemblée par scrupule pour l'intégrité de la couronne, et non par lâcheté. Il y rentra peu de jours après. Il resta courageusement à Paris pour combattre e( mourir A son poste.

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