‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 43 sur 117 · LIVRE ONZIËHE · texte numérisé non relu

LIVRE ONZIËHE

passionnaient pour le succès d'une Révolution qui prometlait d'émanciper le monde du joug du despotisme des aristocraties, des théocraties, contre lesquelles la philosophie moderne avait insurgé partout la pensée jusque dans les cours. Le serment du jeu de paume, le 14 juillet, la prise de la Bastille, le drapeau tricolore, l'Assemblée nationale, la garde civique, l'expropriation du clei^c, l'abolition de la féodalité, le nivellement de ta noblesse, l'élévation do sujet au rang de citoyen, l'éloquence de la tribune, Mirabeau, BaiJly, la Fayette, étaient des Taits, des noms, des prestiges européens. Paris, dans les jours d'écroulement, OTait un écho universel. Les souverains eux-mêmes étaient forcés par leurs peuples de regarderavec une sorte d'intérêt sympathique ou du moins avec une circonspection prudente les explosions successives des idées philosophiques en France. Aucun d'etlx en ce moment n'eût été assez hardi pour toucher à cette arche de l'opinion ; aucun non plus n'était disposé, encore moins préparé à une croisade des Ij^nes contre un peuple qui représentait tous les peuples.

Un homme d'État plus grand que Richelieu, car il avait conquis son autorité sur son pays par le génie et non par des crimes, dirigeait un peuple libre au lieu d'opprimer nue féodalité esclave, M. Pitt, minisire plus patriote encore qu'aristocrate, gouvernait l'Angleterre. Malgré les justes ressentiments que la guerre presque civile de l'Amérique avait inspirés à l'Angleterre contre la France alliée des

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Américains, M. Pitt avait entrera d'un regard d'«igle hii iH)o?eao syatètDe d^llnoce européen prêt à éclwe pour ^ik ^ys par U oiaisSàiKe àt ta liberté en France. Il saTtfit que st les gouTemements despotiques s'allient par des inté^élSi les nations lii>rës s'bllient par des idées, et que «les der^ ttiéres atliancés sont plus solide^, plu» fécondes et plus diirables que les premiôres, parce qu'elles cAmmandënt là paix au monde et qu'elles assurent la seule gloire véritable d'un bomme d'Ëlat, les progrès de l'esprit humain et la prospérité rédproque des peuples amis.

. Tant que la France était monarefaique et eonstitntionndie, l'Ai^Eeterre, représentative et libérale, étuit MA alliée solide et permanente but le continent. laolée dans sA liberté <»m«e dans ses Ues, une puissance prépondérante ou une monarchie universelle en Horope pouvait Termer k l'Angleterre !e mondé continental et la relégaer snp les ners. Ses idées, son commerce, sa politique, étaient i la merci d'nn conquérant russe, gennain on français. La tribune anglaise étouffée parlait en vain. La liberté manquait d'air et d'écho de ce côté de l'Océan. M. Pitt, esprit véritablement libéral alors, quoique depuis il ait été obligé par nos fautes et par nos excès de s'allier avec les cours absolues pour faire ou pour subir la guerre à la France, était loin de méditer, comme on l'a faussement écrit jusqu'ici, la guerre é la révolution. L'eût-i! voulu, il ne l'aurait pas osé. n ne gouvernait que par la majorité dans le parlement, et la AMijorité, qni lui prétait sa force, était favorabib en BAKsse aux idées qui prévalaient eu France. Les libertés re-* HgieusieË et les libertés politiques, dont le faïaceaa fbrntait la i^ilodophie française, étaient nées en Angleterre bien avant que nos écrivains, nos philosophes et nos orateurs les eussent naturalisées parmi nous. L'Angleterre y reconnaissait une sorte dé eotonjtf inteilecluelte de ses libres pen-

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seurs ; lever la main contre la liberté française lui eut paru en ce moment lever la main contre elle-même. Le ministère britannique qui lui aurait proposé d'éloufTer le système représentatîr en France serait tombé à l'instant dans son impiété et dans son blasphème.

Lfl Eévolution jrançaUe était aussi populaire à Londres qu'à Paris dans le peuple de la Gcande-Bretqgiie. L'arûlocratîe seule commençait â s'alarmer des principes d'une démocratie destructive de ses préjugés et de ses privilé|;es. Elle craîgnfiit l'effet, de l'eieiQple contre sa domination et ses rjohes^eSv Hais celle cramte, escore modérée, n'avait pa« H puissance d'entraîner la nation et If t;ouvernemeint îU)g)4is d8,ns des ItQ^tiUtég contre La France, M. Pitt et )'aristocrfitie.dv.parlevtent. liù coipwandajBUt li nealralit^. Ils ne doutaient pas qu'après quelqiies apcès d'es^gér^Uon et d'apej-ohie démagogiques, inséparables des révolutions le» plus Intimes dans, la crise 9Ù elles s'accomplîssaienli le bop sep^ et le courage, ces deux vertus organiques de la France, ne rétablissent l'équilibre «t le nivela entr^ lc< êléineols divers àoat l'ensemble forme un peuple en société. U. Pilt pe v^u^ait dpQc point la guerre, il ne la voulait méqie p^^ 4c,ux ans. plus tardi.eu 1792, quand DHingui'ie^ lui teiulit gecrètemcDt la main dp son champ de bataille de Belgique) après ses succès coolrc Icsi Prussiens. Toute uégoci^Uonduroi, df la reine, des émigrés pour mendier la ((iterre i Lpn^rçs eût été re^me nonsculement comme uq crÎQie, iqais comme uqe dérision. .

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Le génie philosophique et révolutionnaire du grand Frédéric, ce NachiaTet des rois, gouvernait toujours laPrusstf du fond de son tombeau. La Prusse voulait encore moins la guerre contre- révolutionnaire avec la France. La cour de Prusse et son armée, possédées d'une seule idée, dominer en Allemagne par rintclligence et ruiner l'ascendant de l'Autriche par la popularité allemande, méditait au contraire une alliance française et antîgermanîque avec la révolution quelconque qui triompherait à Paris. Cette alliance d'ambition, que la Prusse poursuivit même en 1792, avec la France répnblicaine, a été le rêve constant des politiques i cette cour. Chercher partout des ennemis à l'Autriche, même parmi les ennemis de l'Allemagne, c'est le fond de la politique de Berlin, l'héritage du grand Frédéric, politique perverse, mais nationale, d'un Etat qui n'a pu naître et grandir que de la rivalité et du machiaTélisme contre l'Empire. La courte et faible guerre que la Prusse essaya, sans la pousser à bout, sous le duc de Brunswick, en 1792, ne fut que l'accident d'un ministre qui penchait vers l'Autriche, M. de Harlsberg, et la velléité d'un roi parvenu, fier de venger les rois. Mais, en 1789, Louis XVI, la reine, le comte d'Artois, les émigrés, auraient en vain appelé la Prusse au secours de la contre-révolution.

Catherine II, disciple de Voltaire, de d'Alembcrt et de .Diderot, gouvernait la Russie les yeœc tournés du côté de l'Orient. Le glaive à la main contre les Turcs et l'esprit tendu vers la Pologne, cette impératrice ne se serait pas laissé facilement distraire de ces grands ïntérétii rapprochés

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d'agrandissement national, pour venir faire des campagnes en France contre les idées et les maximes de ces philosophes qu'elle promulguait & Saint-Pétersbourg. Des troubles en France et en Allemagne ne pouTaient que favoriser ses desseins sur la Pologne et sur le Turquie, en occupant l'Europe occidentale pendant qu'elle s'emparerait de l'Orient. Quelques paroles et quelques gestes de chevalerie monarchique donnés par Catherine et par ses favoris aux émissaires du comle d'Artois étaient tout ce que la contre-révolution pouvait attendre de cette Sémiramis du Nord.

L'Allemagne, fédération monarchique et féodale d'Êlats mal reliés par le lien de l'Empire, était lourde & remuer, lente à délibérer, tardive à agir, comme toutes les fédérations. L'esprit de ces différentes coars et de ces différentes populations était aussidïvers et aussi inhérent que leurs intérêts. La liberté de la presse et d'enseignement qui y existait par la plus inaliénable des libertés, la liberté de l'usage, y avait répandu l'enthousiasme pour ta révolution française. Ce fanatisme était théorique et inerte, mais il était un invincible obstacle à une ligue germanique contre la France. Le cœur de l'Allemagne battait pour notre philosophie ; ses écrivains commentaient même en les exagérant nos doctrines; ses poètes, KIopstock, Goethe, Schiller, chantaient nos triomphes démocratiques sur le despotisme, la théocratie et l'aristocratie. Les Allemands croyaient avoir remporté eux-mêmes les victoires populaires qu'ils célébraient dans leurs académies et dans leurs universités. L'empereur d'Autriche Joseph II, demi-grand homme assez hardi pour tout oser, trop impatient pour rien accomplir, avait médité l'émancipation de ses États du joug de l'Église de Rome. Prince philosophe, il voulait faire une révolution religieuse sans faire en même temps une révolution politique. Ses réformes des ordres monastiques dans ses États et ses

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schialnes en action contre la papautâ agitaient ses pensées

et ses peuples.

La Belgique se levait avec ses patriotes fanatiques et turbnlenls contre l'empereur. II voulait lui imposer ses réformes en même temps que la servitude. Il méprisait l'intelligence de Louis XVI et la légèreté de Marie-Antoinette sa sœur, il les abandonnait à leurs mauvais conseils et à leur inévitable sort. L'émigration ne recevait de lui ni estime, ni accueil, ni encouragement; s'il devait jamais intervenir dans leur cause, c'était après qu'elle serait désespérée.

L'Italie applaudissait à ses réformes antiromaines ; elle s'endormait sous ses petits souverains, vassaux de l'Empire; elle suivait des yeux et d« cœur la révolution française, comme l'apparition d'un nouveau jour qui devait se lever du haut des Alpes pour dissiper ses ténèbres et pour réveiller l'indépendance des peuples. Les pontifes seuls analhématisaient les doctrines françaises. La noblesse, les cours, les lettrés, le peuple, les prêtres même, en masse, y faisaient des vœux pour le triomphe des lumières et de la liberté en France. La cour de Piémont, de Savoie et de Sardaigne, plus asservie de tout temps aux idées du moyen flge par cette obstination des montagnes à résister & l'action des siècles, avait seule une politique contre-révolntionnaire et une armée chevaleresque à prêter aux princes de la maison de Bourbon, ses parents et ses alliés, pour la cause des rois. Mais cette armée ne pouvait être qu'un contingent

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