LITRE ONZIEME
confident intime de ce prince , que le marqnis de Favras pourrait négocier mieux que tout autre, avec secret et promptitude, l'emprunt dont son maître avait besoin à Amsterdam. Peut-être confia-t-on à demi-mol i cet agent l'usage politique auquel ces millions étaient éventuellement destinés dans les intérêts du prince et du roi ; peut-être le comte de Provence lui-même laissa-t-il connaître à ce négociateur les espérances d'ambilion dont il se repaissait et l'appui secret dont il se flattait du côté de la reine j peutêtre aussi, ce qui est plus vraisemblable , le marquis de Favras fit-i) de lul-^éme toutes ces conjectures, et, pour exagérer son importance et sa faveur , exegéra-t-il à ses yeux comme aux yeux d'autrui sa mission.
Quoi qu'il en soit, ses confidences, ses indiscrétions, les agents obscurs et suballernes qu'il employa pour recruter dans Paris quelques stipendiés â un complot ridicule dont il se disait le ressort caché et dont il laissait entrevoir les vrais moteurs dans le prince et dans la reine, ne tardèrent pas i transpirer. Il ne s'agissait de rien moins, selon ses agents, que de réunir à Montargis, aux portes de Paris, trente mille hommes invisibles composés de quinze mille Suisses et de quinze mille Allemands recrutés, réunie dans l'ombre, concentrés an cœur de la France, comme au signal d'un magicien, d'introdsire cette armée dans Paris i l'insu de Paris lui-wéme, et d'en faire le noyau de l'armée destinée à la délivrance de la cour. La démence de l'idée, du but et du moyen absolvait d'avance le prétendu C4)nspirateur et- ses prétendus complices. C'était évidemment le rêve d'un insensé donnant A ses chimères , pour les accréditer, l'autorité d'une mission détournée de son vrai sens. Le conte de Provence était incapable de donner un corps à de pareilles imaginations; la reine, que le prince flattait, mais qu'elle n'aimait pas, déroulait sans cesse son ambitioii
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au lieu de la favoriser : elle redoutaîl en lui un lieutenant général du royaume ou un régent aulanl qu'un ministre ; il était trop prés du trône pour qu'elle songeât à liii confier la politique du règne. Les prétendus crimes médités par le prétendu triumTirat, les assassinats préalables de Bailly, royaliste alors, de la Fayette, protecteur des jours du roi; de Necker, dont on n'avait plus rien ni à espérer ni à craindre, étaient des attentats aussi imaginaires qae le complot lui-même. Y croire était presque aussi odieux que les imaginer.
La Fayette eut le tort grave de feindre d'y avoir échappé. Il laissa retentir et poursuivre ces ombres par la commune, dans un temps où les suppositions les plus puériles passaient pour des preuves, conduisaient à l'échafaad. Il ne dédaigna pas assez comme des puérilités indignes d'un esprit sérieux la conspiration et le conspirateur. Cette afTaire, sur laquelle il revient lui-même dans ses Hémoires, <i obscure dans ses détails, ■> dit-il, « est, pour les gens " instruits, fort claire sur les points principaux. Si Pavras <i a vécu, ainsi qu'on l'assure, en aventurier, il est mort H en héros de courage et de fidélité. Le comte de Provence, « depuis Louis XVIII, son auguste compUee, a manqué i u l'un et à l'autre. »
A peine la Fayette avait-il fait arrêter Favras, qu'il envoya son aide de camp , M. de Boinville, au Luxembourg prévenir officieusement le comte de Provence de cette
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