LIVRE OiNZlENË. 1{I
arrestation. « Le premier mot du comte de Provence, » écrit la Fayette, dans l'intention visible d'inculper le prince, K fut d'avouer à mon aide de camp qu'il avait soupçonné u cette intrigue, et de nommer même une maison du fau- •( bourg Saint-Antoine. Sa seconde réflexion, après avoir « consulté ses amis, fut d'aller è l'hôtel de ville nier le
■ complot et renier Favras. La reine, poursuit-il, crut
■ d'abord que la Fayette avait exigé cette démarche; mais •■ quand la Fayette eut répondu à la reine que, loin d'avoir Il conseillé celte démarche, il pensait au contraire qu'elle •' était de la part du frère du roi une grande platitude, la « reine parut satisfaite. >.
Cette explosion et cette arrestation jetèrent le comte de Provence dans une transe d'esprit qui ne lui laissait que le choix des perplexités et des périls. Trop coupable de relations contre- révolutionnaires avec Favras pour tout nier, trop innocent de complots absurdes el sanguinaires pour tout avouer, il était jeté entre le désaveu de Favras, qui paraîtrait une lâcheté, et l'aveu des prétendus crimes de son complice, qui serait un mensonge contre lui-même et un véritable suicide de son caractère. Il ne pouvait ni justifier ni accuser le prévenu sans se perdre. Il éprouva le désir de consulter un homme consommé. Ses liaisons avec Mirabeau, nn moment rompues par les tentatives de coalition entre le grand orateur et la Fayette, avaient été reprises depuis que le vote de l'Assemblée, attribué en grande partie à la
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la lES (»NST1TUANTS.
Fayette, interdisait à Mirabeau le ministère pour lui-même. Il lui convenait alors de porter le comte de Provence au pouvoir , et de gouverner sous le nom de ce prince une révolution qui ne voulait pas le laisser gouverner sous son
} hâta donc d'envoyer dans la nuit le duc de Lévis, son premier gentilliomme de la chambre, consulter Mirabeau sur la conduite qu'il avait à tenir dans cette délicate circonstance. Le duc de Lévis, que Mirabeau dans son récit appelle l'homme gris, à cause de son costume qui cachait en lui l'homme de cour, raconta tout à Mirabeau. Il n'y avait point de péril â avouer des emprunts ou des mesures ayant pour objet, ou l'événement du prince au pouvoir, puisqu'il en était le conlidenl, ou une évasion éventuelle du roi hors de Paris , puisqu'il conseillait luimême cet éloignement de la capitale à la cour. « Comment " nous avons manœuvré, moi et l'homme gris sous ma con- « duite, I écrit deux Jours après Mirabeau à son ami, < est « inutile à vous dire. Le résultat vous fera deviner le con- X seil. Le comte de Provence a envoyé chercher H. de ■> la Fayette et lui a dit devant témoins : > H. de la Fayette, » on répand dans Paris le billet que voici. « (C'était la ru- M meur écrite de la grande conspiration grossie de l'assas- » sinat de la Fayette, de Bailly, deIfecker.)<<VousBveEun « grand crédit dans Parts, M. de la Fayette ; je ne douté " pas que vous ne mettiez quelque activité à détruire une <> calomnie dont les méchants disent que vous profitez... « J'irai m'en expliquer ce soir à la commune de Paris; 1 j'espère que vous y serez. »
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LIVBE ONZtËHG.
Ces paroles, prononcées avec l'ironie masquée de fausse confiance qui caractérisait dans l'occasion l'accent du prince, disaient assez â la Fayette que la crédulité qu'il nontrait pour l'accusation était une embûche entrerue par le comte de Provence, embûche dans laquelle il ne tomberail pas sans l'entraîner lui-même. Le prince le somma de l'accuser tont haut ou de le justifier par sa présence avec lai devant ta commune. La Fayette, aussi respectuenx dans le palais qu'il était téméraire en insinuations dehors, ne put pas se refuser à assister le prince de sa personne à l'hfttel de ville et â lui servir en quelque sorte de caution et de patron devant le conseil. Mirabeau avait rédigé et remis au duc de Lèvis le discours habilement médité que l'auguste accusé devait prononcer à la séance. Bailly, averti et favorable , avait convoqué les représentants de Ta Commune. Ils s'y rendirent tous, convaincus d'avance par la flatterie d'une visite d'un frère du roi qui faisait d'eux le tribunal suprême de l'opinion publique. Le prince y fut reçu avec des hommages qui écartaient de sa personne l'idée même d'une accusation.
» Messieurs, i> dit le comte de Provence, « le désir de « repousser la calomnie m'amène au milieu de vous. M. de u Favras a été arrêté avant-hier par ordre de votre comité « des recherches, et on répand aujourd'hui avec affecta- « tioQ que j'ai de gAndes liaisons avec lui. . . En ma qualité u de citoyen de la ville de Paris, j'ai cru devoir vous ■ instniire moi-même des seuls rapports sous lesquels je u connais H. de Favras. En 1772, il est entré dans mes
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1^4 LES CONSTITDANTS.
« gardes suisses; il «a est sorti en 177S, et je ne lui aï <i pas parlé depuis cette époque. Privé depuis plusieurs a mois de la jouissauce de mes revenus, inquiet sur les « payements que j'ai à Taire au mois de janvier, j'ai désiré •> de satisfaire mes eogagements sans être à charge au u trésor public. Afin d'y parvenir, j'avais formé le projet « d'aliéner des contrats pour la somme qui m'est néees- H saire. L'on m'a représenté qu'il serait moins onéreux i K mes finaDccs de faire un emprunt. M. de Favras m*a été u indiqué, il y a quinze jours, par M. de la Châtre, comme « pouvant l'effectuer par deux banquiers, MM. Charnel et H Sertorius. J'ai souscrit une obligation de deux millions, « somme nécessaire pour acquitter mes engagements du >i commencement de l'année et payer ma maison. Et cette B affaire étant purement de finance , j'ai chargé mon tré- 1 sorier de la suivre. Je n'ai pas vu M. de Favras ; je ne lui « ai pas écrit; je n'ai eu aucune communication avec lui. Ce qu'il a fait, d'ailleurs, ne m'est pas seulement connu. « Cependant, messieurs, j'ai appris qu'hier on l'épandait u avec profusion dans la capitale un papier conçu en ces « termes :
« Le marquis de Favras et la dame son épouse ont été « arrêtés le 24, place Royale, pour u» plan qu'ils avaient K fait de soulever trente mille hommes pour assassiner M M. de la Fayette et H. le maire de la ville, et ensuite de
■ nous couper les vivres. Monsieur, frère du roi, était u à la tête. ■
u Vous n'attendez pas de moi, » continua le prince, H que je m'abaisse à me justifier d'un crime aussi bas; •I mais dans un temps où les calomnës les plus absurdes u peuvent faire aisément confondre les meilleurs citoyens
■ avec les ennemis de la Révolution, j'ai cru devoir au roi, « ft TOUS et à moi, d'entrer dans tous les détails que vous
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