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« qu'aujourd'hui celte sentinelle se porte fort bien. Je K pourrais vous citer mille traits. On s'en sert pour empéu cher Monsieur d'arrifer, et il n'a pas pu encore s'avouer ' qu'il fallait foncer la porte. La reine le cajole et le dé- « joae, le roi niaise et s'abstient, Monsieur mollit et ne se B réjouit d'an succès même que comme on se félicite d'une Il bataille gagnée qui nécessite à faire un siège trés-dou-
■ leuxj enfin tout ceci est infîninient nébuleux. 11 n'y a « qu'une chose de clair : c'est qu'il voudrait bien trouver, u pour s'en servir, des êtres amphibies, qui, avec le talent ' d'un homme, eussent l'âme d'un laquais. Ce qui les pcrn dra irrémédiablement, c'est d'avoir peur des hommes, « et de transporter toujours les petites répugnances et les Il frêles attraits d'un autre ordre de choses dans celui oiî « ce qu'il y a de plus fort ne l'est pas encore assez , oïl ils « seraient très-forts eux-mêmes, qu'ils auraient encore be-
■ soin, pour l'opinion, de s'entourer de gens forts.
' La reine a refusé une audience au duc de Lévis. On u lui a répondu qu'on l'avertirait. D'un autre côté, je vous K défiedepcindre les excësoùseporte la licence des propos - et l'anarchie... Le jour des barricades, le duc de Guise
■ était loin d'être aussi maître de Paris que la Fayette... Je Il vous ai parlé de la scélérate facétie du garde national « assassiné : il se porte aussi bien que vous et moi. Paris « n'en retentit pas moins de fureur et de rage sur cet at- X tentât imaginaire ou simulé, et les bandes nationales <i disent tout haut, que s'il arrive malheur k leur général, " les nobles, les évéques, le clergé, serviront d'hécatombe K â cette grande victime!... Vous voyez que cet homme a « du moins le talent de tenir ses gens en haleine et de se • faire beaucoup de capitaines de ses gardes! Un accès de •I frénésie du parti populaire va nous faire passer la ■' Fayette pour empoisonné (car il parait que nous sommes
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■ à la dernière scène de ce drame plus ou moins filé). Si u le comte de Provence n'est pas au conseil aTant, il peut " être IrÉs-sérieusement compromis. Que voulez-vous que u j'y fasse? Toujours réduit à conseiller, ne pouvant jamais " agir, j'aurai probablement le sort de Cassandre. Je pré- " dirai toujours vrai et je ne serai jamais crn! Ne vous K fiez pas trop à Sémonville. Nous nous sommes très-bien ■I aperçus ici qu'il n'était pas et qu'il ne serait pas à nous <i (vous savez bien que c'est pour la Fayette qu'il travaille). " Le la Fayette devient très-nébuleux. Favras ne sera jugé u que dans un an. Vous voyez aussi que c'est là tenir tou- •I jours la vipère en activité pour menacer incessamment u de son dard. Cet homme (la Fayette) ne craint pas et u même désire A un certain point la guerre civile, qu'il u aura assurément; mais faute d'étendue dans l'esprit, il « ne voit pas que, supposé qu'il puisse porter son armée Il seulement jusqu'à Rouen, tout ce qui se passera aus u frontières, et surtout aux frontières éloignées, est abso- >< lument contre lui , eût-il en capacité, en argent, en en- * semble ce qu'il n'a pas et n'aura jamais I >i
On voit que Mirabeau attribuait, justement ou injuste-, ment, A la Fayette toute la joie et tout le bénéfice de l'angoisse on l'arrestation et le procès prolongé de Favras jetaient le comte de Provence. Ce jugement, cependant, fut moins ajourné que ne le supposait Mirabeau. Le parti de la Fayette, celui du comte de Provence, la Commune, la garde nationale, le peuple, èlaient également impatients d'innocenter, de IVapper ou de faire disparaître un bomme qui emportait les iniquités, les soupçons ou les craintes de tous.
Favras, plus extravagant que coupable, et certainement innocent des projets d'assassinat supposés, comparut peu de Jours après devant ses juges. Il était inculpé seulement
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par deux délateurs, Harel et Turcati. Ces hommes étaient intéressés à gagner le salaire de vingt-quatre mille francs promis par l'Assemblée à ceux qui révéleraient un complot contre la nation. Un banquier, nommé Chomel, attesta les démarches Taltes auprès de lui pour négocier l'emprunt de deux millions, mission avouée par l'accusé et par le prince. Quant au recrutement proposé par Favras à ses agents Harel et Turcati , il afSrmait que ce recrutement, dont il répondait seul, D'avaît pour objet que le complément de la légion qu'il levait pour son propre compte dans le Brabant.
Le banquier Chôme) affirma qae les prétendus projets d'assassinat de Bailly, de Necker, de la Fayette, étaient des chimères. 11 avoua que Favras lui avait parlé de rassemblements de troupes sur les frontières de Brabant et d'Allemagne, pour s'avancer jusque dans la Champagne et jusqu'b Amiens, et de projets vagues d'embaucher les gardes soldées de la Fayette pour les rattacher au roi.
Il n'y avait dans tous ces faits que des jactances, des tâtonnements d'esprit, des vanités de conjarès. Ils n'accusaient que des opinions contre- révolutionna ires , dont une partie de la France était coupable comme eux. Favras roulait dans sa tête plus de rêves que de crimes. La seule gravita de l'accusation était le nom du frère du roi mêlé légèrement ou indiscrètement par l'accusé à ses entretiens et à ses Intrigues. C'était ce qui faisait creuser plus profondément la criminatité de Favras. On espérait trouver la reine an fond. Des rassemblements sanguinaires, dont on ne devinait pas bien les moteurs, pressaient sans cesse les murs de la prison de Favras et les portes du tribunal, demandant ft grands cris sa mort ou celle de ses juges. La fureur contre loi semblait s'accroître de l'acquittement du baron de Bezenval, que le ChAtelet venait d'absoudre. Le peuple con-
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im LES CONSTITUANTS,
sentait à perdre fine de ses victimes, mais à condition qu'on loi en livrerait une antre. Favras était cette victime. La terreur des jof^s fiil pour beaucoup dans sa condamnation. Il l'entendit avec une intrépide i^sipation. Il demanda seulement à justifier sa mémoire. Il employa les dernières heures de sa captivité à écrire une révélation complète et circonstanciée de la conjuration dont II avait été l'instrument et dont il allait être la victime. Cette révélation n'a jamais été lue que par un seul homme, le lieutenant civil du Chdtelet Talon. Talon, suspect d'en avoir grossi la gravité pour grossir le service qu'il voulait rendre en fétonffont, a prétendu qu'elle contenait l'aveu de la participation complète du frère du roi aux menées de Pairas.
Ces encouragements da comte de Provence ne suffisant pas encore à Favras, il avait exigé que la reine, dans une entrevue, lui confirmât ses intentions. Cette entrevue n'avait pas été accordée; mais la reine, en passant devant Favras «ir la terrasse du bord de l'eau, avait prononcé certaines paroles convenues et k double sens qui ratifiaient, selon l'accusé, les instructions données par le comte de Provence. Ce subterfuge, renouvelé de la rencontre de Marie-Antoinette avec le cardinal de Hohan dans les jardins de Versailles, n'était qu'un plagiat de mystère invraisemblable dans un temps où la reine recevait librement tons ceux qui avaient à l'entretenir. Favras avait été CCTtainement dupe de sa propre imagination dans cette estre-
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