LITRE DIXIEME
t craindreet tout braver; où le tumulte renaît du tumulte; « où l'on produit une émeute par les moyens qu'on prend ( pour la prévenir; où il faut sans cesse de la mesure, et
■ où la mesure parait équivoque, timide, pusillanime; où t il faut déployer beaucoup de force, et où la force parait « (yrennie; où l'on est assiégé de mille conseils, et où il ( faut prendre conseil de soi-méine; où l'on est obligé de ( tvdouter jusqu'à des citoyens dont les intentions sont ( pures, mais que la défiance, l'inquiétude, l'exagération,
< rendent presque aussi redoutables que des conspira- ( teurs; ôà l'oo est réduit même, dans les occasions diffi- ( Cîles, à céder par sagesse, à conduire le désordre pour
■ le retenir; où il faut encore au milieu des alarmes dé- » ployer un front serein et toujours calme, n'offenser per-
< sonne, guérir toutes les jalousies, servir sans cesse et
■ chercher à plaire comme si l'on ne servait pas!
« Ne craignons pas de voter notre reconnaissance à nos
■ deux collègues, et donnons cet exemple à un cerlaïo
■ nombre d'hommes qui, imbus de notions faussement * répubMcaines, deviennent jaloux de l'autorité au moment ( où ils la confient et lorsque au terme fixé ils peuvent la c reprendre; qui ne se rassurent jamais ni par les pré-
■ cautions des lois ni par les vertus des individus; qui
■ s'eliTrayetat Sans cesse des fantômes de leur imagination;
■ qui nesavent pas qu'on s'hohorc soi-même en respectant
■ les chefâ qu'on a choisis; qui ne se doutent pas assez
< ^\X6 lé zèle de la liberté ne doit point ressembler à la
■ jalousie des places et des personnes ; q^i accueillent trop ( aisément tous les faux bruits, tous les reproches, toutes
■ les calomnies. Et voilà cependant comment l'autorité la
< plus légitime est énervée, dégradée, avilie; comment
■ l'exécution des lois rencontre mille obstacles ; comment € la défiance répond par tous ses poisonb; comment, au
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» lieu de présenter une société de citoyens qui élèvent
■ ensemble l'édifice de la liberté, on ne ressemblerait plus
* qu'à des esclaves mutinés qui viennent de rompre leurs « fers et qui s'en servent pour se battre et se déchirer
* mutuellement.
( Je crois donc que le sentiment d'équité qui nous porte •1 à voter des remerclments à nos deux collègues est encore
* une indication indirecte mais efficace, une recommanda-
■ tion puissante â tous les bons citoyens de s'unir à nous
< pour faire respecter l'autorité légitime, pour la main- > tenir contre les clameurs de l'ignorance, de l'ingratitude
* ou de la sédition, pour faciliter les travaux des chefs,
< leur inspection nécessaire, l'obéissance aux lois, la régie, ( la discipline, la modération, toutes ces vertus de la « liberté. Je pense enfin que cet acte de remerclments
* prouvera aux habitants de la capitale que nous savons,
■ dans les magistrats qu'ils ont élus, honorer leur ouvrage, « respecter leur choix... ■
On sentait dans le discours que Mirabeau avait fait préparer par Dumont (de Genève), l'un des rédacteurs de ses pensées, combien il lui en coûtait d'exalter en public le rival qu'il ravalait en secret et le dictateur dont il redoutait la puissance.
On y sentait aussi l'adulation politique à un favori de la capitale avec lequel il s'allierait au besoin pour la dictature; on y sentait enfin cette exagération d'estime et d'espérance affectée envers H. Necker, afin d'écraser la nullité de l'homme sous l'excès même des expressions.
Les documents les plus secrets du temps attestent qu'à cette époque Mirabeau caressait indirectement la Fayette pourl'attirerdansune alliance avec lui.La Fayette n'aimait pas à partager l'empire, et il ne cachait pas assez son éloignenaeDl pour un homme qui avait à ses yeux le double
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