LIVRE ONZIEME
époux et par leur père. Favras, fléchi par ces cousidératiODs, remit sa justification k Talon, et promit Je silence devant le tribunal et devant l'écharaud.
Condamné le 18 février, il marcha le 19 au supplice. Un peuple immense, allérëde son sang, le suivit de ses imprécations depuis sa prison jusqu'à son échafaud. Revétn d'une chemise rouge, portant sur sa poitrine et derrière ses épaules deux écrîteaux où l'on lisait : Conspirateur contre l'Etat, on lui fit faire amende honorable devant le portail de la cathédrale. Amené lentement de là sur la place de Grève, où le conseil de la Commune était rassemblé, il demanda à être conduit dans l'intciieur du palais pour révéler, disait-il, des secrets d'État. « Si je révélais, ■ dit-Il an juge qui assistait à l'exécution, i le nom du grand persona nage qui m'a remis les cent louis mentionnes dans mon > procès, serais-je sanvéT i Le juge lui répondit non. « Eh ■ bien, ■ dit-il alors, ■ je mourrai avec mon secret. >
Cependant, toujours flottant entre la tentation de sauver sa tète par quelques révélations subalternes, les seules qu'il eût réellement à faire, et la nécessité de mourir, il diercha à gagner la fin du jour et à lasser l'impatience du peuple en dictant sous les yeux des magistrats et des représentants un long testament de mort sous la forme d'un dernier interrogatoire devant ses juges. Tout ce qu'on y lit de plus grave à travers une divagation verbeuse sur ses actes, c'est qu'il s'était mis en avant comme un conseiller
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iU LES CONSTirrAHTS.
officieux de la cour pendant les journées d'octobre, à Versailles, et qu'il avait reçu cent louis de la main d'un grand seigneur ami du roi, pour solder des défenseurs du château. Il laissait même entrevoir, avec une secrète vanité de conspira tetfr, que ces cent louis devaient être un don du roi lui-même ; mais il niait toute conspiration criminelle, ou de lui-même ou par l'instigation d'un grand coupable. On voit dans ces pages funèbres l'embarras d'un mourant qui a peu de chose à dire, qui veut en dire assez pour mériter sa grâce, et qui veut se donner l'air d'en retenir beaucoup plus pour mourir, s'il faut mourir, avec le mérite apparent d'un généreux silence. Conspirateur officieux, cherchant l'importance et trouvant la mort, tel paraît en rëalilé, A cette dernière heure comme pendant sa vie, le marquis de Favras. Il n'intéresse qu'au moment où il redevient homme, époux, père et mourant pour recommander sa famille, sa mémoire, sa dépouille et son Ame aux hommes et à Dieu.
€ Je pardonne, » dit-il en finissant, > i ce peuple que « des bruits accrédités ont trompé, et qui lui font désirer « es ce moment ma mort. Ce n'est qu'une vie que je rena drai un peu plus tôt à l'Être éternel qui me l'a donnée, a et qui, s'il me fait grâce, m'accordera peut-être, dans sa • justice, un dédommagement personnel à l'infamie dn « supplice qui termine mes jours.
« Je recommande ma mémoire à l'estime des honorables > citoyens qui m'entendent ; j'y recommande mon épouse a trop infortunée, que des adversités relatives ô la religion
■ catholique, qu'elle professe, ont éloignée du sein d'un « père et d'une famille dont l'alliance ne déshonorerait pas « nos rois. Je recommande deux malheureux enfants que
■ je laisse ft l'attention de ceux qui, dans quelques-unes s des circonstances de leur vie, croiront pouvoir les dé-