LIVRE ONSICIIE
Bastille , auxquels Hirabeeu l'accusait avec raison d'avoir été complètement étranger. Il se montrait en même temps très-hostile contre la cour. Les demi-mots rapportés par lui-même dans sa correspondiinee ne décourageaient pas complètement tes factieux. Condorcet,Brissot, Camille Desmoulins étaient ses amis. Les républicains ae désespéraiant pas de son appui secret dans l'avenir. La popularité, de quelque c6tè qu'elle soufflât sur son nom, était respirée^ar lui avec complaisance. En maintenant le perpétuel équilibre d'espérances de tous les partis, il maintenait l'anarcliie sur laquelle il prévalait seul. Il n'est pas douteux que si la Fayette, au lieu de ce rdle ambigu, eût adopté franchement à cette époque ou la cause d'une royauté constitutionnelle, mais forte, ou la cause d'une république appelée par son nom, la cause pour laquelle il se fut prononcé aurait prévalu, et que trois années de lutte ou d'agonie auraient été épargnées â sa patrie. Hamine honnête mais indéciSi qui ne sut jamais choisir, et qui, en ne choisissant jamais, resta la Vaine perspective de tous les partis. Il fut le Fabius des ambitieux, perdant le temps pour la. monarchie et pour .la, rèpulfllque, pour prolonger une .situation pe^^onpelte- q^ il tenait seul en suspens la monarchie et 1» répùhlique< Il 3e flattait, comme on l'a vu dans ces oitalions, de remettre et de lùisser, en se retirant, toute chose, le roi, le peuple et lui'tnêtiie, à leur place. La place du peuple, après tjois années de cette dictature, fut la tyrannie, celle du roi fu,t l'échafaud, celle du dictateur lui-même fut l'émigration et le cachot d'OImutz. Leçon aux hommes d'État qui ne se dévouent tout entiers â aucune cause.
Dg.l.zecit>>COOglC
LES CONSTIT|UA;f|'S.
. L'^tp)!^!)^^ çerpifiielle de ,l^,^l^yç^^^, api'^^.ie ijrîomphe qu'il yt " ' empprier sup le .co;|it^ d^ PfO{ï^ee, était le duc . Il tremblait san? cesse^qfif.ce grand
laptieux ^e It sur la côte de Fraace.etn^y'QMle'
Ver contre ... .. -.jpeau d'une pojtularjté déma^gique daas Paris, ta Fayette entretenait, une CArrespandaiice fréquente à ce:Sujet avec M. de la Luzerne, aEB;^\a3s§dwr du roi à Londres, chargé de surveiller les dénur^clt^SuJu prince proscrit. . , . i - -i- -
« Malgré le hras de mer qui nous sépare^ » (ui écrir«it. H. de la Luzerne, « croyez bien ^u'il est peu de. pays #U: •• monde où l'on s«it plus occupé de. tqiu qu'ici, Je DR nous. « dirai pas actuellepient que l'on tous aime et qtuft'uQ dé'>
> sire vos succès, mais je puis vous as&urer avec véf^iléjqiie u l'ou vous respecte et que l'on vous aUpiirej ce, n'est jias, u seulement le peuple anglais, mais aussi le roi, quoiqu'il K a'eût pas naturellemeut d'inclination pour vous avant les « Événements actuels. J'ai -mandé sur cela une anecdote
■ assez particulière â nos amis communs. J'imagine que >i vous la savez par eux. ^^igiu je vous dise que vous « n'êtes pas fort populaire pour'iios émigrés, U n'est pas H de français et de Française i^ui . ,i^ p^r],^ dç; ,v;i^Sj avf c •I plus de considération depuis que ^ops ffi'aji^iii^nivfit^^,^
■ confrère amliassathiiir (dan^ Ic duc ^d'C^IcaD^)f. Iç \f)^i,
■ avoue même qjie, q^i^oiq^ijiê' je ^'^.fu^gse.jÇftirt.hfSliP**^*-
> je crois ^iie vbus^ye^ l'cn^u. tfji bîet) , ^gr^nft f^fÇnH^^^ u votre pajjs.e^ l'engageant pj^lime^t 4|. l'^liW^dQnper.
« ,iVim5,l.lç^'^eit)( jfi «)<)ire p9l(li^q|^fiiqn;i|,pfi ^pquv? „
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trPWE ONZIElBE.'' ' 169 ,
<■ pas d'acquérir ici à celle qu'il aurait pu acquérir en « France, où je pense que sa personne, ou plutôt son nom
■ est antipathique aux g^is.'qnij comme votis, désirent le
■ rétablissement de l'ordre et la fondation d'un bon gou* H vernement.
' u A^ surplus, te' nouvel ambassadeur' (fè duc d^Ortéâns)
■ B^est feùèré plus & soii'oisë à Londres qu'il ne Tétait S •i PaHs' aVAnt son départ. AiicnnlFrançais' (et cependant u noUs' en avons beaucoup) ne veut le fréquenlei' i et , o-queiïfDMlTbie'secrèteœent'U. de Calonne, ils nient l'un u- m rtnitre avoir aucuii commerce l'un avec l'autre, ce qui •" 'di^tTefnlfe leur commercé Tort agréable. Lé priiice n'est •'-'guère ploié heureux avec les Anglais qu'avec les Fraii-
■ çais. On le regarde comme ayant déserté son poste, ce «qutesti'âans'ce pays, un crime capital. Il se borne donc •'l-la^siMSiëté de son ami le prince de Galles, à 'quelques '■côMplf^afifs^t ft madame de Buffon. Il ne me parait pas u- liepoidtriit Séâlrer de retourner en France. Je tous as* K"sura que je veillenii de près ses démarches, èl qu'il ne T'Mi'lifa pas-que tous ne soyez prévenu, n
iif'Pà^tfe',' n'^'sé seitànt pas encore assez rassuré par les'lMtMs de H. de la Luzerne, envoya à Londres son aide' de'«tfnt^ affidé^ H. de fibihvillé, avec les instructions sui- ' vattteSrrtCilloigna'gé'âecret et curieux de sa prévoyance.
■'H.'d% Btiinville, * dît la Payette dans ces instruction^, ' « s'eiMpt^sera de Taire connaissance avec H. de'Ia Ëuzerhé, ' •> et dé lui 'communiquer tout ce qui pourra intéresser c^t '
170 LES CONSTITDANTS.
« ambassadeur, en lui demandant ses conseils et ses secours
« dans tontes les occasions.
« Il est intéressant qne je sois instrnit par toutes les •1 portes, et, dans les circonstances qai demandent promp- > lilude .et secret, par des courriers partieuliers , des « projets aristocratiques et ortéanistes. M. de Boinville
■ édaircira le soupçon que j'ai d'une rétinioR entre les V' deux partis par l'entremise de H. de Calonne.
■ Dansle cas où H. le duc d'Orléans reviendrait en France, « H. de Boinville ira le trouTer, et lui dira :«Honseîgneur,
■ TOUS m'avez vu aide de camp de M. de la Fayette ; je suis u ici par ses ordres; il est inutile d'entrer dans le détail
■ des circonstenceB qui tous ont divisés. M. de la Fayette « croit qu'il ne convient ni à vous ni à lui que vous re- •> tourniez à Paris avant la fin de la révalnfion ; et, comme « TOUS ne pouvez y être que son ennemi, il doit franche* u ment vous le déclarer, et vous dire, monseigneilr, qu'à « l'instant de votre débarquement, il vous regarde comme « tel, et que si vous arrivez â Paris, son inteiition est de « se battre le lendemain malin avec vous, et de s'en jnsti- » iier le même jour & la barre de l'Assemblée nationale. i> « Cette déclaration ne doit être faite au prince que la H veille de son départ, ou même le matin, s'il part dans la « soirée. Il
M. de la Luzerne, àqui U. de BoinviHewVaît communiqué :es iastructions, rassurait ainsi taFayetlc-! oH.de Boinville.
UVAE ONZIEME. 171
1 m'a commutiiqué, mos cher marquis , les instructions K que vous lui avez données lors d^ son départ de Paris. K J'y ai assurément bien reconnu la sagesse et la prudence I qui vous ont fait triompher toute votre vie des entreprises K les plus épineuses, le parli que vous avez pris est extrâ- K mement noble, loyal et décisif. J'espère que vous ne serez n cependant pas obligé d'en venir aux dernières extrémités. u Ce charmant prince est aussi prudent que conséquent ,
■ et jp crois que, toute réflexion faite, il restera tout l'hiver
■ avec sa ebére Agnès. Je sais plusieurs dispositions inté- •• rieures qui me font au moins croire qu'il ne songe pas k ' s'éloigner de Londres. Cependant, je sens combien il est K nécessaire de le veiller, et je vous assure que M. de Boin-
■ ville et moi nous ne nous endormirons pas, et que vous « connaîtrez au moins une grande partie de ses démarches. « Il s'occupe, dans ce moment, à faire, un emprunt de cinq a millions; il donne pour prétexte qu'il est obligé de remit bourser cette somme à sa sœur pour les reprises sur la « snccessinn de son père. On s'occupe des moyens de lui « faciliter cet emprunt, et H. de Montmorin, à qui j'écris H use lettre par ce même courrier, vous dira les détails. i<
L'Assemblée, cependant, installée dans sa nouvelle salle et plus tranquille sur les lùcuvements tumultueux deParis, reprenait avec moins de découragement, mais avec un anlagonî^ifl plus acherné des partis dans son sfân, le travail et les dÊlibèmtions' sur la coostitatiM^ Depuis les é^éne-
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173 LEfl C(HfSTfTfAI47S.
iDents d'octobre, Wii&\aJite, î&aiMrçue d'abord, qui serrait i«â deux, partis s'étitt approfondie et élacgie; le$ disctiasions n'étaient plus desdJMktseionstc'étqit la guerre de&ppiwjoofi, des res9eiUiinwtgetdes^parolçs..Cbaque nuance, réunie en gr<H)pe plw.Ott iip^ins noinbr^ux &ou$ le drapeau .d'ime théorie et sous Ls.Qopi d;e ses orateurs, y for^t un ,c^i«p qui ne se confondait avec aucun autre et qui concertait en dehors de l'Âseembléei dans des réunions ou dans des clubs, sa tactique, ses vptes,, ses discours. Les dépaté^ jacctbins, qui siégeaient sur les bancs les plus élevés .de l'extrême gauchcg et qui donnèrent depuis à ces hauteursJe naiu sj^bolique de la Moittagne, étaient, avecBarére, ilabespierF«, Pétion, Duport, Barnave, Alexandre et Charle$ I^metjv le prince de Broglie, le baron de Menou, le duc d'Aiguillon, le duc d'Orléans, le marquis de Sillery-Geuli#,.SiB^j^, le marifuis de Beauharnais, Carnot, Grégoire et ces Aombrenx députés de la noblesse, du clergé et du tiers élal,iqui,5elç|n l'expression de Duport, voulaient labourer profond.. po»f amener â la surface un nouveau sol pour de. nouT^I|[£s idées. Les maximes de la philosophie étaient leur symbole; leur seule passion était le triomphe delew j>hilos^ie; leur seule œuvre, la démolition rapi<|e.et>co»iplète.-df; to^t le vieux système fêodal, politique et surtout saper^m^qffi s'opposait à la réalisation du gouverneiaent ratiangtd, égalitaireet phihisaphique dont Us avaient p^isJe,typ^c^BS le Télémaque de Féneion et |e Cotitrvt saetal de.j.-^.RoiMseau, . ■■■■..., i, ., iri, ■, ,.i..,,..-i
Toutefois, A l'exemple de.ces imt. plMlo»Qph«9,ils étcipnt dérapera tes 4aw Mre encore républicains. ,JÛi .aeul^tPP!)^^ sion 4u,'ilS' fissent aux bahitivles de la oatton^P'é^aUu» .roi héréditaire, .eKcrsentencpre^ npn lasouveraiAf^xi^sJa Diagistral«re'6upr4n>e,«u sommef d'woioeustitutîiw dput tous les degrés ^^aienf .i>ppiilaijr^s.^{tpl)4^ie)T^f|ii^inéfae,
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LITRE ONZIBHB. m
1« plus abeola ef le iilnsinrfleiitiMf» de totis, se'«6n4«rnn)t'â nnstSfict natfonal en' admettant un r6i constitiJilMnél,' ainsi humnable dans son inaction. Ce dépatédMarsllhânteiùent 'ion ^taékem^t à l« ntonbrcMe ret>ré^»ta(tye:'Selitenient ée pferti, semblable en ce!a â lâ'Fayettev repoUSsaHlà royauté tn proelamant nn. roi : les uns par inexpérience , leTest^ 'par complaisance poor le préjugé publie; croyant qn'nac inconsëquence eonronnêe poiiiYeit lobsûter éân^ an'sotn- -met de l'édMce sociat pendant un tertaln nombre d'ann^s ou de'ïiëcka sans convaincre la nation de soA intitilité, et Sans atll'eppéWgatiTe que ta fiction mêlaphyst^ qn'ofl t«i IbfisaiC pouf tout attribut de SB souveraineté.
Les dé|Mlés' jaeab!ns n'étaient donc préoccupé* que d'une -sêole pf^niée dans Tœnvre eonstitiitionnelte, dèsannerla PoyaUtë île tout pouvoir et de toute action personneHe^ par 'éltéèième, par ses ministres, par ses agents, et ne laisser Wroi'qtte'lê geste et la responsabihtë du gouvernement. BnreÙP dépltwable de ces législateurs è qui la Fayette «VBÎI nr^pporté tout le plagiat des institutions américaines, sans -avefr t)sé en rapporter l'esprit, l'Araeet le nom. Ilâs'effor- (iiifttt, k son exemple, Àt posCT la (éie d'une mpnaisi^ie sur 'IS fcoÉpâ' d'une république, Oncpcyait voir è celte époque 'b^aiiè^Dp de complots dans le cdlégauéhe de TAssembHc feid^s les Jacobfns; îly lavait stu-tomdesillifsionsi '■-'<' ' 'Anc^tfc'siégâaiëHt', sons le ilOM <te «onstMationnels él âe itlottérl^s, les véritables hommes d'Etat dé rAssemblâe. Ceux-IA voulaient avec la gauche détruire le despotinne, 'l'aH^toi^r8ti'e',rta doiÉisation politique de l'Église^ d«iiner "M peuple ta prérOgtitiVe de la' délibération de-»#s toiS) 'du TÔBedé'séâ suMdi^,laîssepàtiroV la prérogMivte^û pouvoir executif -pl^ et 'entier,^ Quoique reSptaHBblepar'isifr-nli- - nîMi^^, fit «onstltubr «rie monarehie 4é nitBona«iKefl (d'une monarétlte de jiréjii^s.' Ces ' homtnes, qui Pépohdaloitfle ».
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174 LES COH&T!T[JA;tTS.
mieux en 1789 à l'esprit presque iioanime de la France, étaient les plus nombreux, parce qu'ik compresaient le mieux l'instinct du moment et de la nation. On y comptait ClcrmonL-Tonnerre,^Bailly, leslfi Rocbefoncauld, les Liascourt, lesMontmorency, les Cniloo, tes Castelliine>l«s Talleyrand, la plus grande partie de la haute noblesse- Sûrs par |a grandeur même de ces noms et de ces propriétés de ne pas déroger dans la liberté, les oratenrs les plus accrédités de ce véritable centre national et monarchique à la rois étaient les Tronchetjes Chapelier, lesficaumetz, les Target, les Tbouret, lesMoljOuet, presque tous exercés àl» jurisprudence et à la parole par le barreau; lesBureaude Pusy, les d'André, les Dupont (de Nemours), lasSoufflers, que les lettres, la magistrature et l'administratioa aveientpréparés à ces travaux de la légi&IalioB. Mirabeau les dominait tous et les couvrait de son éloquence dans les grandes occasions; mais, comme tous les grands hommas, Stirabeau s'encadrait mal dans les limites circonscrites d'un parti. Il était à lui seul un parti ; il n'oubliait pas les ou-> trages qu'il avait reçus de la noblesse en passant aux fAér béiens. Les ressentiments anciens qu'il en nourrissait dans son âme, le besoin d'intimider par des gestes et par des foudres de factieux ceux qu'il v«ttlait conduire, l'habitude de retremper son nom dans l'applaudissement de la presse et de l'émeute, le faisaient souvent échapper au centre pour arracher à l'extrême gauche, «Uiui par les idées, au moins par les passions, la palme de la popularité. Aucun groupe de l'Assemblée ne le possédai,!; il. prêtait la victoire-A tous. Le 6 octobre avait grossi la, droite, ou le parti royaliste, de plusieurs i^qd^s çQmme , Mounier,, YivifiD» Bergasse, Lally, Clermont-Toniie;rre, JUaiouet, gignalés au commeneementpar le^rs temlanccs réformatrices aux étate génëraHx. Les , uns .s'élaiei^t retirés, saps dignité iet,«ans .courags au