LIVRE DOUZIEME
difficile à organiser et à contenir dans de justes limites, mais commandée par la prudence comme par l'humanité à une nation de prolétaires qu'une révolution jette de la misère dans l'insurrection.
L'arocat Linguet, publiciste aventureux et écrivain verbeux, donnait dans un écrit populaire te bruit et [e mouvement à ces idées. D'autres proposaient pour les départements des compagnies de Crédit foncier, modèles de celles qui sont aujourd'hui fondées cl prêtant aux propriétaires endettés jusqu'à concurrence des deux tiers de la valeur des propriétés; d'autres, enfin, une banque nationale au capital de plusieurs milliards, ccniralisée dans les mains de l'Étal, ayant pour la sécurïlé de chaque citoyen la garantie de la nation tout entière et faisant au profit des corps et des particuliers l'office des banques individuelles.
Mirabeau, à qui tous les inventeurs d'idées apportaient nuit et jour leurs systèmes pour qu'il leur prêtât son émc et sa voix, traita magnifiquement ces matières dans un discours médité à la séance du 6 novembre. Dépôt intarissable d'idées et d'études depuis sa jeunesse, habitué par ses travaux sur les finances, sur tes caisses d'escompte, sur l'agiotage, sur la banque, â sonder les mystères de l'économie politique et du crédit, il n'avait qu'ù recueillir sa pensée et à ouvrïi^ ses lèvres pour en laisser découler les véritables théories sur la richesse des nations : caractère dislinctif de celte éloquence qui pensait toujours en parlant, et qui jetait dans ses auditoires autant de lumière que d'éblouisseinent. L'économie politique et la théorie des finances n'ont pas fait un pas au delà des vérités promulguées dans ses discours par Mirabeau.
« Une nation habituée à l'usage des numéraires mélal- <■ liques, » dil-il en commençant, •> une nation que de ■ grandes calamités rendent timide et défiante, ne peut
Kt LES CONSTITUANTS.
« pas Ëlre longtemps privée de ce numéraire sans que la u gène et le trouble s'introduisent dans tontes ses Iransacu lions. Elles s'approchent à grands pas ces calamités... « Nous touchons à une crise redoutable. Observez, mes- « sieurs, que non-seulement le numéraire suffisant ne cir- ■I Gule plus, mais encore que chacun est fortement sollicité « par sa terreur de l'avenir et par la prévoyance de sa sé- « curilé A thésauriser aulant que les circonstances le lui « permettent. Observeie que les causes qui tendent i faire u sortir le numéraire du royaume, loin de s'atténuer, deu viennent chaque jour plus actives, et que cependant le « service des subsistances à l'inténeur et l'approvisionne- « ment des subsistances à l'étranger ne peuvent pas se faire » sans numéraire en espèces. »
Les causes de cette pénurie des espèces ne sont pas, selon Mirabeau, dans la révolution elle-même (et ici il trompait son auditoire sciemment pour ne pas dépopulariser la révolution, car toute révolution effraye les esprits, et tout effroi resserre et crispe les mains qui tiennent le numéraire). <> Ces causes, » poursuivit Mirabeau, « sont àaiis a les vices de la caisse d'escompte» (institution de M. Kccker, qui avait remis le seul crédit existant dans l'État à une seule compagnie privilégiée d'agioteurs). « Ce papier,
■ dont le remboursement n'est pas exigible i présentation, « est sans valeur sur les marchés étrangers. Il faut donc o payer l'étranger au comptant ce qu'il refuse de recevoir
■ en papier de crédit de cette caisse. » U demandait, en conséquence, une série de mesures propres à assurer l'importation des subsistances; il demandait, de plus, la création d'une banque nationale de crédit chargée d'appliquer â la dette, au service de l'État, aux transactions entre particuliers, â l'économie entière des finances, les moyens de remplacer le numéraire manquant, et de. le recréer sous
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