‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 64 sur 117 · LIVRE DOUZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE DOUZIEME

compte serait la base, et qui émettrait trois cent quatrevingt-dix millions de billels servant de numéraire. Il écartait ou il Éloignait la vente des biens du clergé, et proposait d'en laisser du moins l'administration à ce corps, concurremment avec une commission de l'Assemblée nationale. Il proposait d'exiger seulement de cette administration des biens du clergé par lui-même quatre cents millions en quatre ans, attribués à la caisse nationale, et le service de cinq millions aux biJpilaux cl aux établissements charitables. Il instituait enGn une caisse d'amortissement dotée de trente-cinq millions, restés libres à la fin de 1790, et chargée de rembourser intégralement les emprunts dont le remboursement était arriéré. Il présentait en résultat une perspective de sécurité et de prospérité qui ne coûterait pas à la nation de trop pénibles sacrifices et surtout aucune honte. Lerapportexprimait parfaitement l'opinion moyenne de la nation, de M. Necker et de l'Assemblée sur la régénération des finances. Il rendait le calme aux imaginations des contribuables et des créanciers de l'Étal.

Mirabeau attaqua le lendemain, avec une intrépide énergie, dans sa hase insuffisaDte, fragile et privilégiée, la caisse d'escompte posée, par M. Kecker et par M. de Montesquieu, comme la pierre fondamentale des finances de l'État. Il avait juré dès longtemps Laine aux agiotages privilégiés, mensonges de crédit selon lui et selon la vérité, qui ne profitent qu'à leurs exploitatcurs. II ne voulait, avec raison, d'autres privilèges de crédit dans l'Élat que l'État lui-même. Il voulait l'assignat, monnaie de papier émise par l'État seul, plus facile à multiplier que le métal.. Il voulait de plus, non comme économiste, mais comme philostiphe, l'émancipation du sol des mains du clergé. Il s'alarmait de ces temporisa lions et de ces ajournements à la vente des I)iens de l'Église, que M. Necker et le comité,

U3l.z.llt>>COOglC

des finances semblaient présenter comme un subterAige qui tromperait le vote consommé de l'Assemblée sur ces biens. Tons ces molirs l'élefèrent au-dessus de lui-même dans le discours du 10 nov»nbre snr la caisse d'escompte.

Après avoir foulé dédaigneusement sous ses pieds en débutant les diatribes publiées par les agioteurs et leurs stipendiés contre ses idées, il attaqua à la fois le plan de Kecker et celui du comité des finances.

■ Ce plan, > dit-il, a s'adapte si peu à nos besoins, les « dispositions qu'il renferme sont si contraires à son but, a l'effroi qu'il Inspire à ceux mêmes qu'il prétend sauver > est un pliénomène si nouveau, les deux classes d'hommes « que l'on s'attend si peu à reucontrer dans les mêmes « principes, les agioteurs et les propriétaires, les finan- * ciers et les citoyens, le repoussent tellement à l'envi, « qu'il importe avant tout de fixer les principes et de cbera cher au milieu des passions et des alarmes l'immnabte « vérité.

■ M. Necker est venu nous déclarer qne les finances de " « l'État ont un besoin pressant de cent soixante etdix mit-

■ lions. Il nous annonce que les objets sur lesquels le tréa aor royal peut lès assigner d'après nos décrets sont assu-

■ jettis é une rentrée iente et incertaine; «{u'il faut, par « conséquent, user de quelque moyen extraordinaire qui « mette inceEsammmt dans ses mains la représeûtation « de«es oentsoixanleetdix millions.

)ji.z.iit>,Cooglc

Page 1