‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 68 sur 117 · LIVRE DOQZIEUE · texte numérisé non relu

LIVRE DOQZIEUE

ment. H. Agier, rapporteor de son comilé des recherches, plus actif que celui de rassemblée, lut, le 50 novembre , le rapport accusateur de ce comilé contre les fauteurs du rassemblement des troupes à Versailles au 14 juillet, c'està-dira contre les ministres, les généraux et le roi luimême. Le rapporteur glorifiait, dans ce rapport, le rôle jusque-là déshonoré des délateurs, et faiBsit, pour la première fois, de la délation la vertu des patriotes. Le baron de BezenvftI, le priace de Lambesc, le ministre de la guerre de Pnységur, tonsles hommes suspects ou convaincus d'avoir poussé la cour atix projets liberticides, y étaient dénoncés à la vengeance des tribunaux.

Harat dénonçait à son tour ce comité des recherches à la mniùeipalilé elle-même.

> J'ai dénoncé, » écrivait-Il du fond de son souterrain, -« Baiily comme indigne de la confiance de la nation, pour • avoir sourdement attiré & lui seul toute l'autorité muni- « cipale.

a J'ai dénoncé le bureau à la municipalité comme îndi-

■ gne de !a confianee publique, pour avoir usurpé sur les « vœux libres et sur les choix des districts.

■ J'ai dénoncé l'Assemblée des représentants conune a indigne de la confiance publique, pour s'être érigée en

■ cour de justice contre tout droit.

« J'ai dénoncé l'Assemblée des représentants comme I indigne de la confiance publique pour s'être opposée aux « assemblées du Palais-Royal, et avoir attenté aux droits s des citoyens de s'assembler partout où bon leur sem- « ble, etc.

« Uaintenaot (a" 5Z) je les dénonce comme coupables

■ d'avoir cherché à écarter l'Assemblée nationale de Paris, « Je les dén<Hicecomme coupables d'avoir jeté sur lesbou- « iangers tout ie blAme de l'incapacité, du comitédes sub-

900 LES CONSTITOANTS.

• dstaaoes, d'avoir (enu sur le sein de ces malheureux le

m poiguard doot se serait armé le bras de ceux qui vien-

■ draicnt à manquer de pain, et d'avoir été les premiers « auteurs des scènes sanglantes dont quelques-uns ont été s l'objet.

Il Je les dénonce comme auteurs de tous les desastres « qu'a occasionnes l'affreuse loi martiale qu'ils viennent « d'arracher au législateur.

« Je les dénonce pour avoir viole à mon égard le droit

■ de citoyen, eo faisant enlever de force de chez mon im- « primeor la minute, les feuilles et les planches d'un écrit « patriotique.

V Je les dénonce pour avoir usurpé les droits de leurs c commettants, en s'arrogeant celui de faire des règlements

■ sans consulter les districts.

< ie les dénonce pour avoir atteuté aux droits inaliéna- « blés des districts, en les dépouillant de celui de pouvoir

■ révoquer à volonté leurs mandataires, etc., etc.

* Après tant d'inculpations, ai-je eu tort de les suspecter e de connivence avec le ministre favori, auquel ils ont TOté

■ une statue par acclamation? Ai-jc eu tort de les regarder H comme la cheville ouvrière de la conjuration qui a éclaté,

« et qui aurait remis le peuple aux fers si quelques

u citoyens déterminés n'avaient forcé les chef^ h marcher ( droit à Versailles ? »

LoosUlot, aussi- radical mais moins acerbe que Harat, jetait aussi le cri du défi et du désespoir à la fbis à la Corn-

LIVBË DOUZIEME. 3(H

miHie el à l'Assemblée nationale dana son journal. La RêvolulioD était avortée pour lui du jour où l'Assemblée aTeit substitué aux droits absolus de l'homme la cote matérielle des contributions comme signe des droits civiques.

« O Louis XVI I 6 restaurateur de la UberEé française t " s'écriai(-il) «vois les trois quarts de la nation exclus du • corps légîslatir par le décret du marc d'argent; vois la

■ nation dépouillée du droit de voter les lois ; vois les com-

■ munes avilies sous la tutelle d'un conseil municipal! « Sauve les Français purifie \eveto suspensif..... Cou-

■ servateur des droits du peuple, défeodsle contre l'in- « souGÎance, l'inallcntion , l'erreur, ou le crime de ses u représcQtauts ; dis-lear, lorsqu'ils te demanderont la « sanction de ces injurieux décrets : " La natioa est le H souverain ; je suis son chef; vous n'êtes que ses eommis-

■ aai'r^s ; et vous n'êtes ni ses maîtres ni les miens ! s

Ou voit que Loustalot raisonnait contre l' Assemblée nationale avec la doctrine du Contrat social de J.-J. Rousseau.

" Il n'y a qu'anc voix dans la capitale , » s'écrie A son tour Camille Desmoulins; > bientôt il n'y en aura qu'une

■ dans les provinces contre le décret du marc d'argent. « Il vient de constituer la France en gouvernement aristoa cratique, et c'est la plus grande victoire que les mauvais

■ citoyens aient remportée à l'Assemblée nationale. Pour u faire sentir toute l'absurdité de ce décret, il suffit de dire ■> que i.'i. Rousseau, Corneille, Mably, n'auraient pas été u éligiblcs. Un journaliste a public que, dans le clergé, le u cardinal de Roban seul a voté contre le décret; mais il •I est impossible que les Grégoire, Massicu, Fillon, Jallet, u Joubert, Gouttes, et un certain moine qui est des meil- •I leurs citoyens , se soient désbonorés à la fin de la cam- « pagne, après s'être ugnalés par tant d'exploilâ. Xe joar- « naliste se trompe

L)ji.z.iit>,Cooglc

an LES CmtSTITUANTS.

«Mais que voulez-Tons dire avec le mot de citoyens actif» H tant répété? Les citoyens actifs, ce sont ceux quî.onipris « la Bastille, ce sont ceux qui défrichent les champs, tandis u que les fainéants, malgré l'immensité de leurs domaines, Il ne sont que des plantes végétatives, pareils à cet arbre « de votre Évangile , qui ne porte point de fruits et qy'il u faut jeter au feu. Les champions de ce décret étaient H Renaud de Saintes, Haury, Cazalès, Virieu, Richier, H Mongîs, de Roquefort, Halouet. C'est tout dire, u Basile, « s'écrie Figaro, c'est un de ces hommes à qui on ne peut « rien dire de pis que son nom. ■ On connaît nton profond « respect pour les saints décrets de l'Assemblée nationale. « Je ne parle librement de celui-ci que parce quejfi ne le u regarde pas comme un décret. Je l'ai déjà observé dans « ht Lanterne, et on ne saurait trop le répéter. Il y a dans « l'Assemblée nationale six cents membces qui n'ont pas « plus de droit d'y voter que moi. Sws doute, il faut « que le clergé et la noblesse aient le même nombre de « représentants que le reste des citoyens : un pour vingt « mille. Le dénombrement du clergé et de la noblesse « s'élève à trois cent mille individus I C'est donc quinze u représentants à choisir parmi les six cents. 11 me parait K plus clair que le jour que 4out le reste est sans qualité H pour opiner, et qu'il faut le renvoyer dans la galerie :

■ ils ne peuvent avoir tout ao plus que voix consultative.

■ C'est parmi ces six centsque se trouvent presque tous u ceux qui ont fait passer le décret du marc d'argent. Il en ■, est donc de ce décret ooinonç decelui qui établit unculte << eKli^ifvil fauUe regarder cnjume non Bveiitu;.et puisque

■ la nunorité appareote est, en.effet, la inajorité, etmâUe

■ .l#j)resqi4e unaiMmilé, il .est vrai dédire que ie décret " fuej.tdoi» rejeter ^ c'est celui- q-vitiétiryetél

■ ^e,9'fttp),ii^ qu'uu.mut.à dire;loi«q)(eA.rApprochede

LIVBE DOUZIEME. SOS

« Xerxès, Cyrsilus s'opposa au décret de Thémïstocle, que

■ Us Athéniens abandonneraient la ville, Cyrsilus fut •> lapidé par le peuple, i qui Dcmosthène rcmarqae que « cette lapidation lit inGnimcnt d'honneur.

« Ici la comparaison serait cnlièremenl à l'avantage de u Cyrsilus;etsi, au sortir de la séance, les dix millions de K Français non éligiblcs et leurs représentants â Paris, les

■ gens du faubourg Saint-Antoine, etc., s'étaient jetés sur u les sieurs Renaud de Saintes, Maury, Malouet et eom- •1 pagnie; s'ils leur avaient dit : Vous venez de nous retran-

■ cher de la société, parce que tous étiez les plus forts •> dans la salle ; nous vous retranchons , â notre tour, du « nombre des vivants , parce que nous sommes les plus N forts dans la rue; vous nous avez tués civilement, nous « TOUS tuons physiquement , je le demande à Maury, qui «ne raisonne pas mal quand il veut, le peuple eût-il fait « une injustice?» Et si Maury ne répond pas que la repré- « saille ËlBitJBste, il ment à lui-même. Quand il n'y a plus « d'équité, quand le petit nombre opprime le grand, je ne « connais plus qu'une loi sur la terre, celle du talion!... ■

vn

Le 40 dâ(«mbre, Target annonça à l'Assemblée que la partie politique adroiRistratlve de la constitution était terminée. L'Assemblée , paF un applaudissement uhanlmé , salua son propre ouvrage. Les uns applaudissaient de bonne foi dans la eonstitotidn future' les nouveHes d^tiriies de l'État ; tes autres appladdlssaient, avec une jtiVe néfaste et

9tU LES eOTKTITUAOTS.

maligne,lesdisordresellescalami(i9inéviteble3quia)laient convaincrc'ploe vite- la conBlitatiDn d'impuisBance et d'anarchiei et ranteneri scion eux, par nne voie détoarnêe, mais sangfante, 1e'peupl« au despotisDie et à Tarislocralie.

Mirabeatf, cette fols, prit la parole dans un esprit de sagesse et de préToyance, qui avait éTidemment pour objet decortiger la' démocratie de son vice naturel, l'excès de mobilité et d'incapacité politiques, en établissant ane sorte de'hièrBFChie dans toutes les fonctions décernées par le peuple, méaie dans )a représentation nationale.

« II s'agit de savoir, » dit-il, « s'il fanl asservir ô une « marche graduelle le dépulation aux assemblées admî- " nistralires et nationales. C'est dans les osciëns gonver- « nements que j'ai trouvé celte idée; elle s'adapte iBer- ■i veilleusement à la constitution que nous avons établie « sur une égalité qui doit en être le prinnpè indeslruc- « lible.

<> 11 fant que les institutions se rapportent aux lois,

* comme les lois à la nature des choses : si nous ne mettons « pas les hommes en harmonie avec les lois, nous aurons H fait un beau songe philosophique , et non une constitu- « tion. Enchaîner l'homme à la loi, tel doit être le but du « législateur...

H Cette loi voiis présente un second moyen bien puissant.

* Vous répandez dans les municipalités I'6mul*tîon de la ■1 vertu et de l'honnearî voUs rehaussea lepritt dcsiSuf- « frages du peuple, lors même qu'ilsneooiif^ent que des <i emplois subalternes; vous n'avez pfÊrs ù craindre dervoir "les municipalités abandonnées à un "pËlit nombre d«'Con- » currenls. Les places ne valent stiuvent adx yeUX' des u hommes que par ceux qui les sollicitent otl les Oiicnpent. « Si les Romainsn'avaient tout cdncen^é dans Rome, s'ils Il avHent -attaché plas d'éclat aux administrations munici-

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