‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 89 sur 117 · LIVRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIEME

» tribué à retarder noire résolution de nous adresser à lui, u pour arrêter, s'il est possible, les funestes conséquences •> de la révolution.

■ Dans ce moment le roi entra. Sans passei* par aucun K préambule, et avec sa brusquerie ordinaire, il me dit : " — La reine voiis aura déjà dit que je, voulais employer u lé comte de Mirabeau, si vous pensez qu'il soit dans ses « intentions et en son pouvoir de m'élre utile. Que crpyez- « vous ià cet égard !

» Je répondis rrancliement au roi que je cfoyais que « c'était s'y prendre bien fard, et je ne pus m'empëcfaer « de lui feire remarquer l'extrême maladresse des minis- « tics, qui, dès l'ouverture des états généraux, auraient « dû, comme ils le pouvaient trés-aisémcnt, faire entrer

■ dans les intérêts du roi les députés connus par leurs « talenfs et qui s'étaient faits les chefs du parti révolu- « tïônnaire. Je dis au roi que Mirabeau )uî-mëme s'était u attendu à des ouverture^ de ce genre, mais que les mi- • nistres l'avaient dédaigné et repoussé avec une orgueil- « leuse présomption, qui certes, de leur part, n'était pas « trop justiÇable. Je représentai encore à Sa Majesté que « ce n'était pas seulement de Mirabeau, mais de beaucoup >< dWtres députés trés-dangereux, que ses ministres auo surer l'appui. J'ajoutai que le mal s'enra- " jour dàvanloge, et que plus on différait de « is il serait difficile à détruire.

ià ieroi, ii n'y a rien à espérer sur ce point

■ ïr. Aussi fai^t'il que tout ce qui se fera par u M. de Hiro|)eau reste un profond secret pour mes minisu très, et je çoijDpte poui; cela sur vous.

n Je fus atterre par cette .réponse: Je nç concevais pas " comment te roi poii,vaî( songer â employer, i l'insu. de « ses ministres, un homme tel que Mirabeau. Eil effet, les ■"'' al "'''"'' ■ ■'"■■' '" ■" « * ''

« LES C0IT5TITDANTS.

' coRsells et iesuctes de cplui-ei ne pouvaient pas man)}aer

Il de se trouver en opposition directe avec ceux des ini-

I nistres. Et quelle ntilité defaîtKin attendre d'une paràlle « CAntradicttonî

« — A présent, continua le roi, comment croyez-vOus

II que Mirabeau puisse me servir ulilementT

« Je dis an roi que je ne pouvais répondre i cette > question qu'après en avoiV conféré avec Mirabeau.

H — Voyei-ie donc, et vous rendrez compte à la reine' K oa à moi' de ce qui aura été résolu.

* — Sir^, ne préféreriez-vous pas que je disse au comte < dé'HJrabeau, de la part de Votre Majesté, de metU-e ses II idiées par écrit à cet égardï

■ — Oui, encore mieux; vous me ferez remettre par la * reine ce qu'il aura écrit. C'est convenu.

v Après ces mots le roi se retira. La reine me dit que je Il serais le maître de venir chez elle aussi smivent que je'

■ lé jugerais nécessaire, en ayant soin néanmoins de choisir' Il dé préférence les jours où madame Thibaut serait de « service. Elle n'avait pas précisément è se plaindre de « madame Gampan, sa seconde femme de chambre; mais' li celle-ci, plus femme du monde que l'autre, avait des « liaisons qui ne plaisaient pas à la reine, ie sortis' enTé- •I passant par la chambre de madame Tbibaal.

1 Rentré chez moi, les p\M pénibles rélexidns m^Aié' H gèrent. J'étais effrayé de ce que je venais d'entendre; Mes ' Il relations avec Mirabeau ne m'avaient (Jue'trop-édairé sur •lie nmiqui étaitd&jà fait et sur celui qu'il fallait eheore <i redouter. Et quelle di^e pour arrêter une révolution « qui renversait tout,- qui entraînait tout un peuple dans u n. marche, quecelte conduite occulte qne lerorvepro-

■ posait de' tenir ài l'ÎAsu de ses nnaistreaî Que seraient « .aior^-Bea ministres t De perpétuels «ivlradicteiirB de ce

LlVa£ TItEi;eiEM£. 3$S

a qu'U voudrait faire. Qu'en pourrait-il résulter T De pa- » reils moyeas ne resseoiblaient'ilg pas plotât h une intrU " gae qu'A d'habiles et puissantes negure» dignes d'un H gouTernement et calculées sur l'importanee dltJiut qu'on

■ se pnqwsaiilî

u D'un autre côLè, je m'expliquais assez bion les sevlj-

■ Qiepts qui portaient le roi et la reine à agir comsiâ ils •f voulaient le faire avec Mirabeau. U était évident que

■ c'était la crainte seule qui les avait poussés à se rapproo cher de ce tribun effrayant pour eux. Trouvés, trabis •t tant de fois déjà, ils ne s'adressaient i im qu'avec me

■ méfi^ce bien naturelle, et qui pouvait même jueqa'à un u certain point s'étendre à moi. C'était peut-être plulât u pour l'adoucir, pour se le rendre favorable, qu'on re- H courait à Mirabeau, que pour suivre aveutslémeat ses « conseils. Je ne pouvais me dissimuler qu'une pareille « conduite de la part du roi était parfaitement motivée par i< les antécédents de Mirabeau. Hais alors, que pouvaiton H attendre des démarcfacs qu'on faisait près de lui î U ne H restait qu'un espoir, c'étnil que le roi et la reine prissent « assez de confiance dans Miralieau pour surmonter la « juate répii|Dance qu'ils devaient éprouver pour lui, et ■' qu'une -fois entrés dans celte voie, ils ne reculassent de- ■I vaut aucune des mesures qu'il pouvait leur recommanu der, et doatla première devaîtétre, soit de fograaer une « forte. coalition entre lui et les mtuislres, soit, si ceux-ei « s'y refusaient, de rnivoyer le mimstire. C'est 4 eel es-

■ poir que je m'attacbai pour me soutenir dans la dÀlieate < entreprise dont je me trouvais chargé,

«. U fallait nmintenant domter oonoaissanee à. Mirabeau

■ de ma commission. Je me gardai bien de >ui ofammi-

■ qaeo les orainles^ae mon entr«ti<m avec le roi m'avait " iaepiréesj je «rus au «ootraire devoir soutODirses forces

■ et le dùpoaer à remplir avec murage et dévouement le H rdie qu'on vendait lai donner.

« Je comoiençei par tut dire ce que le roi et la reine

■ penauent de ses talents : ils s'étaienl en effet étendus sur ujce sujet avec beaucoup de justice et de discernement. Je « ne lui eachai pas cependant la: question que la reine <■ m'avait faite snr sa participation prétendue aux événe- K ments des 6 et 6 octobre. A l'instant il changea de vï-

■ sage; il devint jasne, vert, bidenx : l'horrenr qu'il u pouvait était frappante. Pour le calmer, Je lui rendis ■- conpte de tont ce que j'avais dit à la reine pour l'éclairer H sur ce point, et je ne pas assez lui répéter qn'élle était

■ comptétement convaincue de son innocence. Longtemps K après il lui resta une pénible impression d'avoir pu élre « l'objet d'un soupçon aussi borrible. Quand il fut remis

■ de cette émotion, je lui parlai de la confiance que le roi

■ et la reine avaient conçue dans ses sentiments, dans ses

■ opinons et ses principes monarchiques. Je lui dis alors « qu'ils désiraient savoir de lui-même quels étaient tes ser- H vices qu'il croyait pouvoir leur rendre.

" L'effet que cette ouverture produisit sur son amour- II propre me m'échappa pas. Je vis cet bomme, qui se K croyait, avec raison, si haut plaeé au-dessus des autreâ, « soumis cependant à cette sorte de msgje qUê péuVeitt » exercer les personnes royales lorsqu'elles savent se mon- « tuer bienveillantes. Quand on réfléobit sur la puissance, « souvent irrésistible, de celle inSuenoe, «n est «n droit •> deblÉmerles souverains qui ae savent pas «ifeireosage « èpropos. '

* JetroiS'btea que, depuis^ rfrvolution'rraiti^aisc, cette « inAueoce.dwit je parle a beaucoup perdu de BOQ preS-

■ tiget MsiBi peoduit 'la première partie de celte rèvotn- « lieb'ii^e,<^elte<que <(lt< )\iiidace de» ttisooHrs qu'on

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