‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 90 sur 117 · LIVRE TREIZIEME. SOS · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIEME. SOS

K entendait à TAsseDiblée nationale contre le' pouvoir

■ royal, je suis convaincu que la moitié de ces audacieux u haraji^eurs seraient devenus d'ardents royalistes si le « roi et ses ministres avaient eu l'iialitleté de les attirer à « eux. La vérité de celte observation « d'ailleurs été suffiu samment démontrée par ce qu'on a vu phts' lard.

■ Mirabeau était enchanté qu'on le mH enfin A même « d'être utile au roi. Je trouvai même que les diUkuttés H pour arriver au succès, qu'il m'avait si souvent préseni> tées comme étant presque insurmontables , s'aplanis'

■ saiait trop aisément à ses yeux. Je me gardai bien de le u lui faire remarquer. Je riuformai ensuite des diaposîlions

■ dans lesquelles j'avais trouvé le roi, et qui étaient Tort « raisonnables. Louis XVI était bien loin de songer à re>

■ conquérir son ancienne' autorité absolue : il était parfai-

■ tement rèsigaé sur ce que la Révolution lui avait fait " perdre du pouvoir et des droits de ses prédécesseurs. Je

■ pourrais dire que, sous ce rapport, Mirabeau était moins

■ résigné que lui.

■ En invitant Mirabeau i s'occuper de l'écrit que j'étais H chargé de lui demander de la part du roi, je loi recom-

■ mandai de ne. pas s'engager dans de trop brillantes: pro-

■ messes. Quelques jours après, il m'apporta la lettre

■ qu'«n trouvera aux [Hèces, gous (a date du 40 mai 1790, Il et qui est adressée an roi.

■ C'eut été sans doute une entreprise an-dessus des H for^s, bumaiiws de' vouloir rétablir la monarchie sur tes « .aut^uesbaseaque lft}tév«l[u4H)n avaitdétruites. 11 n'est

■ pas de puissance, quelque habile et quelque vigoureuse •I qu'en .veuille ^-«upposert qui eût- pu 7 parvenir. Tout le « monde en France, depuis' le roi luHi|éme 'jasqu'«o ^i^ x nierde ses sujel4i Avait, par inleotioiit attion «a eoiCs'- * ùoOf prifipaJitàcctterérolalioD. Cq n'^Mqae lor»{(i'(t>les

M LES COHSmTtTANTS.

■ V^p^^^irenl qi|e 1^ moarvemeiit ae E^iViBitpfs la direc» r tioi) qu'elles avaient voulu lui imprimer;, et que les " mines de- l'édifice commençaient'à tomber sfir ell^, que R quelques personnes firent pour, le soutenir de» efforts Il plus dangereux qu'utiles. Aussi, n'est-ce poiqt, qoiotiie il

> le dit dans sa lettre au roi, cette antique monarchie que ' nirobeau avait l'intention de défendre. U songeait à u la modifier, & la régénérer, à arriver enfinà une forme i> de gouvernement plus ou moins semblable â celle qui a

I colulnit l'Angleterre â l'apogée de sa puissance et de sa

> gloire.

« La première pensée de Mirabeau était de siofer le roi « dans le bouleversement général, et de l'arracjiflr aux

II mains des anarchistes, qui ne pouvaient pas manquer de K devenir bientôt ses bourreaux. S'il y parvenait, tout ic n'était pas perdu; mais où étaient les moyens qui pou- * valent assurer le succès d'une entreprise aussi hardie î

> -Celui qui l'a conçue a de grandes ressources personnel les ' sans doute; mais il est seul et ne peut agir que dans \i rpmbre. Il est entouré de préventions justifiées par son

■ passé, de jaloux qui envient et redqutent ses talents et K qui ne lui épargnent pas les calomnies. Il a même omlre K lui les représentants en apparence du poaTeit; earles

I ministres, qui devaient l'être réelleiaent, ne lesoutque

II fictivement, et sont, de plus, incapables, méflu pour ce

I qui les regarde personnellement, de prendre aucune, dé-

■ (ermînation courageuse, ou du moins tlê la ptsndre à i< propos; enfin, la Révolution, dont il déplore les excès, K c'est lui qui lui a donné le mouvement terrible qu'il vou-

II draît arrêter. Ce n'est qu'en se cramponnant à elle, en K la suivant avec opiniâtreté dans sa marche qu'il peut K espérer d'en changer la direction. Pour détruire l'anari> chle, il faut qu'il fasse cause commune avec elle.

LlvnS TftEIZIEUE. Kff

m Telle Était la position de Mirabeau, qui af&it résolu « de se dévouer aux intérêts du roi, même avant d'avoir « pris l'engagement contenu dans sa lettre dn 40 mai. « C'était risquer sa vie, que sans doute il eût perdue, H comme tant d'autres, sur réchauraadjsi elle ne se Tût « pas termiitée qalurellement au milieu de la luUei.

■ Les ministres d'alors le gânainit, entravaient sa mar- « i^e au lieu de la seconder. Il devait faire tons ses «fforlâ • pour qu'ils fassent renvoyés et remplacés par des b«m.- « mes disposés ô favoriser son système. Voilà pourquoi on •> le vit si souvent attaquer les ministres. Une autre puis- «■ sanee' l'wibarrassait encore davantage, perce qu'elle «élaitipins réelle et qu'il était plus difficile de s'^id^aire « queues ministres, contre lesquels il pouveU^ à la pre- « raiére occasion, soulever le lAajoFiEé de l'Assemblée. « Cette puissance était M. de la Fayette. Bépublîcain et I' pr^omplueux an delà d« toute expression, cet homme a était l'idole de la bourgeoisie, devenue garde nationale. H Cette'garde, bien qu'anarchique elle-même, était cepen- *• dant la seule force publique à l'aide de laquelle ou pouu vait établir un peu d'ordre- au milieu de la confusion « générale, et M. de la Fayette en était le commandent. £n •1 cette qualité, il était admis à ebaque instant auprès du « roi et de la raine, sous le prétexte du veiller à leur sù- « reléi Les faveurs et les places dont le roi pouvait encore « disposer, étaient' en grande partie iiccordées sur ses de- « Diandes, qu'on n'osiut lui refuser. >

i.z.iit>>Cooglc

ta reine, la' I^arck, le comte de Mercy, sentaieat que, pour accomplir ce plan de régénération de l'Assemblée pac, elte-ffléme, jlfallait ou écarter ou conquérir la Fayetle, trop puissant désormais sur Paris pour être impunément négligé.

Ils lui firent faire quelques ouvertures de coalition secrète avec l'homme d'État de la tribune dont ils méditaient la conquête. La Fayette, qui avait provoqué celle alliance quelques mois avant , et qui feignait de la désirer quelques mois après, fut inabordable en ce moment. Sa suprématie avait grandi son orgueil. Tout partage du pouvoir lui semblait déchéance. D'ailleurs il répugnait, comme nous l'avons dit, à laisser déteindre l'immoralité du caractère de Mirabeau sur la pureté de son propre nom. La juste estime dont il jouissait faisait partie de sadictatuTe.Jlne se laissa pas intimider par les menaces qu'on.lui fit de . guerre ouverte avec le grand orateur, qui l'écraserait, de,, son éloquence.

< J'ai vaincu le roi d'Angleterre dans toute sa puissance,

■ lé roi de France dans toute sa majesté, le peuple dans

■ sa fureur. Je ne me laisserai pas arrè^r par if., de « Mirabeaii.«

Ces fiéres paroles avaient plus de pompe que de vérité. La Fayette, aide de camp de Washington, n'avait vaincg le roi d'Angleterre, en Amérique, que sous le drapeau et avec les armcs'du peuple amcrieain, de Washington et du roi deTi^ïitc lùî-mémeJ A Versailles, il n'avait vaincu le rqi de France que malgré lui j il n'avait ^été.port^ A.la.dicl^ugi.z.ubvCooglc

LITRE TREIZIEHE. S09

turc que par une émeiKe ; enfin, les viclimes de la place de Grave e( du pals» de Versailles, au 6 octobre, immolées sous ses yeux, malgré ses effort] dcmenlaient trop haut sa prétendue victoire sur la fureur du peuple. 11 avait besoin d'un second ; il ne voulait pas subir un égal. La^ntalive échoua encore cette fois pour le malheur de la Fayette, de Mirabeau et surtout de la monarchie représentative. 11. fallut donc recourir à Mirabeau seul.

La retire qu'il avait consenti à écrire au roi avait enivré la reine d'espérance et de joie. Cette princesse se hâta de s'assurer le puissant auxiliaire que la Providence lui ramenait en s'cntretenant , dans une entrevue secrète avec le comte de la Marck, des dispositions et des désirs de son ami. Madame Thibaut, dont la discrétion ne laissait rien transpirer des mystères du palais, reçut le comie de la Marcb dans sa chambre. La reine, avertie, y accourut sous un prétexte de toilette.

<f Elle me confirma ce que le comte de Mcrty m'avait dit « de la satisfaction que le roi avait laissé éclater en lisant .

■ la leitré de Mirabeau ; elle me répéta encore que le roi a n'avait nul désir de recouvrer son autorité dans toute

■ l'étendue que celte autorité svait avant la révolution, et '

■ que ce prince était bien éloigné de croire q,ue cela fût

■ nécessaire pour son bonheur personnel , pas plus, que

■ pour celui de son peuple; elle me questio;ina ensuit^ !

■ sur ce qu'il y aurait de mieux à faire pour ^^uc JA, 4c • Mirabeau fut content d'elle et du roi.

)ji.z.iit>,Cooglc

510 LES COMSTITDAHTS.

a Je répondis que j'y réfléchirais; mais qu'au pteinier 1 aperçu il me paraissait indispensable de lui usures .un^

■ honoéle aisance qui lui permit, en s'ofui^pant dfs aSnnts

* ^e l'État, de négliger pour le moment les siennes

■ propres ; que je savais qu'il manquait souveat d|t strict » nécessaire, et qu'au reste je communiquerais mes Jdjées

■ à cet égard à la reine, la première fois qo^ j'a^fiais K l'bonneur de la voir.

■ Cette partie de notre conversation terminée, la reine

• me parla des temps passés. L'espoir qu'elle avait conçu « des services que rendrait Mirabeau semblait avoir dé- K robe à ses regards les dangers qui la cernaient de toutes « parts. Dans son confiant abandon, elle me donna de

■ nouveaux témoignages de cette bienveillance à laquelle « elle m'avait accoutumé dans des temps heureux qui « avaient fui, bêlas! pour toujours. Elle se laissa même « entraîner, par les souvenirs du passé, à parler de ces « choses indifférentes qui alimentent la conversation habt- « tuelle de la société.

■ L'entretien dura plus de deox heures sur an ton de gaieté 1 qui était naturel à la reine, et qui prenait sa «ouvcs çu- « tant dans la bonté de son cœur que dans la dfluee maif/se < de son esprit. Le but de mon andlence avait été prçaqac

■ perdu de vue; elle cherchait à l'écarter. Dés qae je, lui « parlais de la Révolution, elle devenait sérieuse et triste; « mais aussitôt que la conversation portait sur d'autje» « objets, je retrouvais son humeur aimable et graci^n^eg « et ce trait peint mieqx son caractère quQ tooit ce qpA je « pourrais dire.

« En effet, » con.tin.ue le confident , <.HariQ-AnliMaette, « qu'on a tant accusêç d'aimer k, se mêler des a^i^eg « d'État^ n'avait a,ucifng9Ùt pour lapçUliqi^. >.

L'ami de la princesse ^p trompe ici d'ei:.pr«mi9i>> lA r«iDQ

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