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tisme que pùl faire un premier citoyen dans une telle circonstance était de s'éloif^er momentanément de la scène et d'enlever i'ombre de sa concurrence à la royauté et l'ombre de sa. dictature à la liberté.
La Fayette termina en conjorant le duc d'Orléans de comprendre eette nécessité de sa situation ; il lui offrait les nioyeus de colorer cet éloignement de Paris et cette proscription volontaire par une mission diplomatique en Angleterre, où ses relations d'amilié connues avec le prince de Galles donneraient à cet éloignement de nécessité l'appî^ence d'un séjour de choix.
Le prince écouta la Fayette d'abard avec étonnement, puis avec murmure, bientôt avec résignation. Soit qu'il eût véritablement remué la révolution dans ses profondeurs par les mains des démagogues du 6 octobre, et laissé couler soi^ or dans la boue pour se faire une clientèle dans la populace, soit qu'il eût joui seulement des calamités de la cour, attendant dans une complicité passive que son nom éclatât de lui-même dans la tempête par la voix desgrandes sédilious.
Ce nom trop décrédîté n'avait pas éclaté : à peine quelques groupes infimes des assaillants du château, en l'apercevant dans les escaliers et dans les cours parmi les députés populaires, l'avaient-ils salué de rares acclamations. Ni l'armée, ni la garde nationale, ni les tribunes de l'Assemblée n'avaient fait écho & ces cris de rémeute. Le
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tt LES CONSTITUANTS,
duc ne s'était point mîs ea perspective pendant ces trois jours. Confondu dans les rangs des députés le S, absent de Versailles la nuit du 5 au 6, reparti de Paris pour Versailles dans la matinée du 6, rencontré et acclamé sur la route par les troupes qui rapportaient les têtes des gardes du roi, un moment présent au château, où il avait offert son bras à la reine pour descendre l'escalier du palais, revenu par un chemin détourné dans une maison de campagne où sa favorite, madame de Genlis, élevait ses enfants, ayant assisté de là sur la terrasse de cette maison au spectacle du passage de la cour, de l'armée et du peuple, toute la conduite du prince pendant la dernière insurrection semblait avoir été calculée pour attester son absence ou son mdifférence aux mouvements de Paris. Paris lui-même s'était montré inattentif â son absence, à sa présence, à son nom. Le torrent roulait plu? fort et plus loin.
Cependant, si la faveur publique avait oublié le prince pendant les tragédies de Versailles, la rumeur publique ne l'oubliait pas depuis. Elle s'élevait sourde, mais irritée et unanime, contre lui. Elle l'accusait de tous les attentats prémédités, disait-on, dans son intérêt, par les machinations de ses amis et par l'or de ses corruptions. Le peuple, qui ne l'avait pas va à sa tête, l'accusait de pusillanimité dans l'action. Il n'était point allé le chercher dans l'ombre pour le proclamer roi, dictateur, ou lieutenant général du royaume. Les royalistes lui imputaient tous les forfaits, la cour tous les périls; la bourgeoisie, désormais ralliée à la Fayette, et épouvantée des excès du peuple, ne voyait plus dans le duc d'Orléans qu'un artisan de trouble, qui tiendrait Paris dans une perpétuelle agitation. A l'exception des démagogues que l'on supposait à sa solde, une impopularité menaçante succédait pour lut, depuis deux jours, â une popularité factieuse. M. de la Fayette, rallié
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à la cour, nécessaire à l'Assemblée, chef de la garde nationale, lui signifiait impérieusement celle impopularité. Il pouvait la tourner en accusation à la moindre résistance; ses conseils ressemblaient trop à des ordres pour n'être pas entendus.
Le duc d'Orléans, déjè découragé et peut-être épouvanté lui-même du sang qui coulait, des ruines qui s'amoncelaient autour du trAne, et sous lesquelles il pouvait être englouti, avait le sentiment de ses dangers. S'il ne s'agissait pour lui que de se venger d'une Temme, ii était déjà trop vengé; s'il s'agissait de la couronne, elle était déjà trop avilie, et il n'avait ni la force ni la volonté de tendre la main pour la ramasser dans le sang. L'absence lui convenait sous tous les rapports. Elle laisserait se dérouler les événements. Ces événements lui apporteraient d'eux-mêmes ou le pardon de la royauté ou le couronnement du peuple après les orages. La proposition de la Fayette, tout en humiliant le prince, ne le contristait donc pas.
De plus, son cœur l'inclinait plus fortement que la politique vers la retraite et vers l'oubli des ambitions.
Bien que ce prince, encore jeune, eût négligé la charmante épouse, fille du duc de Penthiévre. qui lui avait donné quatre enfants; bien qu'il eût énervé ses sens dans des débauches banales qui avaient rendu ses jardins de Housseaux presque aussi célèbres que le parc aux Cerfs de Venailles, l'amoar vrai et fort, surviTant mâme au liber-
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U LES CONSl'ITDAKTS,
tinage, l'attadiait & ane femme adorée, qni n'avait été corrompue elle-même que par sa passion pour lui.
Celte femme, d'nne admirable beauté et d'une âme supérieDre à son rôle, était Agnès de Bulfon, belle-fille du grand naturaliste et du grand écrivain, Pline de la France. Madame de Buffon avait arraché, par la ton te 'puissance de l'attrait qu'elle lui avait inspiré, te duc d'Orléans à l'influence hypocrite et inlriganle de madame de Genlis, moins favorite que pédagogue de ce prince. Elle l'avait fait rougir de CCS orgies de plaisir dans lesquelles il avait cherché jusque-là plus le scandale que le bonheur. Elle lui avait sacrifié sa renommée sans lui sacrifier aucune autre de ses vertus naturelles. Perdue volontairement pour lui seul de réputation dans le monde, elle avait obstinément refusé d'accepter du prince, même sous la forme des plus innocents hommages, la moindre miette de son opulence. Elle avait donné non vendu son cœur. Elle vivait à cAtë de ces trésors du duc d'Orléans dans une médiocrité presque voisine du besoin. Subjuguée par une passion que réprou- TBil la vertu, mais que ne souillait du moins aucune vénalité d'âme, bonne, douce, sensible, étrangère aux intrigues et aux opinions du jour, elle souffrait de voir le prince hors de la ligne de conduite que lui traçaient le nom et la nature; elle s'efforçait de l'arracher aux intrigues et aux complots qui s'ourdissaient autour de lui et eu son liom.
Le prince, de son c4té, avait tout épuisé, excepté le véritable amour. 11 adorait dans Agnès de fiufibn non oh
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-i''Oa;fttlribuai4fe.Ubhetié,U.ré3i0iHtiaa ftcUe.et' même
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» LES CONSTITCANTS.
ce fat l'amoar qui le résigna. Le prince rentra dans son
palais, heureux de son exil.
Hais à peine eul-il confié à ses conseillers et à ses amis, Latouche, Laclos, le duc de Lauzun, la proposition de la Fayelte et le consentement qu'il y avait donné, que ses amis, prêts à perdre en lui leur levier politique et leurs espérances, le firent rougir d'une condescendance trop semblable à une pusillanimité. Ils le conjurèrent, dans l'intérât de sa Torlunc, de sa gloire, de son caractère, de revenir sur un consentement qui le déshonorait et qui déclarait en lui, par cette retraite, ou an coupable qni fait sa peine ou un lâche qui obéit â son ennemi.
Madame de BufTon sentit de même. L'honneur du prince lui parât préférable à son bonheur. Le duc d'Orléans, facilement retourné, se hâta d'écrire à la Fayette un billet dans lequel il revenait sur son consentement verbal et demandait du temps pour de plus mures réflexions.
Le Fayette avait vu le roi et le ministre des afl'aires étrangères, M. de Montmorin, en sortant de chez madame de Coigny. Il leur avait demandé la mission apparente de Londres. Il répliqua sévèrement au duc d'Orléans en homme qui tient une parole et qui ne consent pas à la rendre. Il assigna pour le surlendemain une seconde entrevue au prince dans la même maison.
Le duc d'Orléans hésitait i s'y rendre. Désirant consulter an oracle décisif sur l'impreisïon que produirait datu l'opi-
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Dion publique son départ, il envoya son plus intime et son plus honorable confident, le duc de Lauznn, chez Mirabeau.
Le due de Lauzan accourut chez Mirabeau, qui était alors malade à l'hàlel de Malte. Il s'ouvrit à l'orateur sur les perplexités d'esprit du prince, et lui demanda son opinion. Cette opinion fut celle d'Agnès de BufTon. Mirabeau, quoique déjà détaché du parti du Palais-Royal par le mépris, bondit d'indignalion à l'idée du premier prince du sang subissant la proscription de la Fayette, u 1) s'avoue u ainsi coupable de l'invasion de Versailles et des attentats
■ que l'imprévoyance du général avait seule leissé comu mettre 1 ■ s'écria Mirabeau. « Qu'il montre à ce maire du
■ palais qa'il n'est pas le maître des lois, de l'Assemblée, « de la liberté des citoyens, de l'honneur des princes ; qu'il
■ vienne après-demain à la séance; qu'il y révèle la pro- ■> position dont on l'insulte. Je me charge de parler pour
■ lui et de confondre l'Insolence et la dictature de la < Fayette! ■
LeducdeLauzoo vint rapporter an prince l'indignation et l'appui du grand orateur. Mirabeau ne douta pas de fa résistance du duc d'Orléans. A peine Lauzun était-il sorti de son appartement qu'il écrivit à son confident le billet suivant, où l'on saisit son impression toute vive encore :
u H. de Lauzun sort de chez moi; il ne part point; il a
■ refusé parce qu'il a de l'honneur. Je ne sais pas encore
■ s'il est bien sur que les autres partiront (le duc et son •■ entourage). Le pauvre prince est séduit ou veut le pa-
■ raltre par l'espoir de conclure la quadruple alliance. Il u est chargé d'une lettre du roi pour le roi d'Angleterre 5 « il n'y^a pas «ne preuve contre lui, et quand il y en « aurait, il n'y en aurait pas!... Ceci devient par trop « impudent. Je vous l'ai déjà dit, cher comte, je ne cour-
a.:A dtKi^'aonc,>d(iiis>9'Â^eniblée irttinialeL' »- :) i -^
Mi'raKau-iriMtlKlt sa:)déix>à(Éitnn Tie(oi'ie«9e'mii(Kila
nylsiAtie^'db tnai^eëopAbfisfireeEni^ittstbitrflireiBenl de -I^AaseItAUel{■tiBntite^«l'âestinardh»'4<D:1^^Dq le {)raiRier ■yrin'oe dw sang :0t'1è'pilts ^rniil «t(o^ idu rbytlime. Il ■étiift1ie8feiiid&'MR-préiHli<é ainsi cDiflaghait'^ijèN't 'A^bt^ivïr^ir&'et'd'iapsalêntte'te rJvai^qa'il'çriéltail'eil^pdUlHi, nais qn^l-obisrTait: an secret: ' ■■ ■•' ■
-■■ fie'thietl'OrlèBnBxependaRl'ieTèildit'ctKB ta'bÛDHpsBe «IcCDigKf;-'-''' ■■ -' ■■'-■ ■■■' ■
A sa seconde entrevue avec la Fayette, le pi^hvce «siisya ren-wsih'iiè raïirérlii pwoteqrfil livait -Ajiinéieta ïDllle. tafajem'tai aussi InOeKtble que son sdT«niftîpe ftlt ii^pHsnit.- A}krâB^ae cmmsa^ioa dont Hinib«6U contttft ies délails'pbr tauaan, et ^à'fl qiiat{9g'i<lu9'lsrd â^la IrfbtfÀe de triBiimpirieime d'une part «VAe tfè»-réii^née de'Psutre, le dét>irt l'ut de iMin0»n«OB3entt. L'a Farelte «faiiconla que ■rinft'^atrahenreshuippépsratifbiSflh'de prémunirleidac «onlradeni^vèfles lergiv«rsatiortS. fl^ccnidiTisit^immédiateineRt le prince chez leroîv-aifln d'ycsnlirmer sa proiAicsse, Le roi fiitéùnnA d«.l'cxcèe de dËféVence de son cflosin.
ti 3» «e hégltgei'ai rian, n dit le iJùc ou toI, « pour dé- ..( couvrir fttJoAdMs les affleure des troubles delà CË[*i(aie <■ et 4n rtjftnwe, -^ Vous y (tes plus' iatéréssé qiieperfc'sonne,it lai'dit'sérérenttntlftFttytne,)' tiirtteMotinen*y
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rx'^El fiin'OflApr(ni»i|up>4ow. )> le roi ie M»gédia avec lune oHifiMoe-sp^roiltt dHnB:ge3'BerVices qui nwp<|unt le iiaéprft 'si^a tti pdlié. H. de Moatawrin lut Antna ses instructions.
Dans la nuit qui précéda le départ, uue troisiéuie bésitation suspendit encore la résolution du prince. Instruit de la promesse de Mirabeau, ébranlé par les reproches de ses confidents, il résolut de braver la Fayette dans l'Assemblée et de faire face aux accusetieu? de la cour.
11 écrivit à la Fayette ({a'ii'ae partait pas.
La Fayette le somma dans sa réponse avec de telles meiMtiM, qifG'lé'pfîBce, tmiiflitfé, êe i^ncontf a eiwore avec lui tttKtt le mitii^ré 4e» afi'aires iétraiigères. <• Ues ennemis ■*i'prêiim*nt,^i 'lui (ÏWle duc d'Orléans devant l« ministre, v ^Ë-!voUë tltez eAMreftroi èes gtreoves de ma complicité '•l 'âaMS l«s-t-Vti»M«nlS'ehi 6 sotobre. —Ce aoritplutât les « miens q^'l«ldïseiïl, » rèpliquo avec son habituel le ironie 'tb géitôwl ; ■" si J'eh avaf s i produire, je vous aurais déjà ■iif ftift«¥iiéMl>,et je T«iHdé«ïarE que j'en eherebe partout. »
iJi ^l. c^tnffni^o '6n 1«rtnes suiSsaflinient intelUgibl«s -HUK tORM«ntt du >ptia<ie qu'il faisait de cette affaire poli- -»iq»Rejmiiè*ïfeiMïWrSomiél!edeiTiB et de mbn èntr» le duc 'ftlé*!l(*li6'W'fcrt-, «fUe^He^Inoe s'fttisiînùlt à rester et à ''ir«fMer>pM- sa présence la sécuriré de la c&pitale, il Cappellcrait en duel et remettrait au sort des armes ce qu'il aimait mieux obtenir de sou patriolisme. Le duc céda, et
partit dans la journée pour Londres avec Agoès de Buffon et quelques afiidès de sa cour intime, après avoir écrit au président de l'Assemblée nationale une lettre qui fermait la bouche à Mirabeau.
Mais sa faction ne disparut pas avec lui. Ce départ, attribué par les uns à la crainte des révélations que l'enquële sur les crimes de Versailles pouvait faire éclater, par les autres à la lâcheté devant la Fayette, délivra quelque temps la reine de la présence d'un ennemi, la Fayette d'un compétiteur populaire, et rabaissa audessous de toute dignité le caractère de ce candidat â la royauté.
Mirabeau était déjà à la séance de l'Assemblée, retenant ses foudres sur ses lèvres, quand un billet du duc de Lauzun lui annonça la déraillaoce de son client et son départ pour Londres. Il montra le billet à ses amis avec un geste de dégoût. * On prétend, » leur dit-il, * que je suis du parti « de ce prince : il est indigne d'avoir un parti! »
Telle fut la première et la plus heureuse audace de la Fayette. Il écarta habilement dans le même homme un agitateur du peuple, un rival du roi et son propre rival dans la domination de Paris. II fit retomber en même temps sur un autre la responsabilité des attentats du 6 octobre. Le duc d'Orléans semblait ainsi s'avouer le grand coupable et emporter dans sa fuite tout le crime et tout le sang de ces journées.
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