LIVRE TREIZIEME
homme d'une sûreté inviolable, d'une incorruplible fidélilé et d'un dévouement aussi modeste que pieux au roi et à la reine, fut ainsi la main cachée qui faisait passer à la cour les conseils, de Mirabeau, et à Hirabeaii ]e$ subsides de la cour.
La légèreté et la prodigalité de Mirabeau ne tardèrent pas à laisser transpirer, à la grande satisfaction de ses ennemis, quelques soupçons et quelques symptômes de corruption. Il passa, sans une transition assez ménagée aux yeux du public, de l'excès de la gène à l'excès de l'opulence. II était las de la misère, altéré de luxe. Comme il n'y avait point de vertu dans sa gloire, il n'estimait pas assez sa gloire elle-même pour lui sacrifier ses vices. On parlait de ses débauches de plaisirs comme on avait parlé de ses débauches de travail. Il ne compensait un de ces excès que par l'autre excès. On citait les noms de ses favorites vénales, choisies pour un jour parmi tes actrices ou parmi les danseuses de la scène; il aOichaît ses débordements comme un témoignage de la double force de lète et de cœur dont la nature l'avait privilégié. 11 aimait, comme Alcibiade, qu'on s'entretint de ses amours et de ses heures données tour A tour ou toutes ensemble aux insomnies de l'homme d'État ou aux insomnies du voluptueux. Il avait loué un bétel entier et splendîde dans la rue de la Chausséed'Anlin, prés du boulevard, quartier le plus opulent et le plus animé de Paris. Au lieu d'un seul serviteur qui le servait jusque-là dans sa médiocrité, de nombreux serviteurs, une table recherchée, une bibliothèque de luxe, des tableaux, des voitures, des chevaux, une maison ouverte à des amis et à des collaborateurs sans nombre; enfin ses dettes largement acqujltéf^s, provoquaient l'élonnement et faisaient rechercher la source d'un faste eu telle contradieliQD aïec,re?isteoce étroite et obéré» qu'on lu^ connaissait ■■■■■».'' ■
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318 LES COKSTITITAM'S.
la veille. Il ne s'inquiétait pas lui-même de ces morutures; peut-être même, par une vanité supérieure i sa probité, ne s'aliïigcait-il pas d'être soupçonné d'avoir vendu cber son secours à un parti quelconque : l'impudear glorieuse du prix de la corruption, dédaigneuse du scrupule, éUit un des éléments de son caractère méridional, fanfaron de vénalité, même s'il n'avait pas été vendu.
Ses amis lui remontrèrent en vain le danger d'étaler ainsi le luxe d'une situation qui ne pouvait être utile au roi et à la monarchie qu'en restant cachée. Il s'excusa, il atténua la réalité de ses dépenses, il promit de jouir avec plus de modestie des dons de la cour. Mais, le lendemain, il prêta de nouveaux prétextes aux soupçons : impuissance d'un parvenu à la fortune qui ne pouvait garder l'or de la corruption dans sa main, et qui ne se croyait riche qu'à la condition d'éblouir les autres et de s'éblouir luimême.
Il s'elTorça dès le premier jour de faire sentir au roi et à la reine la valeur du secours qu'il apportait à I4 mosarchiepar des travaux surhumains.
" Mirabeau à cette époque, » dit le témoin de sa vie, >i ne s'accordait pas un instant de repos. Tantôt â la (ri- Il bune, lantêt aux Jacobins, tantôt dans son cabinet, » attentif à tout ce qui se faisait, à tout ce qui se disait, à •I tout ce qui s'écrivait, dictant à ses secrétaires, écrivant « lui-même, revisant les écrits qu'il inspirait à d'antres,
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