‹ Histoire de la Révolution Française, 1789: Les constituantsChapitre 93 sur 117 · LIVRE TREIZIEME · texte numérisé non relu

LIVRE TREIZIEME

u proToqaant dans l'intiraité de ses collaborateurs les u discussions sur tous les sujets, pour en faire jaillir les « idées nouvelles, s'empamut lui-même de ces idées pour ■ les rédiger, et par -dessus tout n'oubliant pas ses u plaisirs.

■ Telle est l'idée qu'il faul se faire de cet homme exlrau ordinaire, que la nature semblait avoir créé pour étonner « ses contemporains par la réunion de tant de qualités et « de forces qui paraissent incompatibles dans le même « homme. ■

Presque chaque jour il faisait parvenir par le comte de la Harek et par H. de Fontange une note i la reine, notes dont la rédaction exigeait le plus grand mystère et la plus mûre réflexion.

Ces notes de la main de Mirabeau, dépositaires de ses pensées, restituées à Mirabeau par M. de Fontange après que le roi et la reine les avaient lues, remises par Mirabeau mourant au comte de la Marck, léguées par le comte de la Harck à sa mort â H. de Baconrt, diplomate digne de commenter un tel texte, sont enfin sous les yeux de l'histoire. Elles contiennent tous les mystères, toutes les passions, tout le génie, toute la force, toute l'impuissance, toute la gloire et toute la honte de leur auteur. Kous les analyserons et nous les reproduirons par extrait ou par citation i leur date, comme le commentaire le plus vivant et le plus vrai dea érénements atis^uds ces notes se rattachent.

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LES COKSTITUAHTS.

La première de ces notes dévoile, dans un langage digne de la tribune et du conseil d'un roi, les dogmes de Mirabean sur la Révolution à accomplir et à limiter, et la préocaipation jalouse que lui inspirait en ce moment la dictature de la Fayette. L'homme d'État s'efforce de communiquer au l'oi et à la reine les ombrages moitié feints, moitié réels qu'il avait conçus contre cet homme dont la situation dominait le monarque et pouvait effacer tout, même le trône.

u J'ai proressé, » dit~il en commençant, « les principes u monarchiques, lorsque je ne voyais dans la cour que sa Il faiblesse, et que , ne connaissant ni l'Ame ni la pensée « de la fille de Marie-Thérèse , je ne pouvais pas compter « sur cette auguste auxiliaire. J'ai combattu pour lesdroits >i du trône, lorsque je n'inspirais que la méfiance, et que ■I toutes mes démarches , empoisonnées par la malignité, •■ paraissaient autant de pièges. J'ai servi le monarque, H lorsque je savais bien que je ne devais attendre d'un roi H juste, mais li-ompé, ni bienraits ni récompenses. Que " ferai-je, maintenant que la confiance a relevé mon cou- H rage, et que la reconnaissance a fait de mes principes V mes devoir!?

■ Je serai ce que j'ai toujours f tê : le défenseur du peu- « voir monarchique réglé par les lois, et l'apôtte de la li- •' berté garantie par le pouvoir monarchique. Mon cœur ■ suivra la route que la raison seule m'avait tracée, oa « plutôt, malgré dès grâces inespérées , aucun senliittent

LIVAE TItfilZIEUE. SU

« nouveau n'est entré dans mon âme. Confondue avec le « respect, la reconnaissance s'y trouvait déjà.

u On a dit de la Divinité que travailler, c'est la prier; <i on doit dire des rois que les servir, c'est reconnaître Il leurs bienfaits.

K Au lieu de perdre beaucoup de pages et de temps à ■( rendre des actions de gréées, je continuerai donc mes

■ notes de circoustance avec une grande ecUvilè; mais je u voudrais esquisser en ce momeut an plaa de conduite'

■ générale auquel je mets, je l'avoue, assez d'imporlence, - parce qu'il est le fruit d'une très-longue et très-profonde « méditation. II s'agit des rapports de la cour avec l'idole « du jour, le prétendu général de ia constitution, le rival « du monarque, H. de la Fayette.

u Le moment approche où cet examen va devenir indi^-

■ pensable, et le salut du royaume, le salut du gouverne-

■ ment monarchique tient en quelque sorte au parti pour

■ lequel on se décidera. Que sera cet homme devenu tout « à coup, d'intrigant souple, humble courtisan, legardien H des rois, si rien ne l'an-éte 7 J'écarte d'abord toute idée

■ personnellfi de nuire, soit à M. de la Fayette, soit aux

■ hommes dont il voudrait faire ses ministres, et non ceux

■ d|i roi. Qu'il choisisse, dans l'affreuse tempête qui est H sur le paint de nous engloutir, des pilotes habiles capa- • blés de nous sauver du naufrage, et je me tais, ou plultit •I je suis prêt à le louer. Je sais que des honimes dignes de > l'époque à laquelle ils seraient appelés , ayant d'autres

■ devoirs à remplir que ceux d'une basse rec,onn9issance , « ne seraient pas dangereux au monarque. Mais je suppose

■ que, se peignant dans ses choix, M. de la Fayette propose u des ministres ou faibles, ou. inhabiles., ou ignorants, je

■ n'ose pas dire pervers, et c'est par rapport à ^e tels •> bommes que je vais exaoûner si la nécessité t>ù l'on cpit

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s» LES CONSTITUANTS.

u être de coiD))Oser avec H. de lo Fayette n'est pss une u erreur évidente, ane idée qal sédutt parce qu'on ne se II donae pas la peine de l'approfondi)*.

u La force de M. de la Fayette tient à la confiance qa'il u inspire à son armée. Il n'inspire cette confiance qUe parce

■ qu'il semble partager les opinions de la multitude'. Mais u comme ce n'est pas lui qui dicte ces opinions , conune Is ville de Paris est celle de tout le royaume oà l'opiiaiOD » pubIique,dirigéeparuiiefoulfl d'écrivains etper une plus u grande masse de lumières, est le moins au pouvoir d'Un' u seul homme, il s'ensuit que M. de la fayette, n'vyant « acquis son influence qu'en se mettant au' ton dé P&ris , « sera toujours forcé, pour la conserver, de auivrê Ib toru rent de la multitude. Quelle barrière pourrait^il luiop-' " poserT Un général des gardes nationalesy si ses principes • n'étaient pas ceux de son armée, ne serait^l pas bientôt •> sans soldats et sans pouvoir? Il est facile par lA de pré- K voir quelle sera toujours sa conduite. Craindre et flatter « le peuple, partager ses erreurs par hypoorîdie et par in- « térél, soutenir, soit qu'il ait tort ou raison, le parti le « plus nombreux ; efi'rayer la cour par dés éiUotions popu- « laires qu'il aura concertées, on qu'il fera craindre pour « se rendre nécessaire; préférer l'opinion publique de o Paris à celle du reste du royaume, parce que sa force ntf « lui vient pas des provinces : voilà le cercle souvent couu pable et toujours dangereux dont il lui sera impossible ■I de sortir, voilà sa destinée tout entière.

« Cet bomme, quoique sans démagogie, sera dimc redoutable au pouvoir royal aussi longtemps que FoptniOQ

■ publique de Paiis, dent- il ne peut être que l'instrument, u lui eu imposera la loi. Or, puisque en' supposant que le •i reyanme revimneà dts idées plus saine» sm* ta véfi-

■ table Jiberté, la ville de Paris, comme U plus exaltée,

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